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il saisissait avec empressement les occasions que le droit
‘commun offrait de frapper des chrétiens. Dans la population civile, « quiconque, sous les précédents empereurs, avait démoli des autels, détruit des temples, pillé des offrandes, ou fait quelque acte de ce genre, était traduit devant les tribunaux et mis à mort, soit qu'il ait commis réellement ces actions, soit qu'il en ait été accusé !. » À plus forte raison en était-il ainsi dans l’armée, où, pour une désobéissance à quelque ordre blessant leur conscience ou pour une manifestation trop vive de leurs sentiments, les soldats chrétiens « étaient frappés sans miséricorde, comme coupables d’innovations contraires aux institutions romaines, comme ayant oublié la soumission due au gouvernement et le respect dû à l’empereur?. » Ce fut le cas de Juventin et de Maximin. Il semble cependant que, cette fois, on ait eu honte de la disproportion entre l’énormité du châtiment et la légèreté de l’offense, car on les décapita pendant la nuit. Mais on ne réussit pas à écarter les témoins. Des chrétiens bravèrent tous les périls pour recueillir les reliques des martyrs. On dit qu'au moment de les mettre au tombeau, ils remarquèrent la beauté de ces corps étendus, de ces têtes coupées, sur lesquels semblait planer déjà une immortalité radieuse à.
1. Saint Jean Chrysostome, Zn SS. Juventinum et Maximinum, 1.
2. ‘Qc mept tà bn "Pouatwv vewtepitovtac, xai eiç molelav xat Baothéa téapæpravovras. Sozomène, V, 17. — Au rapport du même historien, quand le tribun Valentinien fut exilé pour s'être déclaré chrétien, on donna pour prétexte à l'ordre d’exil « une négligence dans l'instruction de ses soldats. » Car, continue Sozomène (VI, 6), « Julien ne voulait pas paraître l'avoir puni pour cause de religion, de peur qu'on ne l'honorât comme martyr et confesseur. »
3. Saint Jean Chrysostome, In SS. Juventinum et Maximinum, 3. — « L'histoire des saints Juventin et Maximin, au moins dans ses lignes prin-
Le supplice des soldats chrétiens acheva d’aigrir contre Julien la population d’Antioche. C’est un sentiment religieux sans doute, mais aussi un mouvement d’opposition et de réprobation qui avait porté « la ville entière, » selon le mot de saint Jean Chrysostome, à visiter Juventin et Maximin dans leur prison. On se disait qu’ils étaient coupables seulement d’avoir exprimé ce qui était dans la pensée et dans le cœur de beaucoup de leurs concitoyens. L'indulgence excessive de Julien pour d’autres soldats qui s'étaient donnés corps et âme à sa fortune rendait plus révoltante encore sa cruauté pour ceux qui avaient réclamé, même avec hardiesse, les droits de la conscience. Plus approchait le moment du départ pour la Perse, plus il multipliait le nombre des victimes sacrifiées devant les autels des dieux. C’est alors que tombaient quotidiennement ces centaines d'animaux de tout poil et de tout plumage dont parle Ammien Marcellin {. A la suite de ces sacrifices, les soldats appartenant aux cohortes privilégiées des Pétulants et des Celtes, demeurés tout-puissants parce qu'ils avaient eu la principale part dans la révolution de Paris, passaient leur temps à se gorger, dans les temples, de la chair des victimes et à remplir les sanctuaires païens d’une orgie continuelle. Quand ils en sortaient, alourdis par livresse, ils forçaient les passants à les reporter sur leur dos à la caserne ?. Ces excès, cette oppression des citoyens, ce gaspillage de viandes, alors qu’Antioche souffrait encore de la famine?, augmentaient l'impopularité de
cipales, n’est pas douteuse. » Pio Franchi de’ Cavalieri, dans Nuovo Bull. di arch. crist., 1903, p. 121, note 2.