‹ julien l'apostatChapitre 40 sur 229 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. Libanius, Monodia super Daphnæi templum; Reiske, t. III, p.334. 4. Misopogon ; Hertlein, p. 446.

. Saint Jean Chrysostome, Zn sanclum Babylam contra Julianum et Gentiles, 15.

La femme d’un prètre païen était liée d'amitié avec une diaconesse chrétienne, chez laquelle elle conduisait souvent ses enfants. Après la mort de la mère, un de ses fils continua de visiter la diaconesse. Il causait souvent de religion avec elle, et se laissa convertir au christianisme. Elle promit de lui trouver un asile, s’il quittait la maison de son père. Le jeune homme fut cependant obligé d'accompagner un jour à Daphné celui-ci, qui y devait suivre Julien. Il lui fallut même, avec son frère, servir un sacrifice, et asperger d’eau lustrale les viandes qui furent ensuite apportées à la table de l’empereur. Mais, après le festin impérial, il parvint à s'enfuir, rentra en courant à Antioche, et se réfugia chez la diaconesse, qui le conduisit à l’évêque catholique, Mélèce. L’évèque donna au jeune homme un asile dans sa maison. Le père l’y découvrit, le ramena dans sa demeure, le battit, lui piqua mème les pieds, les mains et le dos avec des pointes rougies au feu, et, obligé de retourner à Daphné, où son service le retenait pendant sept jours, enferma son fils dans une chambre. Le jeune homme parvint à en sortir, brisa toutes les idoles que renfermait la maison paternelle, s’échappa miraculeusement, et se réfugia de nouveau chez la diaconesse. Celle-ci lui donna des habits de femme, le mit dans sa litière, et le fit porter chez Mélèce. En ce moment Cyrille, évêque de Jérusalem, se trouvait à Antioche, prêt à repartir pour la Palestine. Mélèce lui confia le jeune converti. Caché en Palestine, le nouveau chrétien y demeura jusqu’à la mort de Julien. Il eut, plus tard, la joie de gagner son père au christianisme !.

Théodoret, Hist. eccl., IX, 10.

Julien, cependant, poursuivait un nouveau dessein, avec l'espoir de ramener les foules au temple de Daphné.

Dans sa pensée, il ne s'agissait de rien moins que de ranimer un des organes prophétiques du monde grec, devenu muet depuis un siècle. Bien qu'inférieur aux grands oracles d’Apollon, puisqu'il datait seulement des Séleucides et pouvait passer, dans une certaine mesure, pour une contrefaçon de celui de Delphes, l’oracle d'Apollon Daphnéen avait été longtemps pour Antioche une cause de gloire et de profit. Daphné possédait, comme Delphes, sa source fatidique de Castalie; mais au lieu qu’à Delphes la Pythie y faisait des ablutions ou buvait de son éau avant d'entrer en extase, à Daphné c'était l’eau qui prophétisait elle-même. « Si l’on en croit les Byzantins, elle bouillonnait, chantait, exhalait un souffle qui secouait le laurier planté sur ses bords, et jetait les assistants dans le délire. Il se peut qu’il y ait eu là des fanatiques à l'enthousiasme facile : mais il est possible aussi qu'on se soit contenté de jeter des feuilles de laurier sur l’eau, et d'observer leur submersion. On comprend que Trajan, qui avait, dit-on, une grande dévotion pour Apollon Daphnéen, n'ait pas voulu se commettre avec les gardiens de la fontaine merveilleuse. Hadrien, encore simple particulier, tenta l'expérience, et n’eut pas lieu de s’en plaindre. En trempant une feuille de laurier dans la source, il l’en retira couverte d'écritures. C'était la réponse de l’oracle, réponse qui fut de tout point justifiée par l'événement. Devenu empereur, Hadrien jugea qu’il n’était pas prudent de laisser toute liberté à de si habiles gens. Il fit boucher la source pour empêcher d’autres ambitieux d'interroger l’ave-

nir!. » Plus naïf qu'Hadrien, et cherchant fiévreusement À connaître l'avenir, Julien commanda d’enlever. les pierres qui empêchaient l’eau de jaïllir.

Mais sa première consultation, probablement relative à la future guerre de Perse, demeura sans réponse. L'eau ne parlait pas, ou le prêtre ne trouvait pas de sens à son murmure. Comme Julien demandait avec anxiété la cause de cet insuccès : « C’est parce que Daphné esi rempli de cadavres, » répondit l'interprète du dieu? L'empereur, dit Ammien Marcellin, fit alors « exhumer les corps enterrés aux environs de la source, d'après le rite dont s'étaient servis les Athéniens pour purifier l’ile de Délos?. » Il n’est pas probable qu'il y eût dans le bois sacré d’autres corps enterrés que celui de saint Babylas : les historiens ecclésiastiques racontent tous que Julien donna l’ordre de l'enlever.

La piété chrétienne se joignit à l'esprit frondeur particulier au peuple d’Antioche pour faire de cette translation un défi au persécuteur. Ce n'est pas en vaincus, mais en enthousiastes et en militants que les fidèles rapportèrent le corps du martyr. Hommes et femmes, jeunes gens et jeunes filles, enfants et vieillards, étaient venus en foule à Daphné. On vit passer à travers le bois sacré non la procession païenne dont l'absence avait affligé Julien le jour de la fête d’Apollon, mais un cortège à la

1. Bouché-Leclercq, Histoire de la divination dans l’antiquilé, t. WI, p- 267.

2. Saint Jean Chrysostome, Zn sanctum Babylam contra Julianum et Gentiles, 15.

4. À moins, cependant, que les chrétiens, toujours empressés à s2 faire enterrer dans le voisinage des tombeaux des martyrs, n'aient établi un cimetière autour de son église.

fois funèbre et triomphal, suivant le char sur lequel avait été placé le lourd sarcophage de pierre où reposait le saint. Pendant quarante stades, depuis le temple d'Apollon jusqu’au cimetière d’Antiochef, les chrétiens marchèrent, précédés du clergé; les prêtres chantaient les psaumes de David, et de temps en temps la multitude reprenait en chœur, comme un refrain, ce verset : « Ils ont été confondus, ceux qui adorent les idoles et se confient en des dieux faits de main d'homme?! »

Ce n'était peut-être pas la première fois que Julien entendait retentir à ses oreilles de semblables allusions. Un jour qu’il passait devant un monastère de femmes, celles-ci chantèrent, de toutes leurs forces, ces paroles d’un psaume : « Les dieux des nations ne sont que de l’or et de l’argent*. » Julien, irrité, s'arrêta, et envoya aux religieuses l’ordre de se taire, quand il passerait devant leur maison. Quelque temps après, elles entendirent de nouveau le bruit de son cortège. Aussitôt, par les fenêtres ouvertes, s’échappa cet autre verset du psaume : « Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés#! » Julien se fitamener la supérieure, une veuve, nommée Publia. Par son ordre, les gardes la frappèrent

1. Où il avait reposé avant sa translation à Antioche par Gallus. Après la chute de Julien, une église magnifique fut construite par l'évêque Mélèce, hors de la cité, sur l’autre rive de l’Oronte, et les reliques du martyrs y furent définitivement transférées. Lightfoot, S. Jgnatius and S. Polycarp, t. I, p. 44-46. — 2. Théodoret, III, 10; Sozomène, V, 20; Philostorge, VII, 12. — M. Duruy (Histoire des Romains, t. VII, p. 371) attribue à la crainte du renouvellement de pareilles scènes, et au désir d'éviter les occasions de conflit entre païens et chrétiens, le décret de Julien (Ep. 77; Code Théodosien, IX, xvux, 5) interdisant de faire désormais les funérailles en plein jour, Mais rien n'établit une corrélation entre les deux faits, et le texte du décret (voir tome II, p. 208) indique de tout autres motifs. Le décret, d'ailleurs, est du 12 février 363, postérieur de plusieurs mois à l’incident de la translation des reliques de saint Babylas. — 3. Psaume cxur, 24, — 4. Psaume LxVIL, 1.

sur le visage, qui fut bientôt tout en sang !. Il n’exerça pas d’autres représailles. Mais entre les provocations d’un obscur groupe de religieuses et la protestation bruyante d'une grande foule, il y avait une différence. Ce n’était plus seulement le cri spontané de quelques consciences : c'était un défi public. Julien le releva. Il se crut insulté, et sa colère fut au comble. Il voulait le supplice des chrétiens qui lui avaient manqué de respect. Le préfet du prétoire, Salluste, païen d’un esprit modéré, essaya de le dissuader; puis, contraint d’obéir, il fit, deux jours après la procession, arrêter un grand nombre de chrétiens, dont quelques-uns furent gardés en prison. L'un d’eux avait été dénoncé par les païens, probablement comme ayant paru plus animé que les autres lors de la translation des reliques de Babylas. C'était un jeune homme, appelé Théodore. On le mit à la torture, en présence du préfet. Lié au chevalet, et son corps tendu étant déchiré par les ongles de fer, il ne poussa pas un soupir, ne demanda point sa grâce : il semblait assister au supplice d’un autre : on l'entendait même chanter le verset de psaume qui l’avant-veille avait excité l'indignation des idolâtres. Le préfet admira son courage, et, rendant compte à l'empereur de ce commencement de procès, lui fit enfin comprendre que, s’il poussait les rigueurs plus loin, il risquerait de se rendre ridicule, en mettant plus encore en lumière la vaillance des chrétiens. Julien céda à regret : tous ceux qui avaient été arrêtés, y compris Théodore, furent remis en liberté. L'historien occidental Rufin, qui vécut en Syrie et en Palestine de 371 à 397, eut l’occasion de rencontrer Théo-

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