CHAPITRE PREMIER
Quand Julien quitta Ancyre, dans les derniers jours de juin 362, une grande foule de peuple assista à son départ. : On l’entourait avec une sorte detumulte. Les uns demandaient la restitution de biens qui, disaient-ils, leur avaient été violemment enlevés ! : étaient-ce des païens se plaignant d'abus commis sous le règne de Constance, ou des chrétiens réclamant contre les derniers ordres de Julien, qui avait fait rentrer dans le patrimoine de la cité d’anciens immeubles des temples, devenus la propriété des Églises ou même de particuliers? Les autres se plai-
1. « Pars violenter erepta reddi sibi poscentium. » Ammien Marcellin, XXII, 9.
JULIEN L'APOSTAT. — ll. 1
gnaient d’avoir été, contrairement au droit, inscrits parmi les curiales !. Quelques-uns essayaient de satisfaire des inimitiés privées, en accusant leurs ennemis du crime de lèse-majesté. Julien parut triste, en présence de ce débordement de passions; cependant, il suspendit son départ, et s'arrêta pour rendre la justice.
Ammien Marcellin, qui a déjà loué ailleursson équité?, dit qu'il la montra, cette fois encore, par les réponses pleines de modération et de droiture qu’il fit aux diverses réclamations. Sur un seul point (peut-être parce que des membres du clergé chrétien y étaient intéressés) 1l parut partial : ni à Ancyre, ni ailleurs, quiconque avait été réclamé, même sans droit, par la curie ne put obtenir de lui d’en être rayé *. Mais, pour les dénonciations calomnieuses, il fut impitoyable. On cite, à ce sujet, un jugement original. Un citoyen avait été accusé comme coupable de lèse-majesté. Julien, à plusieurs reprises, refusa d'entendre l’accusateur. Vaincu enfin par l’insistance de celui-ci, le prince lui demanda quelle était la condition du prétendu conspirateur. « C’est un riche habitant de la cité, » répondit-il. — « Et quelles sont les preuves de son crime? — Il se fait faire, en ce moment, une robe de. soie teinte en pourpre, » Julien, agacé, se tourna vers son intendant : « Fais donner, dit-il, à ce bavard une paire de souliers de pourpre, et qu'il les porte lui-même à celui qu'il vient d’accuser. Cela lui fera comprendre qu’il faut autre chose que la couleur d’une étoile pour faire une conspiration #, »
{. « Ali qu&rentes consortiis se curiarum addictos injuste, » 1bid. 2. Voir t.1,p. 453-454,
?, Ammien Marcellin, XXI, 9,