‹ julien l'apostatChapitre 39 sur 229 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

grande ville avoir moins d’égards pour les dieux que n’en aurait aucune bourgade de la plus extrème frontière du Pont. Elle possède d’immenses propriétés territoriales : nous vivons en un temps où les dieux ont dissipé les nuages de l’athéisme : et cependant, quand arrive la fête d’un dieu de ses pères, cette ville ne fait pas la dépense d’un oiseau, elle qui devrait offrir un bœuf par tribu, ou au moins un taureau au nom de tous les citoyens! Il n’est pas un de vous qui ne dépense avec joie son argent en repas et en fêtes : j'en sais beau- ‘coup qui gaspillent des trésors pour les repas de majuma!; et pour vous-mêmes, pour le salut de la ville, aucun des citoyens ne sacrifie en particulier, et la ville ne fait pas de sacrifice commun! Seul en offre le prêtre, qui, en bonne justice, aurait dû, ce me semble, emporter chez lui quelque part d'innombrables victimes immolées par vous au dieu. Car des prêtres les dieux n'exigent d'autres honneurs qu'une vie irréprochable, la pratique de la vertu et l’accomplissement des rites : mais je pense qu'il appartient à la ville d'offrir des sacrifices privés et publics. Maintenant, chacun de vous permet à sa femme d’apporter tout son avoir aux Galiléens; et celles-ci, en nourrissant les pauvres avec votre bien, donnent un grand spectacle d'athéisme à ceux qui auraient besoin de ces ressources, c’est-à-dire, si je ne me trompe, au plus grand nombre des hommes. Mais vous, qui négligez de rendre honneur aux dieux, vous croyez ne rien faire d'inconvenant. Pas un indigent ne se présente aux temples : c'est, je pense, parce qu'on n'y

1. Sur les fêtes indécentes de la majuma, voir saint Jean Chrysostome, In Matth. hom. VII, 5, 6.

trouve pas de quoi se nourrir. Vienne, cependant, votre jour de naissance, ce ne sont que repas de midiet du soir, tables somptueuses réunissant tous vos amis. Mais le jour de la fête annuelle d’un dieu, personne n'apporte de l'huile pour la lampe du temple, il n’y a ni libation, ni victime, n1 encens. Je ne sais ce que pourrait penser de cette conduite un homme de bien qui en aurait chez vous le spectacle; maisje crois qu'elle ne plait pas aux dieux!. »

Pendant qu'il parlait ainsi aux représentants du sénat, Julien crut apercevoir un signe favorable. «Le dieu, dit-il, approuva mes paroles?. » Peut-être un rayon de soleil vint-il éclairer soudain la statue, et, se souvenant des prestiges de Maxime, Julien s’imagina-t-il la voir sourire. Peut-être même, comme certains hallucinés dont parle Libanius, crut-il entendre des sons s'échapper de la cithare placée dans la main d’Apollonÿ. Quoi qu’il en soit, il se sentit encouragé à multiplier ses visites au temple de Daphné, et à faire de grands efforts pour mettre fin à l'indifférence du public.

Lui-même raconte qu'il revint souvent à Daphné offrir des sacrifices #. Saint Jean Chrysostome dit qu'il y fit couler à torrents le sang des victimesÿ. L'une des fêtes auxquelles Julien prit part en l'honneur du dieu fut l’occasion d'un curieux épisode, qui peint l’état des esprits, à cette époque, au sein même de certaines familles sacerdotales. Théodoret, qui le rapporte, en connut le principal héros, et en recueillit le récit de sa bouche.

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