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Juliette Drouet; sa vie son oeuvre

Il y a plusieurs raisons. La première, la plus importante, c'est qu'un heureux hasard nous a fait mettre la main sur divers documents relatifs à Juliette Drouet. Documents inédits que nous avons jugés intéressants, et que par ce présent livre nous tenons à faire connaître. Disant en outre que la source en est sûre, aussi sûre qu'être se peut en semblable occurrence ; que nous les avons trouvés par-ci par-là, souvent même au hasard des marchés où l'on n'a pas craint de les livrer. Que nous les avons réunis ; que nous nous sommes composé de cette

façon une petite collection " Drouetiste " et " Hugotiste ". Collection pour nous très précieuse, car dans le dossier que nous possédons en dehors des lettres et des manuscrits que nous publions et dont, afin de vous donner quelques détails, nous voudrions bien parler en ouvrant ici la parenthèse.

(Voici d'abord le manuscrit intime où Juliette a noté ses impressions de Jersey. Elle les trace sur de grandes feuilles in-40, au recto et verso, d'une écriture très serrée, très fine et couvrant ainsi onze pages. Accumulant fautes d'orthographe sur fautes d'orthographe... oh! combien!... et se servant pour les renvois d'un signe assez inédit et amusant formé d'une croix et de petits points aux angles. Elle y épingle, à la date du 24 décembre 1852, une coupure du journal de Jersey X Impartial. Fragment se rapportant à " la représentation si impatiemment attendue " dont elle a parlé à la date du 20 et du 22 décembre. Celte repré-

sentation n'eut pas lieu d'ailleurs et on dut en l'aire à Jersey une affaire d'État si l'on en juge par la longueur, le ton et la prolixité de l'article. Au dos de ce fragment de journal, mêlé à la publicité de l'hôtel de la Pomme d"Or, où un Nota bcne nous apprend que la patronne, Mmc Boisnet, possède toujours en magasin des vins français et de l'absinthe en gros et en détail; mêlé à la publicité du Grand Hôtel du Nord, à l'avis d'un " John Coutanche ", écrivain de la Cour royale et attourny de Demlle, 11 qui demande à tous les créanciers et héritiers de Jean Lemprière de remettre entre les mains du greffier de la Cour Royale de cette île tous leurs droits, comptes, faits, obligations, actes de rôles, engages, mortgages concernant ledit héritage ". Un tout petit entrefilet nous apprend que " Napoléon le Petit est en vente chez M. Ph. Falle, libraire, au bas de la place Royale " ; puis une pièce de vers assez bien tournée d'un certain Joseph Déjacque, lequel nous in-

forme de la mort de Louis Voitelain, qui dut être, selon toute probabilité, un personnage important des îles Normandes, si l'on en croit les vers suivants. Le lecteur y retrouvera l'évidente et inégale imitation du grand exilé.

Encore un Verbe, ouvriers et poètes, Que l'Hôpital lègue à nos souvenir-...

Que le scapel couche sur vos tablettes, Murs noirs et froids, Panthéon des Martyrs !

Comme le Christ, il naquit prolétaire, Et pour étoile eut celle des penseurs.

De la misère il vida le calice.

Le froid, la faim ont flagellé ses jours,

La maladie est le cuisant cilice

Qu'il promena dix ans par les faubourgs.

— Quand des faux dieux — le veau d'or, l'arbitraire,

Il flétrissait le culte criminel.

Les Malthusiens l'ont conduit au calvaire.

Qui meurt en Christ ressuscite immortel!

Le manuscrit de 1848 n'a rien de parti-

culièrement intéressant. Il est du môme format que l'autre, mais d'une écriture plus irritée ce nous semble, plus héroïque et plus grosse, ce qui fait que le manuscrit semble plus étendu...)

Mais pourquoi tant paraphraser sur ces documents? Puisqu'ils s'en peuvent passer parlant assez par eux-mêmes et que le texte en est rapporté avec une grande exactitude et une extrême fidélité — sauf toujours pour l'orthographe ! — dans la seconde partie de ce volume.

Il est pourtant une chose que nous aimerions dire ici, c'est de quels éléments se composent le petit dossier dont nous avons parlé précédemment.

Donc, en dehors des fragments de l'œuvre de Victor Hugo que Juliette recopie amoureusement, cela va sans dire, avec un grand soin et un grand ordre que le poète s'applique à détruire en jetant au hasard du feuillet des apophtegmes comme celui-ci : 11 Quelle force que celle-ci, n'être rien ",

mais quelle force dirons-nous d'émettre une pensée si hardie et quant à lui surtout, car nous ne croyons pas qu'il ait fortement pensé à cette pensée-là, mais qu'il l'a écrite, car il y avait une belle et forte antithèse.

En dehors de ces fragments, disionsnous donc, nous avons pu trouver de nombreux documents particulièrement variés.

C'est, par exemple, une carte de la maison G. IIull " Ancient Furniture Dealer " de Londres, où il achète, écrit-il, " un vieux cadre 3 livres, payé 2 livres. Je redois 1 livre plus 4 schillings pour l'emballage ". Cet achat était-il destiné à la maison de son amie? tout nous porte à le croire.

C'est un mois, presque jour pour jour après son arrivée à Jersey, qu'il va à Piémont, en face du Plainmont de Guernesey et de la " maison visionnée " des Travailleurs de la mer, qu'il envoie à Juliette une plume d'oiseau de mer sur laquelle il

épingle une languette Je papier sur laquelle il écrit :

11 Trouvée près de Piémont dans la baie, 4 septembre [852.

" Pour toi 11 La plume vole, le cœur reste.

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