‹ Juliette Drouet; sa vie son œuvreChapitre 2 sur 10 · V. II · texte numérisé non relu

V. II

C'est encore, un papier, une vulgaire bande de journal qui, nous dit Juliette, est son " premier copeau depuis Guernesey ", et le texte de son " copeau " est un mot peu aimable... toujours envers l'Empire.

C'est une boîte renfermant un cachet à ses armes. " Cachet des armes de Victor Hugo ", écrit-il sur la boîte.

C'est une modeste bouteille d'encre, d'encre allemande, où sur la bande il trace nerveusement ces mots : " La seconde moitié de X Année terrible a été écrite avec l'encre de cette bouteille ".

C'est une feuille de chêne adressée à Ju-

liette pour lui souhaiter •• Bonne année " le 3 janvier 1864, et sur laquelle il a écrit ces vers que nous avons déchiffrés à grand'peine et que nous croyons être ceux-ci :

To dream, not die De ce chêne sec misérable partie, Le vent d'hiver allait m'enlizer.

Ce fou, ce rêveur amoureux me cueille, L'amour sauve tout ; va-t-il me sauver ? Si dans un écrin quelconque on m'accueille, Au lieu de mourir, je m'en vais rêver.

UNI FEUILLE DAUTOMXE.

C'est enfin et pour y mettre un terme, l'exemplaire n° 1 sur chine de Napoléon le Petit dans l'édition de Paris de 1875, avec cette dédicace courte mais combien intime et près de l'auteur : " Le premier est à toi. V. ".

C'est... en un mot, vous allez dire, la liste de ce que nous possédons sur ces doux personnages si diversement illustres. Que c'est très bien, très intéressant; mais bien

inutile. Mais non ! pas inutile, fastidieux peut-être et encore, ne nous sommes-nous pas proposé d'utiliser tout ce que nous savions sur Juliette et sur son intimité avec le poète? et dire ceci, n'est-ce pas soulever un peu le voile arachnéen de cette intimité?

Alors il n'y a qu'une chose à nous reprocher : c'est que nous sommes bien loin de notre seconde raison, mais enfin remontez, s'il vous plaît, au commencement de cette longue parenthèse et voyez quel est le deuxième motif qui nous pousse à écrire ce livre. C'est que nous avons toujours aimé la compagne des grands hommes, et ne serait-ce que pour un plaisir tout personnel, la publication de ces documents nous fut douce à entreprendre et nous espérons que ce plaisir sera partagé par ceux qui nous liront.

Il est peut-être présomptueux de notre part de croire que ce qui nous intéresse intéressera également les autres. C'est

io JULIETTE DROUET

pourquoi nous demandons pardon d'avoir commis ceci et que nous invoquons, pour alléger notre faute - si faute il y a - que Juliette Drouet et Victor Hngo gagneront à être mieux et plus intimement connus, qu'il ne faut pas laisser dans l'ombre cette femme pour qui Hugo a écrit la bonne moitié de son œuvre et qu'il aimait à présenter en ces termes : « Je VOus présente le véritable auteur de la Légende ries Siècles, des Travailleurs rie la Mer, de tout ce que j'ai écrit depu.s décembre, M™ Drouet, qui m'a protégé alors et sauvé ». Non, que personne n'ignore Juliette, que ceux qui possèdent des documents les fassent valoir, que ceux qui honorent Hugo honorent sa compagne, l'amie de la maison, la maîtresse accueillie au foyer conjugal, (ce qui semble dépasser un peu les limites du vrai) mais que nous nous plaisons à dire et à démontrer par ce mot écrit à M- Drouet, alors à Bruxelles et signé de François-V. Hugo, et dont voici la copie-

JULIETTE DROUET n

11 CHÈRE Madame,

" Voulez-vous venir partager notre dîner de famille? Le jeune couple prend sa volée pour toute la soirée et ma mère pense avec raison que le vide laissé par eux ne peut être mieux comblé que par vous.

11 Croyez à mon plus affectueux dévouement. "

Ce mot est authentique et visiblement sincère. Alors vous voyez bien que c'est remplir un devoir que de faire connaître " quelque chose " de Juliette comme on a fait connaître des détails sur la vie d'Adèle Foucher. Et que sans dire qu'elle était digne d'être la vraie femme du poète, ce qu'elle fut d'ailleurs plus que M""-' Hugo, on peut sans hésitation parler d'elle en bien comme en mal et la faire outrer dans l'histoire du poète, lui rendre la place qu'elle y occupa. Et si quelqu'un entreprend un jour une histoire globale de la vie, des œuvres

du poète, y joindre les documents concer-

nant la vie, le rôle si discret et si occulte de cette maîtresse légitime que fut Juliette Drouet.

Faites une histoire du Dante sans parler de Béatrix, faites une histoire de Pétrarque sans parler de Laure, une histoire de Molière sans parler de la Béjart, une histoire de Rousseau sans parler de Mme de Warens, une histoire de Hugo sans parler de Juliette,' cette histoire sera incomplète. Il y faudra' joindre ce que l'on sait sur ses héroïnes et sur Juliette, voici la modeste contribution que nous apportons. Puisse-t-elle servir un jour, nous en serons heureux, car nous aimons d une ardeur juvénile Hugo et la belle Juliette, la femme qui réunissait ces deux antipathiques beautés, a dit Hugo, et du corps, ce qui est très bien et de l'âme' ce qui est plus rare.

Voici donc; l'inédit de cet ouvrage est nous ne nous le dissimulons pas, le principal intérêt. Ces pièces, qui ont pour titre Jersey, l'Insurrection de février 1S48, nous

les ferons précéder d'une notice biographique sur Juliette. Dans cette notice il n'y aura rien de bien nouveau, des biographes plus éminents, mais dont la partialité ne fut pas la qualité maîtresse, ont déjà parlé de cette adorable femme et leurs volumes sont tous à lire. Pourtant nous avons intercalé à la date, des pièces inédites de Juliette, telles que la lettre à sa fille, la feuille de comptes, diverses lettres à divers personnages, et de plus tout ceci sera écrit sans souci de la forme élégante, de la phrase à effet. Ce sera l'œuvre d'un compilateur, si vous voulez, qui n'a pas craint de laisser en blanc les époques où les documents sérieux lui faisaient défaut. Mais qui peut se dire que tout ce qui est noté est rigoureusement exact; ce qui, nous l'espérons, fera prendre plaisir à ceux qui voudront bien nous honorer en lisant ce livre. Nous voulons dire encore tous nos remerciements — avant de terminer cette trop longue préface — à notre aimable, encourageant et obligeant

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ami M. Paul Martine, qui nous a donné quelques renseignements intimes sur l'époque de 1848, ce qui eût manqué inévitablement. Car, et cela nous le disons en empruntant l'idée de Musset l et afin que, si nous avons péché ou dans le style ou dans toute autre chose, on ne nous condamne pas trop sévèrement, puisque nous aussi avons à peine atteint l'âge d'un homme.

1 Sonnet au lecteur des Jeux volumes de vers de l'auteur. Premières polies.

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