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Plus tard, également, en 1645 (1), ce n’est pas à l'archevêque de Rouen que s'adressent les Associés de Montréal pour obtenir des pouvoirs pour leurs missionnaires du Canada, « mussionariis in præfalis regionibus laborantibus : » c’est au Saint-Siège qu'ils écrivent (2). Le véritable organisateur et l'âme dirigeante de la Compagnie de Montréal était M. Olier, fondateur de Saint-Sulpice : € Il était convaincu, dit M. Faillon, que le pape seul a le droit d'envoyer des missionnaires dans les pays infidèles, et que ce droit est inséparable de la dignité de l’apostolat, restée par succession dans la personne du Souverain Pontife (3). »
Mais de ce que les missionnaires de la Nouvelle-France ne recoururent pas à la juridiction de l'archevêque de Rouen durant les vingt ou vingt-cinq premières années de l’Église du Canada, ayant du Saint-Siège toutes les facultés dont ils avaient besoin, il ne s'ensuit pas que le Prélat n’eut pas, même dès le commencement, la prétention que cette colonie était une dépendance de son diocèse, qu'il en était l’Ordinaire, que c'était à lui qu’on devait s'adresser.
Mer de Harlay, l’ancien, fut élevé au siège primatial de Rouen (#) l’année même que les premiers Récollets vinrent au Canada (1615). C'était l’époque de la Compagnie des marchands de Rouen, qui avait le privilège de 'a traite des pelleteries et envoyait chaque année plusieurs vaisseaux au Canada. Il est probable qu'il y avait ordinairement sur ces vaisseaux des aumôniers, qui, avant de partir, demandaient à l’archevèque des pouvoirs pour le voyage (5).
(4) Et non pas en 1643, comme l'écrit l’auteur de l'Histoire de la colonie française, car le document, qui ne porte pas de date, dit expressément : « Quartum jàm effluere annum ex quo... quamplures täm ecclesiastici quäm sæculares..….. Societati huic nomen dedere..... » Or la Société de Montréal fut formée en 1640. (Mémoires de la Société historique de Montréal, 4e livraison, p' 254).
(2) Le document a été publié en entier dans les Mémoires de la Société hislorique de Montréal, ke livraison, p. 252).
(3) Histoire de la colonie française en Canada, t. 1, p. 468.
(4) 11 succéda au cardina, de Joyeuse.
(5) C'est évidemment de ces aumôniers que veut parler M. de Latour, car, à part quelques chapelains des Ursulines et des Hospitalières de Québec, il n'y eut pas au Canada d’autres missionnaires que les Récollets et les Jésuites :
[l est probable également que le Prélat eut souvent à bénir des diocésains qui venaient se recommander à lui avant d'entreprendre une si longue traversée. Ms" de Rouen put ainsi s'accoutumer peu à peu à regarder comme faisant partie de son diocèse le territoire encore sans évêque où ses diocésains se rendaient ainsi tous les ans, et où quelques-uns commençaient même à se fixer.
Toutefois, l’on n’a aucune trace tangible des prétentions de l’archevèque de Rouen à la juridiction du Canada avant 1637.
Mais à partir de 1637, date de la fondation de l'Hôtel-Dieu de Québec, on peut voir, en parcourant les annales de ce monastère, surgir, se dresser peu à peu, lentement mais sûrement, puis se consolider, l'édifice de la juridiction de l’archevèque de Rouen au Canada : et, ce qui peut paraitre étrange, c’est que, malgré l'affirmation du P. Lalemant, que les Jésuites « n'avaient eu rapport à aucun évêque pour le gouvernement spirituel du pays jusques en 1647 », leur nom se trouve associé, dans les actes, à celui de l’archevèque de Rouen dès 1639.
On sait que l’Hôtel-Dieu de Québec fut fondé en 1637 par la duchesse d’Aiguillon (1), qui choisit pour commencer ce monastère les Religieuses hospitalières de la Miséricorde de Jésus établies dans la ville de Dieppe. Elle les choisit, à la recommandation de « la vénérable Mère Madeleine de Saint-Joseph, carmélite au
« Par l'usage établi dans les missions étrangères, et approuvé par le pape, ditil, tous les missionnaires francais prennent en partant les pouvoirs de l’évêque au lieu de l’embarquement. Ces pouvoirs durent pendant toute la traversée, et dans le lieu même du débarquement, s'il n’y a point d'évêque titulaire, jusques à ce qu'on ait trouvé le vicaire ou le préfet apostolique. Cette précaution est nécessaire, parce qu'on ne peut s'adresser ailleurs, et que le peuple se trouverait sans secours. Un grand nombre de débarquemens pour le Canada s'était fait en Normandie, et la plupart des habitants étaient de cette province. Ainsi beaucoup de missionnaires avaient pris les pouvoirs de l'archevêque de Rouen, et les avaient exercés sur les lieux. Cet usage avait fait insensiblement une espèce de possession en faveur du Prélat, qui lui faisait rega der ces nouvelles terres “comme une partie de son diocèse... » {Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 16).
(4) L'année précédente (4636), le P. Le Jeune écrivait : « Je cherchais lan passé une äâme courageuse qui pût arborer le grand étendard de la charité en ces contrées, Dieu y a pourvu. J'apprends que Mme de Combalel y veut mettre la main, et fonder un hôpital en la Nouvelle-France. » 11 ajoutait : « L'hôpital qu'on nous fait espérer aura, croyons-nous, de puissants effets pour la conversion des sauvages, » (Relations des Jésuites, 1636, p. d et 34).
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couvent de Paris, dont la sainteté était dès lors assez connue (1). »
Le contrat de fondation fut « passé en l'hôtel de la dite dame duchesse, à Saint-Germain-des-Prés lez Paris (2), » le 16 août 1637.
Dans cet acte il est dit que la duchesse d’Aiguillon contracte avec les Religieuses de Dieppe, « sous le bon plaisir de Mer l'Illme et Rme archevêque de Rouen. »
Quelques jours plus tard, la communauté de Dieppe fait l’élection des trois religieuses qui doivent aller fonder le monastère de Québec, « du consentement et ordre exprès donné de M£r l'Illme et Rue François de Harlay, archevèque de la ville de Rouen, primat de Normandie: » et cette élection est ensuite confirmée par « mon dit seigneur l'archevêque, sous l’autorité duquel était notre dite communauté de Dieppe, commé aussi le dit monastère qu’elles allaient établir. » Tout cela est signé par les deux religieuses de chœur qui vont fonder la maison de Québec. Anne de Saint- Bernard, et Marie de Saint-Ignace, supérieure (3).
(4) Toutes les communautés religieuses de Paris rivalisaient de zèle pour l'œuvre des Jésuites au Canada : « J'apprends, dit le P. Le Jeune, qu’en l’église de Montmartre, lieu si sacré par les dépouilles de tant de martyrs, et par la présence de tant d’âmes épurées, les Religieuses font, à leur tour, oraison jour et nuit, pour solliciter et forcer le ciel à répandre ses saintes bénéëdictions sur nos travaux, Les Carmélites sont toutes en feu; les Ursulines, remplies de zèle ; les religieuses de la Visitation n’ont point de paroles assez significatives pour témoigner leur ardeur; celles de Notre-Dame conjurent qu’on leur donne part aux souffrances qu'il fant subir parmi ces peuples, et les Hospitalières crient qu'on les passe dès l'année prochaine, » (Ibid., p. 6). « A Montinartre, écrit à son tour le P. de Brébœæuf, il y à incessamment nuit et jour une Religieuse prosternée devant le Saint-Sacrement, qui prie pour la conversion des sauvages de ce pays. » (1b'd., p. 76).
(2) A ce contrat, comme dans plusieurs autres actes intéressant l'Hôtel-Dieu de Québec, les religieuses de Dieppe étaient représentées par « le sieur Sébastien Cramoisy, marchand-libraire demeurant à Paris, rue Saint-Jacques. » Dans un acte, il est appelé « honorable homme Sébastien Cramoisy. » (Archives de l'Hôtel-Dieu de Québec). D'après Avenel, « il était considéré par ses confrères comme le chef de la société du Grand navire, nom qu'on donnait à l’association des libraires de Paris. » (Lettres du Card. de Richelieu, t. 1, p. 14%).
(3) Est-ce pour faire plaisir à l'archevêque de Rouen, qui avait montré en 1637 tant de bonne volonté lors de la fondation de l'Hôtel-Dieu de Québec, que les Jésuites firent imprimer la Relation de 1637 dans sa ville épiscopale? C'est la seule Relation qui ait été imprimée à Rouen : elle le fut par Jean Le Boulanger, Toutes les autres ont été imprimées à Paris par Sébastien Cramoisy.
Puis, quand arrive l'heure solennelle du départ, en 1639, le vénérable archevêque songe à ses chères filles de Dieppe qui s’en vont fonder un monastère au Canada, et leur adresse une magnifique lettre, du château de Gaillon. Il loue leur zèle, et leur permet de nouveau de partir, mais « aux conditions et charges qui ensuivent. » Puis il énumère ces conditions, par lesquelles il fait bien voir qu’il entend demeurer leur évêque dans ce territoire de la Nouvelle-France où il n’y en a pas encore :
« Les dites religieuses seront assistées et conduites par un confesseur et directeur approuvé par Nous, ou par notre directeur de notre Hôtel-Dieu et maison de Dieppe : elles seront tenues de nous envoyer, tous les voyages, une relation bien certifiée du dit confesseur, de leur bonne conduite, progrès et établissement; elles y recevront tel visiteur qui y sera par nous désigné ou envoyé, devant lequel elles rendront compte de toute leur administration et revenu : le jour de Saint-Romain, auquel nous leur accordons à perpétuité nos indulgences accoutumées, sera par elles solennellement et annuellement fêté, et il en sera fait commémoration ordinaire en leurs offices, suivie de l’oraison pour notre roi Très Chrétien : il ne pourra être fait aucune altération ou changement des deniers de la fondation, par application, en cas d'achat ailleurs, ou autrement, que de notre autorité. »
[l ajoute ensuite, précisant davantage ses intentions :
« En tout et partout elles y recevront nos ordres comme font nos diocésaines, jusques à ce que l’ordre épiscopal soit par Sa Sainteté établi fixe et successif en ce nouveau monde, où le saint évangile est porté pour y établir le royaume de Jésus-Christ qui est l’Église. Elles se comporteront en chrétiennes qui vont servir à planter la foi, ainsi qu'il se lit ès Actes des apôtres, dont nous leur recommandons souvent la lecture, et que par notre directeur ou autre désigné elles se les fassent souvent expliquer et paraphraser... (1) »
2ette lettre de l'archevêque de Rouen est datée du 20 mars 1639. Le 15 avril, M. Leaume, ci-devant curé d’Ancourt (2), directeur de l'Hôtel-Dieu de Dieppe, aonne lui-même une obédience aux
(4) Archives de l'Hôtel-Dieu de Québec, registre intitulé « Copies des Actes de la fondation du Monastère et des obédiences des religieuses, ete., » p. 19.
@) On l’appelait généralement M. d'Ancourt, comme on appelait ici « M. de Saint-Sauveur » M. Jean Le Sueur, ancien curé de Saint-Sauveur de Thury.
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trois religieuses de la mission du Canada. Il leur permet de « sortir du monastère de Dieppe pour s'embarquer en la flotte qui est prête à partir de ce port de Dieppe pour Canada, dans le vaisseau amiral de la dite flotte où commande le capitaine Bontemps, aux charges et conditions portées en l’obédience de mon dit seigneur archevêque, savoir que durant leur dit voyage en mer elles seront conduites et assistées par le R. P. Barthélemi Vimont, de la Compagnie de Jésus, supérieur destiné de la mission des RR. Pères Jésuites de la Nouvelle-France; et étant arrivées au dit lieu, elles seront assistées ou fait assister par le même Père, jusqu’à ce que l'on puisse y pourvoir par une autre voie de quelque prêtre séculier ou régulier, par mon dit seigneur l’archevêque..... »
Le # mai suivant, les trois religieuses de la mission du Canada s'embarquent, à la rade de Dieppe, « sous la conduite du R. P. Barthélemi Vimont, supérieur des Missions de la Compagnie de Jésus en ces contrées, ayant pouvoir légitime de mon dit seigneur de Rouen, pour être supérieur (en son absence, comme son délégué) des Religieuses du dit monastère de Kébec. »
Arrivées à Québec, elles sont accueillies avec un religieux empressement par le gouverneur du Canada, M. de Montmagny, qui leur donne des lettres-patentes pour assurer l'existence de leur monastère. Dans ces lettres, il déclare que les religieuses l'ont prié « de faire signer au présent acte le R. P. Barthélemi Vimont, qui les a accompagnées dans la traversée, à présent supérieur de la mission des RR. Pères de la Compagnie de Jésus, qui seuls se trouvent d'ecclésiastiques en ce pays (1). »
L'année suivante, la duchesse d’Aiguillon ayant demandé à l’archevèque de Rouen deux nouvelles religieuses pour l'Hôtel- Dieu de Québec, le prélat s’empresse de lui répondre favorablement; mais il en profite pour lui parler des Relations, qui s'impriment sans son approbation et à son insu :
« Madame, à l'instant que j'ai reçu votre lettre du 25 de ce mois, en sortant de la chaire, j'ai pris la plume pour vous faire la réponse que vous désirez, qui est l'octroi des deux hospitalières que vous voudrez choisir à notre Hôtel-Dieu de Dieppe, pour aller aider leurs sœurs à fonder la charité chrétienne dans cette France
(4) Outre les Jésuites, il y avait pourtant à Québec à cette date (1639) deux prêtres séculiers : MM. Jean Le Sueur et Gilles Nicolet.
que vous vous préparez pour le ciel. Dieu bénisse ce zèle héroïque que vous avez pour son saint temple et la sanctification de son nom, dont nous prêchons aujourd'hui (4).
« Je vous supplie, seulement, que comme vous voyez que je réponds en toutes choses et si promptement à vos intentions, il vous plaise de donner ordre que l’on n’imprime plus les Relations qui se feront dans ce pays, où Dieu vous associe à son œuvre de l’évangile, qu’elles ne soient vues et approuvées de nous, ou de nos confrères dont il sera fait mention, afin que Dieu ne soit pas seulement servi, mais servi en esprit et vérité, selon l’ordre qu’il lui a plu établir et prescrire à son Église, à laquelle servant, je suis, Madame, votre très humble serviteur (2). »
Les deux nouvelles religieuses reçoivent obédience de M. d’Ancourt, le 24 mars 1640, et se rendent à Québec, « conduites et assistées par le R. P. René Ménard, de la Compagnie de Jésus, destiné des RR. Pères Jésuites pour la mission de la Nouvelle- France. » À Québec, dit M. d’Ancourt, « elles seront assistées en leurs nécessités spirituelles de quelques-uns des RR. Pères Jésuites, jusqu’à ce que M#' l’archevêque y puisse autrement pourvoir... »
Le 15 août 1643, deux autres religieuses de Dieppe arrivent à Québec, « sous la conduite du R. P. Quentin, de la Compagnie de Jésus, destiné des RR. Pères Jésuites pour la mission de la Nouvelle- France, sous le bon plaisir de Mir l'archevêque de Rouen, leur prélat et supérieur... »
La première profession religieuse, dans les registres de l'Hôtel- Dieu de Québec, est du 29 avril 1645. Elle est faite « sous l’autorité de M£r l'Illme et Rme archevêque de Rouen, notre prélat et supérieur pour lors, et entre les mains du R. P. Barthélemi Vimont, supérieur des Missions de la Compagnie de Jésus en ces contrées, ayant pouvoir légitime de mon dit seigneur... »
L'année suivante (1646), au mois d'octobre, deux postulantes sont admises à l’Hôtel-Dieu, « de l’avis et consentement de la communauté, sous l'autorité du R. P. Jérôme Lalemant, supérieur des Missions de la Compagnie de Jésus (3) en ces contrées,
(4) Cette lettre est datée de Rouen, le 28 fév. 1640. IL est probable que l’on faisait ce jour-là la fête du Saint Nom @e Jésus.
(2) Archives de l’Hôtel-Dieu de Québec, registre cité plus haut, p. 28.
(3) Il avait succédé l’année précédente au P. Vimont, et c’est lui qui commença alors le Journal des Jésuites.
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grand vicaire de Mér l'archevêque de Rouen, notre prélat et supérieur... »
ILest évident, d'après ce qui précède, que, dès 1637, l'archevèque de Rouen croyait avoir juridiction au Canada en attendant qu'il y eût un évêque. Il n'est pas moins évident que les Jésuites eurent rapport avec ce prélat plusieurs années avant l'époque mentionnée par le P. Lalemant (1647), sinon « pour le gouvernement spirituel de ce pays, » du moins pour ce qui regarde la communauté des Hospitalières de Québec. I leur confia en 1639 les intérêts spirituels de cette communauté, et ils s'en chargèrent, confessant les religieuses, faisant la visite du monastère, recevant les professions religieuses en son nom et sous son autorité.
Mais il est probable qu'ils ne correspondaient pas avec beaucoup d’empressement aux avances de l'archevêque, et ne paraissaient guère s'occuper de son autorité. Ce que dit le Prélat au sujet des Relations nous laisse suffisamment entendre qu'ils se montraient assez indépendants de lui. Aussi reçurent-ils « des lettres de France » qui leur inspirèrent des inquiétudes au sujet de quelques actes de leur ministère, ou augmentèrent le malaise qui existait déjà.
Le fait est qu'au monastère des Ursulines, fondé à Québec en même temps que l'Hôtel-Dieu, il n'y eut pas de profession religieuse avant 1648.
Nous avons vu que les Associés de Montréal s’adressèrent au Saint-Siège, en 16%, pour obtenir des pouvoirs pour leurs missionnaires du Canada, « missionariis in præfatis regionibus laborantibus. » Le Saint-Siège ne répondit pas à cette demande de juridiction (1), évidemment parce que les Jésuites étaient déjà chargés des missions de la Nouvelle-France (2).
(4) Histoire de la colonie française en Canada, t. 1. p. 472.
(2) D'après Latour (Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 10) et Charlevoix (Histoire de la Nouvelle-France, &. 11, p. 90), c'est vers cette époque que M. de Queylus serait venu une premiére fois au Canada, avec des pouvoirs de l'archevôque de Rouen, « Mais comme la juridiction de ce prélat sur la Nouvelle- France, dit Charlevoix, n’était fondée sur aucun titre..., l'abbé de Queylus ne fut point reconnu en qualité de grand vicaire et s’en retourna en France, I revint en 4657, pour prendre possession de l'ile de Montréal, et pour y fonder
un séminaire, »
M. Faillon, dans sa Vie de la sœur Bourgeois (t. 1, p. 89), nie la valeur du document sur lequel s'appuie Charlevoix pour raconter ce premier voyage de
Vers le même temps, il se faisait un travail sérieux contre les Jésuites du Canada, qu'on accusait de vouloir dominer partout et s'enrichir par la traite des pelleteries : « Deux députés arrivèrent de Canada en France en 1639, dit le P. Le Clercq, récollet, et s'adressèrent secrètement à nos Pères de Paris pour leur représenter la gêne où étaient les consciences de la colonie, de se voir gouverner par les mêmes personnes pour le spirituel et pour le temporel... (1) »
Les Jésuites obtinrent de la Compagnie des Cent-Associés une déclaration solennelle les exonérant complètement des accusations qu'on faisait peser sur eux (2). Mais on sait la conséquence ordinaire des accusations, même les moins fondées : il en reste toujours quelque chose.
Les partisans de la juridiction de l'archevêque de Rouen en profitèrent (3) pour écrire ou faire écrire, aux Jésuites du Canada,
M. de Queylus au Canada, Ajoutons que si M. de Queylus ou quelques autres prêtres envoyés par la Compagnie de Montréal vinrent à cette époque au Canada, on ne trouve nulle part trace de leur passage, ni exercice de leur juridiction. Ce sont les Jésuites qui desservirent la colonie de Montréal jusqu'en 1657.
(1) Premier établissement de la Foy, p. 478.
(2) Relations des Jésuiles, 1643, p. 82.
(3) Ils profitèrent surtout de la mort du P. Joseph, et 1638, en de celle de Richelieu, en 1642. Tant que ces deux hommes vécurent, il n'eût pas été facile de monter efficacement une cabale contre les Jésuites, ou de chercher à exercer au Canada uue juridiction indépendante de la leur. Richelieu et le P. Joseph étaient les protecteurs des Jésuites au Canada : ils n'étaient pas hommes à les abandonner, surtout après que ces Religieux avaient donné tant de témoignages de leur dévouement et de leur zèle. Aussi le P. Le Jeune écrivait-il en 1635 : « Sous la faveur et la conduite d’un Prince de l'Eglise, on voit naître (dans la Nouvelle-France) une nouvelle Eglise, qui étendra ses pampres jusqu’à la mer, et provignera ses ceps le long des rives du premier de tous les fleuves, »
Remarquons ces paroles du P. Le Jeune : L'Eglise du Canada était vraiment « sous la conduite » de Richelieu. C'est lui qui y avait envoyé et qui y maintenait les Jésuites. IT n’est nullement question de l'archevêque de Rouen; et nous croyons que ce prélat eût été mal venu, du vivant de Richelieu, à afficher ouvertement des prétentions à la juridiction sur la Nouvelle-France,
L'esprit de Richelieu lui survécut dans la direction de la Compagnie des Cent-Associés, dont il avait été le principal organisateur, Il y avait un an que le grand ministre était mort, lorsqu'elle donna en faveur des Jésuites la déclaration solennelle que nous venons de mentionner. Les missionnaires du Canada weurent jamais qu’à se féliciter des bonnes dispositions de la Compagnie et
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des lettres qui leur inspirèrent des doutes sur la validité des mariages et des professions religieuses auxquels ils prenaient part, sans avoir « eu rapport à aucun évêque pour le gouvernement spirituel du pays (1). »
En 1647, les Jésuites se décidèrent, après consultation, comme nous l'avons vu, et pour couper court à toute difficulté, « à s'adresser et attacher à M. de Rouen, » qui s’empressa de leur donner des lettres de grands vicaires (2).
de son intendant, M. de Lauzon, qui devint en 1651 gouverneur de la Nouvelle- France. Et lorsqu'en 1653 ils se décidèrent à reconnaitre pi. iquement l'archevêque de Rouen comme l'ordinaire de la Nouvelle-France, on comprend pourquoi ils crurent devoir en parler auparavant à ce gouverneur, qui avait été si longtemps l'intendant de la Compagnie des Cent-Associés, et expliquer les raisons de leur conduite à celui qui connaissait si bien comment les Jésuites avaient été envoyés au Canada, et de qui ils avaient tenu leurs pouvoirs.
Avant de devenir intendant de la Compagnie des Cent-Associës, « M. de Lauzon, dit Avenel, était employé par le Cardinal, dans un rang supérieur, aux affaires de commerce et des colonies, » C'est lui qui aida Richelieu à dissoudre la Compagnie des marchands de Rouen pour la remplacer par la Compagnie des Cent-Associés. C'est lui qui obtint du due de Ventadour sa démission comme vice-roi du Canada : il écrit à Richelieu le 30 juin 1626 : « J'exécutai hier votre commandement, ayant par devers moi la démission de la charge de vice-roi de la Nouvelle-France, laquelle je me propose de vous mettre en main propres. » (Lellres de Richelieu, t. 11, p. 345). Ce fut Richelieu, e grand-maitre, chef, surintendant général de la navigation et commerce de France », qui exerça ensuite l'autorité de vice-roi du Canada. M. de Lauzon était évidemment de ceux qui étaient le mieux au courant de la pensée et de la politique du grand Cardinal par rapport à la Nouvelle-France.
(1) Journal des Jésuites, p. 186.
(2) Le P. Jérôme Lalemant dut se sentir soulagé lorsque le P. Vimont lui apporta ces lettres, au printemps, ou plutôt dans l'été de 1648, et surtout les réponses des principaux religieux de la Compagnie, en France et à Rome, à certaines difficultés dont il avait demandé la solution. Il expose lui-même, dans son Journal, une de ces difficultés, à la date du 19 avril de cette même année 1648 : le P. Vimont n'était pas encore de retour au Canada :
« L'octave de Pâque, dit-il, j'intimai le canon du Concile de Latran, et les peines portées contre ceux qui ne se communient à Pâque : Vivens ab Ecclesiw ingressu arcealur, el moriens ecclesiaslicà careat sepullurä. »
Pais il ajoute : « Je donnai huit jours de répit. » Et continuant en latin, comme il a coutume de faire quand il traite de questions un peu délicates :
« Post octo dies, declarandi erant incurrisse excommunicationem, seu potiüs excommunicandi erant, cum non de facto essent excomraunicati, sed excommunicandi, ergù ab habente potestatem, quam non habent parochi; quod si
« Depuis, dit le P. Lalemant, mon dit seigneur l'archevêque de ; Rouen envoya une patente bien ample, adressée au R. P. Assistant, par laquelle il établissait le supérieur de la mission son vicaire général, avec toutes les précautions possibles pour le bien de notre | Compagnie, et le dit seigneur archevêque étant mort cette année (1653), son neveu successeur en sa charge et qui du vivant |
dicatur nos ampliüs aliquid habere, cum non mihi constaret, proposui non facere, sed petere in Gallià quid agendum, si nihil nobis ad solutionem difficultatum hoc anno adveniret, »
Nous ne savons si le P, Lalemant reçut quelque consultation spéciale au sujet du cas en question, Ce qui est certain, c'est que l'année suivante, 1649, il se contente d'écrire dans son Journal : « Le dimanche de Quasimodo, j'avertis des principaux défauts de la paroisse qui nous pouvaient faire craindre la colère de Dieu. » Et il n’est plus question dans le Journal des Jésuites de la menace Î d'excommunication portée par le Concile de Latran contre ceux qui ne \ remplissent pas le devoir de la communion pascale,
La première excommunication qui fut lancée, eroyons-nous, à Québec, le fut par M. de Queylus, en sa qualité de grand vicaire de l'archevêque de Rouen, le 28 octobre 1657. Voici en quels termes le Journal des Jésuiles mentionne le fait :
« Monsieur l'abbé jeta l'excommunication, à la grand'messe, après avoir publié le monitoire par trois divers dimanches, contre ceux qui auraient brûlé la maison de M. Denis. »
Le P, Lalemant, comme tous les esprits supérieurs, embrassait facilement f l’ensemble d’une question, et la mesurait sous toutes ses faces. De là souvent t des doutes qui se présentaient à son esprit, dans l'exercice de ses fonctions, et qu’il mentionne quelquefois dans son Journal. En voici un que l'on trouve à la date du samedi-saint, 11 avril 1648 :
« Je doutai avec d’autres plus que jamais, s'il ne fallait pas nommer | l’empereur le vendredi et le samedi-saint; à peine trouvai-je deux missels qui { s'accordassent. Je pris résolution de m'en éclaircir en France, et cependant je dis comme un des missels le plus favorable pour la France, »
Le chef du Saint-Empire était alors l'empereur d'Allemagne, Ferdinand HT, ; de la maison d'Autriche, avec laquelle la France était en guerre depuis + treize ans. Il faut avouer qu'un Français était bien excusable de se prévaloir des raisons qui pouvaient l’exempter de prononcer dans les prières liturgiques le nom de celui qui était l'ennemi déclaré de son pays. s
Aujourd’hui que le Saint-Empire n'existe plus depuis près d'un siècle on omet dans l'office du vendredi et du samedi-saint la prière pour l'empereur, Mais elle n'a pas disparu du missel : on lit encore dans les éditions les plus récentes 1 et les plus autorisées : « Respice ad Romanum benignus Imperium..…. Respice À ad devotissimum Imperatorem nostrum... » Admirable disposition de l'Église satholique : fidèle à toutes les causes saintes et sacrées, elle ne désespère jamais de celles qui semblent en apparence les plus désespérées. Elle a mis dans sa liturgie des prières spéciales pour le chef du Saint-Empire, qui, dans
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de son oncle avait été son coadjuteur (1), envoya une semblable patente à celle de son oncle au R. P. Assistant, qui nous fut ici apportée avec le mandement pour la publication du Jubilé (2). »
Résumons :
1° Les premiers missionnaires du Canada, Récollets et Jésuites, tenaient leurs pouvoirs du Saint-Siège; les Récollets (1615), par l'entremise du nonce de Paris, commissaire apostolique pour les missions canadiennes: les Jésuites (1625), par le provincial des Récollets de la province de Saint-Denis, préfet de la mission du Canada.
2 Les Jésuites, qui revinrent seuls au Canada après la reddition de cette colonie à la France en 1632, étaient envoyés par Richelieu et le P. Joseph, et tenaient leurs pouvoirs du Saint-Siège par l'entremise du P. Joseph, alors préfet des missions.
3° [lest possible que dès le conmmencement l'archevêque de Rouen prétendit avoir juridiction au Canada : mais on n'en a pas de preuve avant 1637.
ko En 1639, il confie aux Jésuites l'administration spirituelle de l'Hôtel-Dieu de Québec, et ceux-ci paraissent dès lors agir en son nom et sous son autorité, sinon pour le gouvernement spirituel du pays, du moins pour la conduite de cette communauté.
50 Ce n’est qu'en 1647, cependant, que les missionnaires du Canada s'adressent directement à l'archevèque de Rouen, et reconnaissent sa juridiction. Le prélat écrit au R. P. Assistant, à Rome, une lettre par laquelle il établit le supérieur de la mission du Canada son vicaire général. Mais on tient la chose cachée jusqu’en 1653.
60 En 1653, le nouvel archevêque de Rouen se déclare et est
la pensée des papes qui le eréèreat, devait être son bras droit contre les hérétiques, les sthismatiques et les séditieux : ces prières subsistent toujours; et si jamais le Saint-Empire venait à se reconstituer, les ministres de l’Église retrouveraient, pour appeler sur lui les faveurs célestes, l'antique formule consacrée par les siècles.
(4) Comme nous l'avons dit plus haut, d'après la Gallia christiana, Mer de Harlay, le neveu, succéda dès 4651 à son oncle, qui résigna en sa faveur et mourut en 1653. 11 fut transféré à l’archevêché de Paris en 1671.
(2) Journal des Jésuites, p. 186.
proclamé par les Jésuites, dans l’église paroissiale de Québec, l'Ordinaire de la Nouvelle-France, en présence et avec le consentement du gouverneur de fa colonie, On a soin, cependant, de ne pas parler de ce consentement, afin sans doute de n’engager en aucune manière les autorités civiles, dans cette affaire de juridiction, et de ne rien compromettre pour l'avenir.
Le fait que les Jésuites reconnurent la juridiction de l'archevêque de Rouen en 1647 et depuis, recevant de ce prélat des lettres de grands vicaires, ne changea absolument rien à l'administration de l'Église du Canada. Ils continuèrent comme auparavant à exercer leur ministère à Québec, aux Trois-Rivières, à Montréal et dans les missions sauvages, avec un zèle et un dévouement admirables, mais d'une manière parfaitement indépendante de toute autre autorité que de celle de leur Provincial, auquel ils adressaient comme par le passé leurs Relations, sans même y mentionner le nom de l'archevêque.
Ce nom ne figure que deux fois dans les Relations des Jésuites, et c’est en 1639 et 1640 : il est mentionné alors avec éloge : c’est à l’occasion de la fondation de l'Hôtel-Dieu de Québec, et de la bonne volonté avec laquelle le primat de Normandie laissa partir ses hospitalières de Dieppe pour cette lointaine mission :
« M: le Révérendissime archevêque de Rouen, très zélé au salut des âmes, écrit le P. Le Jeune, et très désireux de témoigner à Mme d’Aiguillon les inclinations qu'il a de contribuer de tout son pouvoir aux bonnes œuvres qu’elle fait, ne peut mieux l'obliger qu'en obligeant les pauvres sauvages, leur donnant pour secours un des plus précieux trésors de son diocèse (1). »
Le P. Vimont écrit à son tour :
€ Mme la duchesse d’Aigailion ayant augmenté la fondation de son hôpital en la Nouvelle-France, et désirant que deux religieuses de la maison de Dieppe vinssent donner du secours à leurs bonnes sœurs, ME l'archevêque de Rouen leur accorda leur congé avec autant d'amour et d'affection qu'il désire l’accroissement de la
(1) Relations des Jésuiles, 1639, p. 9,
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gloire de Notre-Seigneur en la conversion des pauvres sauvages(1). »
Il est question plus tard (16%4) de l'archevêque de Tours, qui envoie du rentort au monastère des Ursulines de Québec (2) : il n’est plus mention de l’archevèque de Rouen. Chose singulière, les Relations des Jésuites qui racontent généralement avec les détails les plus minutieux et les plus précis tous les faits qui peuvent intéresser l’Église du Canada, ne parlent pas même du jubilé de 1653, ni du mandement pour la publication de ce jubilé, ni de la prise de possession publique et solennelle par l’archevèque de Rouen du gouvernement spirituel de la Nouvelle-France.
Il est vrai que le pays était alors en butte aux incursions journalières et aux fureurs impitoyables des Iroquois. Ces barbares, après avoir détruit (1649) presque complètement la nation Huronne, s'étaient répandus au milieu de la colonie canadienne et mettaient tout à feu et à sang. En 1653, ils massacrèrent M. Duplessis, gouverneur des Trois-Rivières, firent prisonnier près de Québec le P. Poncet et le tinrent captif plusieurs semaines. Les Relations ne parlaient guères que des atrocités commises par ces barbares.
Le Journal des Jésuites nous signale un détail qui parait avoir échappé à l'attention de nos historiens : c’est qu’aussitôt après Île martyre des PP. de Brébœuf, Lalemant et Garnier, en 1649, le vénérable archevèque de Rouen (l'ancien) ordonna de faire une enquête sur les circonstances qui avaient accompagné ce douloureux événement, comme aussi sur le martyre du P. Jogues, en 1645, et celui du P. Daniel en 1648. Après la mort de son oncle, en 1653, Ms de Harley, qui venait de se déclarer publiquement l’'Ordinaire de la Nouvelle-France, « donna, écrit le P. Jérôme Lalemant (3), un autre mandat pour faire inquisition sur la vie et sainte mort de nos Pères (4). »
Ces enquêtes juridiques eurent-elles lieu, et quel en fut le résultat? Nous ne le savons pas : mais le fait de les avoir ordonnées
ne prouve-t-il pas la sollicitude de l'illustre primat de Normandie pour tout ce qui pouvait intéresser la gloire de l’Église, l'honneur de la Compagnie de Jésus, le bien spirituel de la Nouvelle-France?
(1) Relations des Jésuites, 1640, p. 2.
(2) Ibid., 1644, p. %6.
(3) Oncle de Gabriël qui fut martyrisé avec les PP. de Brébœuf et Garnier. (4) Journal des Jésuites, p. 187.
En 1657, la juridiction de l’archevêque de Rouen au Canada entre dans une phase nouvelle. Quatre sulpiciens de Paris sont envoyés ici par M. Olier pour desservir la colonie de Montréal. Ils prennent, avant de partir, des pouvoirs de l'archevêque de Rouen. L'un d'eux, M. de Queylus, chef de la mission, reçoit du prélat des lettres de grand vicaire (1).
Voilà donc l'archevêque de Rouen avec deux grands vicaires dans la Nouvelle-France : le supérieur des Jésuites (2) et M. de Queylus.
On a écrit, mais sans citer le document lui-même, que « les lettres de grand vicaire du recteur de Québec portaient cette clause expresse que, dès qu'il y aurait en Canada des ecclésiastiques séculiers munis des mêmes pouvoirs, le recteur ne ferait plus aucun usage des siens (3). » On ajoute que, « dès que le P. Dequen eut pris connaissance des lettres de M. de Queylus, il le reconnut pour légitime et seul grand vicaire. »
A défaut de ce document — les lettres de grand vicaire du supérieur des Jésuites — que nous n’avons pu nous procurer nousmème (4), nous en avons un autre, que nous citerons tout à l'heure, d’après lequel il nous semble bien prouvé qu’en effet le supérieur des Jésuites cessa d'exercer les fonctions de grand vicaire, à l’arrivée de M. de Queylus. L'archevêque de Rouen fait une ordonnance : « Le supérieur des Jésuites de la maison de Québec exercera ces mêmes pouvoirs que nous lui avons accordés... » Donc il avait discontinué de les exercer. Mais il n'avait pas cessé pour cela d'être grand vicaire, d'en avoir le titre et la
(4) Il venait d'éprouver un échec, au sujet de l'évêché du Canada. Son nom avait été proposé pour cet évêché par les Associés de Montréal à l’Assemblée générale du clergé de France. Mais les Jésuites présentèrent au roi M. de Laval, et c’est M. de Laval que le roi proposa au Saint-Siège et fit nommer vicaire apostolique de la Nouvelle-France. (Histoire de la colonie française en Canada, t. 11, p. 271 et 313).
(2) C'était alors le P. Jean Dequen. Il avait succédé au P. Le Mercier en 1656,
(3) Histoire de la colonic française en Canada, t. n, p. 281.
(4) On a bien voulu faire pour nous, mais sans résultat, de minutieuses recherches aux archives de Rouen.
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dignité : « Pour terminer les différends qui sont intervenus entro le sieur abbé de Queylus, et le vénérable supérieur des Jésuites de la maison de Québec, tous deux nos grands vicaires.. », dit le prélat. M. de Queylus arrive au Canada comme vicaire général de l’archevèque de Rouen : le supérieur des Jésuites s’efface, et, tout en restant grand vicaire, cesse d’en exercer les fonctions, pour se conformer soit à la teneur de ses lettres, soit à la pratique bien connue de la Compagnie de Jésus.
Il nous semble d'ailleurs évident pour toutes les circonstances | des faits, et surtout par la surprise que manifesta l'archevêque de l Rouen lorsqu'il apprit la tournure des événements au Canada, que 7 le vicaire général avait reçu instruction d’user des plus grands ménagements à l'égard des Pères Jésuites, et de ne rien changer
{| au gouvernement de la région de Québec. C'était bien aussi sa | )| première résolution : « M. de Queylus répondit qu'il n'avait point [1 intention d'exercer ses pouvoirs à Québec, et qu’il se bornerait à [IH l'ile de Montréal, où il allait faire sa résidence (1). »
On sait ce qui arriva : M. de Queylus, qui se proposait tout d’abord de n’exercer ses pouvoirs qu’à Montréal, changea de dis- | position, prit en main le gouvernement spirituel de toute la 1 | Nouvelle-France, nomma M. Souart curé de Montréal (2), et s’ins- UE talla lui-même curé de Québec à la place de ceux qui en exerl çaient les fonctions depuis un quart de siècle. Comme il était al facile de le prévoir, mille difficultés surgirent entre lui et les Al Jésuites (3): et il fallut que l’année suivante l'archevêque de Rouen intervint « pour terminer les différends des grands vicaires
LA du Canada. »
418 Nous citerons tout entière la lettre qu'il écrivit à cette occasion :
| elle respire une grande sagesse, et un ardent désir de procurer le | | bien de l’Église de la Nouvelle-France :
| « François, par permission divine, archevêque de Rouen, primat | de Normandie, à tous ceux qui ces présentes verront, salut et |: bénédiction. Pour terminer les différends qui sont intervenus entre |
le sieur abbé de Queylus et le vénérable supérieur des Jésuites de
(1) Histoire de la colonie française en Canada, t. 11, p. 282.
| 1 (2) « Dès le 12 août, le P. Pijart signait son dernier acte comme desservant | \ de la cure de Montréal, et M. Souart était installé à sa place. » (Archives |
du Séminaire de Québec, Papiers de M. Beaudet). (3) Journal des Jésuiles, passim.
Ja maison de Québec, tous deux nos grands vicaires dans la partie de notre diocèse appelée la Nouvelle-France, en attendant qu'il y soit plus amplement pourvu par notre autorité, nous avons ordonné que le sieur abbé de Queylus exercera dorénavant, et du jour de la signification de la présente ordonnance, le vicariat que nous lui avons donné, suivant tous les pouvoirs qu'il contient, dans l’étendue de l’ile de Montréal ; conme aussi le supérieur des Jésuites de la maison de Québec exercera ces mêmes pouvoirs que nous lui avons accordés; sans que ni l’un ni l’autre desdits grands vicaires puisse rien entreprendre dans les deux différents territoires sans le consentement l’un de l’autre.
« À la charge, néanmoins, que lorsque quelques fidèles iront ou de Québec à Montréal, ou de Montréal à Québec, ils pourront leur administrer les sacrements dans le lieu de leur juridiction.
« Et de surplus, nous les conjurons de vivre en paix, tant pour s'acquitter de leurs consciences envers Dieu, que pour édifier une Église naissante, qui doit être de plus en plus fortifiée par les bons exemples de ceux qui la gouvernent.
« Donné à Paris, le trentième jour de mars mil six cent cinquante-huit. Fr., archevêque de Rouen. Par Monseigneur, Lenoir (1). »
Il est probable que ce document fut envoyé à Québec par le même vaisseau qui y amena le nouveau gouverneur, M. D’Argenson, le 11 juillet. Il était « expédié double », une copie pour M. de Queylus, et une autre pour les Jésuites. D'après M. Faillon, M. de Queylus, « dans le premier moment, eut le tort d'y objecter quelque prétendu défaut de forme (2). » Le 8 août, les Jésuites lui firent signifier juridiquement leurs lettres de grands vicaires, et le 21 il se décida à partir pour Montréal (3). La paix fut désormais rétablie entre les deux grands vicaires de la Nouvelle-France.
Ms de Montmorency-Laval venait justement d’être nommé
(4) Archives de l’archevêché de Rouen, acte pour terminer les différends des Rév. grands vicaires du Canada. (A la marge : Acte expédiè double),
(2) Histoire de la colonie française, t. u, p. 300,
(3) Journal des Jésuiles, pp. 238, 239.
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évèque de Pétrée et vicaire apostolique du Canada (1) : il se préparait, dans l’ermitage de Caen, à recevoir la consécration épiscopale.
Nous avons raconté ailleurs (2) les longues négociations qui précédèrent l'envoi d'un évèque au Canada, puis l'opposition que fit Mer de Harlay à la consécration de M£r de Laval, afin de l'empêcher d'aller exercer son vicariat apostolique dans un territoire qu'il regardait comme « une partie de son diocèse. »
Il souleva contre le pieux prélat les évêques de France, afin que personne ne consentit à le consacrer, et les parlements de Rouen et de Paris, auxquels il fit rendre des arrêts lui défendant ‘ « de s’ingérer dans les fonctions de vicaire apostolique au Canada (3). »
Mir de Laval devait être consacré le 3 octobre : les évêques de Bayeux, d'Évreux et d’Ardue qui avaient promis de prendre part à la cérémonie, refusèrent à la dernière heure.
Il reçut la consécration épiscopale, le 8 décembre 1658, des
| 1 mains du nonce de Paris, assisté par les évêques de Rodez et de
i | | Toul, dans l'église de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, exempte
Il l de la juridiction épiscopale (%).
| | | (4) Ses bulles sont datées du 3 juin 1658. Mer de Laval y est aommé évêque
AE de Pétrée, et on le notifie dans le même document, qu’il doit aller exercer les
11 | | fonctions de vicaire apostolique au Canada, dans l'Amérique septentrionale :
(3 {hi « Et insuper tibi ut officium vicarii apostolici in regno Canadæ in Americà
fl | | septentr'onali, ad quod te destinavimus, exercere possis... »
| je} |A On à prétendu qu'il y avait une autre Bulle, nommant Mer de Laval vicaire
14 (| apostolique de la Nouvelle-France (Histoire de la colonie française, t. 11, p. 329);
| } | mais au lieu d’y référer et de la citer, on renvoie à un document de 1668,
‘AT dont une copie se trouve aux archives du Vatican, et qui n’est autre chose
| JR qu'un projet de Bulle d’érection de l'évêché de Québec : ce projet est accomsl pagné de notes, dans une desquelles il est dit, en effet, que « les lettres de
JE 1 vicariat de l'évêque de Pétrée déclaraient que l’église paroissiale de Québec
| était dans le diocèse de Rouen. » Mais quelle est la valeur et l'authenticité de ces notes marginales, qui sont sans signature, sans aucun nom d'auteur,
L In sur un simple projet de Bulle qui est lui-même sans signature? Sont-elles
| | suffisantes pour conelure à l'existence de Bulles spéciales nommant Ms de
1 {l Laval vicaire apostolique? Le fait est que ces Bulles n'existent pas : personne
| | ne les à jamais vues : il n’y a que les Bulles d’évêque de Pétrée que nous avons
| | citées tout à l'heure.
il | (2) Vie de Ms de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada,
19 tr, p. 93,
| Î (3) Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 14.
| | (4) 11 fut consacré dans la chapelle de la sainte Vierge, attenante à l’abbaye.
Il s'embarqua à La Rochelle, au printemps de 1659, pour se rendre à son vicariat apostolique, et arriva à Québec le 19 juin.
La partie décisive concernant la juridiction de l'archevêque de Rouen au Canada va se jouer.
Le puissant prélat de la Normandie est représenté dans la Nouvelle-France par un homme habile, M. de Queylus : il lui adresse, dans l’été de 1659, de nouvelles lettres de grand vicaire, confirmant celles qu’il a déjà. C’est un défi porté à l’autorité du vicaire apostolique.
Nous ne rappellerons pas ici les différentes phases de la lutte soutenue au Canada par M# de Laval contre l'archevêque de Rouen. M. de Queylus persistant à vouloir se faire reconnaitre comme grand vicaire de l’archevêque et exercer une juridiction indépendante, le vicaire apostolique réussit à le faire repasser, de lui-même, en France dans l'automne de 1659.
L'année suivante, M£r de Laval fait signer à tous les prêtres de la Nouvelle-France, y compris les Sulpiciens, un acte par lequel ils se soumettent purement et simplement à son autorité (1). A force d’intrigues, et malgré les défenses royales, M. de Queylus revient en Canada en 1661. M£r de Laval emploie d’abord les moyens de persuasion, puis la menace des censures, puis les censures ecclésiastiques elles-mêmes, pour l’engager à repasser en France, M. de Queylus résiste. Il faut alors que le bras séculier intervienne pour faire respecter la volonté du roi et l'autorité du vicaire apostolique : le gouverneur, M. d’Avaugour, monte lui-même à Montréal signifier à M. de Queylus l’ordre de partir pour la France. Celui-ci quitte alors le Canada, et Mér de Laval reste maitre du terrain.
Dans cette lutte, le vicaire apostolique du Canada fut soutenu sans doute par la Cour de France et par le Saint-Siège. Nous avons dit, en commençant, qu'à Rome on ne voulut jamais
C'était un bijou d'architecture, Elle avait été construite par Hugues de Montreau sur les mêmes plans et avec les mêmes dimensions que la Sainte-Chapelle, L’ornementation et les fresques étaient admirables, « L'église de Saint-Germaindes-Prés, dit l'abbé de Broglie, était magnifiquement décorée, et la chapelle de la Vierge passait pour un joyau du treizième siècle, » (Mabillon et la Socièté de Saint-Germain-des-Prés, t. 1, p. 18).
(1) Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 16,
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admettre les prétentions de l’archevèque de Rouen à la juridiction du Canada (1).
Mais quand on songe à l’influence redoutable que possédait en France M#' de Harlay et aux moyens dont il pouvait disposer, on ne peut s'empêcher d'admirer l'énergie, la persévérance et le courage avec lesquels l’humble vicaire apostolique de la Nouvelle- France entreprit de combattre ses prétentions et finit par triompher. « Il nous fallait ici un homme de cette force, » écrit quelque part la Vénérable Marie de l'Incarnation.
Obligé de renoncer à l'exercice de la juridiction spirituelle au Canada, l'archevêque de Rouen ne se désista pourtant point toutà-fait de ses prétentions. Sachant qu’il était question d’ériger en évêché le vicariat apostolique de Ms de Laval, il fit à plusieurs reprises des efforts énergiques pour que le nouvel évêque fût déclaré suffragant de sa métropole (2), et présenta des mémoires au Saint-Siège à ce sujet (3). La Bulle d’érection de l’évêché de Québec (4), dans laquelle le nouveau diocèse était mis sous la dépendance immédiate du Saint-Siège, fut la réponse définitive de Rome à ces prétentions (5).
(1) « L’archevêque de Rouen n’avait pour lui que des pouvoirs accordés à plusieurs missiounaires lors de leur départ, ce qui n'avait pu incorporer à son église des terres nouvellement découvertes... » (Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 18).
(2) Dans sa supplique au Saint-Siège, en date du 28 juin 166%, Louis XIV demandait qu’on accordât à Msr de Laval « le ticre d'évêque de Québec avec pouvoir de faire en cette qualité les fonctions épiscopales dans tout le Canada, comme suffragant néanmoins du dit évêché de Rouen. » Ecrivant en même temps au duc de Créquy, son ambassadeur extraordinaire à Rome, il le prie « de faire toutes les instances nécessaires auprès de Sa Sainteté et ailleurs », pour faire établir « un siège épiscopal dans Québec, qui relève néanmoins et dépende du siège archiépiscopal de Rouen..., suivant les mémoires et instructions plus amples, ajoute-t-il, que vous en recevrez par celui qui vous présentera cette lettre avec celle que j'écris à Sa Sainteté sur ce même sujet. » (Archives du Séminaire de Québec).
(3) Rapport sur les archives du Canada, 1874.
(4) Elle est du 4er octobre 1674,
() Il parait qu'un almanach de Normandie de 1789 nomme l’évêque de Québec parmi les suffragants de Rouen! (Inventaire des archives de la Seine- Inférieure, p. 14).
Evreux. — Imp. de l'Eure, L. ODtEuvRE, # bis, rue du Meilet.
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