‹ julien l'apostatChapitre 58 sur 229 · Saint Jérôme, Vila Hilarionis; Sozomène, V · texte numérisé non relu

Saint Jérôme, Vila Hilarionis; Sozomène, V

quelque temps : mais bientôt leur asile fut découvert. On s’empara d'eux, et, après les avoir fouettés, on les mit en prison. Le peuple, cependant, voulait davantage. Un jour, au théâtre, tous les spectateurs se mirent à pousser des cris de mort, réclamant les trois frères, les accusant d’avoir, autrefois, profané les temples, insulté les dieux. S’excitant mutuellement, les manifestants quittèrent le théâtre, forcèrent les portes de la prison, et en tirèrent les captifs. Ce fut alors, dans la foule, une émulation de cruauté. Des femmes, occupées à tisser dans leurs maisons, abandonnèrent le métier devant lequel elles étaient assises, pour venir piquer les malheureux avec leurs navettes. Les cuisiniers ambulants, qui avaient leurs échoppes en plein air sur l’agora, apportaient des marmites d’eau bouillante et les versaient sur les patients, ou perçaient ceux-ci de leurs broches. Deux autres chrétiens, qui avaient été pris en même temps qu'eux, furent moins cruellement maltraités. L'un, nommé aussi Zénon, put s'enfuir, et se réfugier à Anthédon. L'autre était un jeune homme, appelé Nestor. Ceux qui s'étaient emparés de lui Le battirent d’abord, puis s’attendrirent à la vue de sa beauté. Cette impression n’est pas sans exemple chez les anciens, si sensibles à la grâce et à l'éclat de la forme, Cessant de le frapper, ses bourreaux le jetèrent en dehors d’une des portes de la ville, avec la pensée de l'y laisser mourir. Quelques chrétiens parvinrent à le recueillir, et le transportèrent secrètement à Anthédon, où il fut soigné par Zénon : mais il ne tarda pas à rendre chez

1. Voir Edmond Le Blant, Notes sur quelques Actes des martyrs (extrait des Mélanges de l’École française de Rome, 1885).

celui-ci le dernier soupir. Quant aux trois martyrs, il ne restait d'eux que des corps déchirés, des têtes écrasées d'où la cervelle avait jailli sous les coups. On porta ces restes sanglants hors de la ville, dans un lieu où étaient jetés les cadavres d'animaux. Après les avoir brûlés, les païens mêlèrent les ossements échappés aux flammes avec les carcasses d’ânes et de chameaux qui couvraient le sol. Une femme chrétienne les reconnut, cependant, et les mit dans une urne. Elle porta celle-ci à Zénon, qui, battu et chassé par les païens d’Anthédon, presque aussi fanatiques que ceux de Gaza, avait enfin trouvé un refuge à Majuma{.

Dans la ville sensuelle d'Héliopolis, l'émeute fut plus épouvantable encore. Le diacre Cyrille, qui avait pris part, sous Constantin, à la démolition du temple de Vénus, fut massacré : des fanatiques lui arrachèrent le foie pour le dévorer ?. Mais il semble que le voisinage du temple détruit, le souvenir des hiérodules, aitinspiré aux gens d'Héliopolis une haïne particulière pour de saintes filles qui, en vouant à Dieu leur virginité, purifiaient par l’austérité de leurs vertus des lieux souillés naguère par un mélange honteux de religion et de débauche. On forca le monastère, on en tira les vierges chrétiennes : dépouillées de leurs vêtements, elles furent exposées nues devant le peuple. Après les avoir outragées de

mille manières, on leur rasa les cheveux, puis on les mit en pièces : des misérables, dit-on, goûtèrent de leur

1. Sozomène, V, 9. — Zénon devint, sous Théodose, évêque de Majuma. Il fit construire en dehors de la ville une basilique, et déposa sous l'autel . les reliques des trois martyrs, jointes à celles de Nestor,

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