Jbid., p
. Sozomène, V, 3.
5. « Orientis firmissimum claustrum. » Ammien Marcellin, XXV, 8.
il n'accordera aucun secours à la ville frontière, lui-même,
dans sa future expédition, se détournera d’elle comme
d'une cité scélérate, à moins que ses ‘citoyens, qui pro-
fessaient tous le christianisme, ne rouvrent les temples
des dieux, n'offrent des sacrifices, et ne reviennent en masse à l’ancienne religion.
Une telle partialité, qui touchait presque à la trahison envers l’Empire, autorisait tous les excès. Abattre les monuments chrétiens, ou y introduire le culte païen, fut permis, partout où on en aurait la force.
L'autorité publique donna l'exemple. Par l'ordre de Julien, une très ancienne statue de Jésus-Christ?, que l'on vénérait sur la place publique de Césarée Panéas, aux confins de la Palestine et de la Phénicie, fut renversée, et remplacée par une statue de l’empereur : les païens s’emparèrent de l’image du Christ, la trainèrent à travers la ville, et la mirent en pièces : les fidèles ne purent que recueillir pieusement ses débris et les déposer dans l’église. Dans le même temps le comte Magnus mit le feu à l’église de Beyrouth #.
Excitées par ces exemples officiels, les populations païennes multipliaient les sacrilèges. Une procession bacchique envahit l’église d'Épiphanie, en Syrie : au son des fibres et des tambourins, elle y porta la statue
i. Sozomène, V, 3.
2. Une tradition, rapportée par Eusèbe (His{. eccl., VII, 1), attribuait à l’hémorroïsse guérie par Jésus-Christ et, disait-on, originaire de Panéas, l'érection de cette statue.
3. Rufin, VII, 14: Philostorge, VII, 3; Sozomène, V, 21. — Sozomène, qui habita la Phénicie, dit que la statue de Julien fut quelque temps après frappée de la foudre : il l'a vue sans tête, le torse en partie brisé.
4. Théodoret, Hist. eccl., IV, 20. — Sur ce Magnus, voir Sievers, Das Leben des Libanius, p. 281.
de Bacchus, qui fut déposée sur l'autel : l’évèque Eustathe! en mourut de douleur?. Une autre ville riveraine de l’Oronte, Émèse, la patrie de la pierre noire adorée par Élagabale, l’une des cités vouées au culte du Soleil et aux orgies rituelles de l'Orient, eut un semblable spectacle : sa principale église, récemment construite, fut transformée en temple de Bacchus” : en même temps, une populace fanatique incendia, dans la ville ou aux environs, « les sépulcres des Galiléens#, » c'est-à-dire les sanctuaires des martyrs.
Par de tels actes, « ces villes saintes, » comme les appelle Julien, ne commettaient aucune irrégularité : lui-même y voit une preuve de « leur amour pour sa personne, » et déclare qu’en « détruisant les tombeaux des athées » elles exécutaient un de ses ordres 5. Aussi, certains de l'impunité, d’autres que les païens se livrèrent-ils aux mêmes attentats. Toutes les haïines religieuses à la fois avaient été réveillées par Julien. Les Juifs se crurent le droit d'attaquer aussi les chrétiens. « Ils s’unirent contre eux aux gentils, » dit saint Jean Chrysostome6. À Damas, où ils avaient été jadis très puis-
1. Sur le rôle d'Eustathe dans les affaires de l’arianisme, voir saint Épiphane, Hæres., LXXIII.