‹ julien l'apostatChapitre 98 sur 229 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Encore en janvier et mars 363, Libanius signale à Antioche meviæ

Julien, et, par contraste, rendaient plus chère er plus touchante la mémoire des hommes courageux qu'il avait frappés avec une sévérité implacable.

Sous le coup d’une juste indignation, l'humeur frondeuse des habitants d’Antioche ne gardait plus de mesure. La vue du prince leur devenait insupportable. Chacun de ses actes, chacune de ses paroles, provoquait la comparaison et les regrets. À sa vie étrange, tantôt passée dans la retraite au fond du palais, en compagnie de quelques hommes de lettres, tantôt exposée au public dans des cérémonies religieuses qu’il rêvait pures, mais qui mélaient trop souvent les exhibitions de mauvais lieu aux scènes de boucherie, la malignité syrienne comparait la cour splendide du précédent empereur, les églises de marbre et d’or bâties par lui, les manifestations de sa piété : ce que celle-ci avait eu d’intempérant et de tyrannique s’effaçait de la mémoire du peuple, qui se souvenait seulement du souverain magnifiquement agenouillé dans sa pourpre devant l'autel chrétien, Le nouveau prince, presque toujours affublé d’un habit de philosophe ou d’une robe de pontife païen, paraissait à ses sujets d’Antioche un être malfaisant, chétif et ridicule. En quelques mois de séjour dans leur ville, il n'avait, malgré ses efforts pour se rendre populaire, réussi qu’à blesser tout ensemble leurs sentiments et leurs intérêts. Les dix ou onze années que Constance, pendant son règne, passa dans la capitale de la Syrie leur semblaient, en comparaison, avoir été un âge d’or. Aussi prenaientils plaisir à exaspérer Julien en se déclarant, en toute

&yopäs (Ep. 695) et ondvus rüv ovlwv (Ep. 712) : la disette dure encore pendant la guerre de Perse (Ep. 1439).

occasion, dévoués au X et au K, — initiales grecques du nom du Christ et de celui de Constance !.

IIS avaient une autre manière encore de le blesser au vif. C'était de railler son extérieur. On s’amusait tout haut de le voir marcher « en élargissant ses épaules étroites, en tendant son menton orné d’une barbe de bouc, en redressant sa petite taille, comme s'il eût été l’un des géants de la mythologie ?. » On l’appelait « le bouc ?, » «le Cyclope #. » On parlait de faire des cordes avec sa barbe ÿ. On raillait le profil hirsute que lui donnaient ses monnaies 6. On le chansonnait en vers anapestes 7, dont le refrain était : « Fais-toi raser 8 ! » Puisqu'il ne voulait pas suivre les conseils d’une sage politique, qui l’eût engagé (comme il le reconnaissait luimême 1) à ne pas choquer toute une ville par sa négligence

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