‹ julien l'apostatChapitre 81 sur 229 · I. — Les préliminaires · texte numérisé non relu

I. — Les préliminaires

On a vu, par l'analyse du Contra Christianos, quelle idée Julien se faisait du Dieu des Juifs. Il reconnaissait en lui un des dieux secondaires, préposés à la conduite d'une nation par le Dieu suprème. L'erreur des Juifs, selon Julien, n’était pas de l’adorer, mais de le considérer comme unique et universel. Ramené à ses justes proportions, il pouvait légitimement prendre place dans le panthéon. Julien, qui portait volontiers son encens à tous les dieux, se déclarait prêt à lui rendre hommage, non comme au « Dieu jaloux » du monothéisme, mais comme au Dieu particulier d'Abraham, d’Isaac, de Jacob et de leurs descendants : il se disait son adorateur, et se recommandait à sa protection !.

Redevenus ainsi, dans la pensée de Julien, non « le peuple choisi » pour conserver dans le monde antique l’idée de l’unité divine, mais au contraire l’une des plus petites nations auxquelles présidait un des dieux multiples, les Juifs non seulement n’inspiraient point d’om-

1. Contra Christianos, dans saint Cyrille, X; Neumann, p, 230. Voir plus haut, p. 113.

brage au restaurateur du paganisme, mais encore formaient une des parties intégrantes de son système. Julien faisait remarquer que, par leurs pratiques religieuses, ils ne se distinguaient pas des autres peuples. « Sauf, disait-il, leur croyance en un Dieu seul et unique, tout le reste leur est commun avec nous, temples, enceintes sacrées, autels des sacrifices, purifications, observances!. » S'ils n’ont plus, à Jérusalem, leur sanetuaire national, Julien affirme que, à l’heure où il écrit, les Juifs, cependant, sacrifient dans des lieux tenus secrets?, et là, mangent de la chair des victimes, dont ils donnent l'épaule droite en prémices aux prètres. Ces rites, en les confondant, pour lui, dans la masse des païens, non seulement leur garantissaient sa tolérance, mais encore leur méritaient sa faveur. D'autres causes leur assuraient celle-ci. Le regard perspicace de Julien avait reconnu vite, chez les Juifs, ses meilleurs alliés dans la guerre sourde, incessante, non déclarée, mais d’autant plus efficace et plus perfide, qu’il faisait aux chrétiens. Si, en certaines villes, les païens, redevenus les maïtres, et dont il encourageait toutes les audaces, s'étaient déchaînés avec rage contre ceux-ci, en d’autres ils étaient restés indifférents, ou avaient continué avec la fraction chrétienne de la population les bons rapports depuis longtemps

1. Contra Christianos, dans saint Cyrille, IX; Newmann, p. 220.

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