Sozomène, L. c
3. "Evayyos yaperhv &yémevoy, za olov ête vuppiov évra. Sozomène, V, 11. 4. Probablement le 7 septembre. C'est le jour où saint Basile, devenu
Le sang appelle le sang : voyant des chrétiens tomber sous les coups des bourreaux, en vertu de sentences prononcées par des magistrats, les populations fanatiques s’arrogèrent le droit de prévenir ces sentences, d'exécuter elles-mêmes ceux sur qui elles croyaient avoir à venger des injures faites à leurs dieux. Toutes les rancunes, toutes les haines publiques et privées se donnèrent libre carrière. À Alexandrie, ensanglantée déjà par le meurtre de Georges, de Dracontius et de Diodore, la populace païenne, dirigée par un philosophe de cour, Pythiodore !, envahit une des églises, et « la remplit d’un double sang, celui des victimes et celui des hommes, » c’est-à-dire tout à la fois y offrit des sacrifices et y massacra des chrétiens®?. Le fanatisme s’alluma, comme une trainée de poudre, sur tout le littoral d’Alexandrie, presque jusqu'à Antioche. Le long de la mer syro-phénicienne, — soit au sud, dans ces citadelles du paganisme oriental qui s’'appelaient Gaza et Ascalon, soit au nord, dans les villes que couvraient de leur ombre les deux chaines du Liban, aux sommets chargés de temples, aux flancs creusés de cavernes qui abritaient des prostitutions sacrées, — la lutte contre l’idolâtrie avait été, sous les deux règnes précédents, plus âpre que partout ailleurs. On se souvient que Constantin dut abattre les sanctuaires d'Héliopolis et d’Aphaque, où,
évèque de Césarée, célébra tous les ans, avec un grand concours d'évéques, l'anniversaire d'Eupsyque et de Damas. Voir Saint Basile, p. 53.
1. Etparnyobvrés rivoc Évès Tov Baottxüv puocop®y. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 86. Voir aussi His{. acephala, 11. Cf. Sievers, Das Leben des Libanius, p. 89 et 112, note 47; et notre t. II, p. 303.
3. Renan, Mission de Phénicie, p. 204, 517-519, 647, 653, 691, et pl
sous l’invocation de la Vénus pleurante du Liban!, se passaient des scènes d’une immoralité révoltante ?. Beaucoup de chrétiens, évêques, prêtres ou laïques, avaient, dans ces contrées, exprimé avec vivacité leur mépris du paganisme, ou même porté une main violente sur ses autels ou ses statues. Les foules naguère blessées dans leurs croyances, gênées dans leurs habitudes, .ou troublées dans leurs débauches, s’exaltaient maintenant à la pensée des revanches possibles. Celles-ci se déchainèrent, violentes, contagieuses, avec ce raffinement dans la cruauté, qui est pour les gens de plaisir une volupté nouvelle.
Gaza, où la faveur si marquée de Julien avait donné toute assurance aux païens, vit d’horribles scènes. Les habitants de cette ville idolâtre avaient obtenu de l’empereur la démolition du monastère bâti, sur une montagne voisine, par l’ermite Hilarion, sa condamnation à mort et celle de son disciple Hesychius : on avait envoyé sans succès des émissaires les chercher jusqu’à Alexandrie, pendant que le proscrit, quittant l'Égypte, où il avait d’abord trouvé un refuge, passait en Sicile. Mais la populace, décue dans sa férocité, trouva promptement une diversion. Trois chrétiens, frères, Eusèbe, Nestabius et Zénon, étaient particulièrement haïs par elle. Se sentant menacés, ils parvinrent à se cacher pendant
{. La Vénus du Liban est toujours représentée pleurant; Macrobe Saturn., T, 21; François Lenormant, dans Gazette archéologique, 1875° p. 97; Renan, Mission de Phénicie, pl. XXXVIH; Duruy, Histoire des Romains, t. VII, p. 74.
2. Eusèbe, Præp. evang., IV, 16; De vita Const., IT, 57; Socrate, I, 18; Sozomène, I, 8; V, 10. — Voir !. I, p. 51.