Jurisprudence médicale. Résultats d'observations pour servir de base aux rapports juridiques
f ar degrés, ou produit directement un état d’aliénation ^ histoire particulière de ses symptômes depuis son invasion jusqu’à sa guérison entière , ou son passage à un état chronique , peuvent sans doute faire prévoir en général le jugement,-qu’on en doit porter pour l’avenir et suggérer les mesures de prudence qu’on doit prendre , comme je l’aî indiqué dans mon Traité sur la Manie. Mais pour procéder avec plus d’exactitude, il importe de remonter à la manière de vivre antérieure de l’aliéné , et aux témoignages de ses mœurs régulières, ou des circonstances qui ont précédé lorsque ces objets peuvent être connus sans équivoque ; et de quelle circonspection extrême ne doit-on point user alors pour concilier les différens qui s’élèvent au sein des familles,ou pour provoquer un jugement décisif de la part des tribunaux. Chargé depuis une longue suite d’années de faire de semblables rapports juridiques auprès des dùtorités constituées, je vais exposer les. résultats de mes observations , pour sei vir de préliminaire à un ouvrage a publier sud cette partie apssi importante que peu connue de la mede-^ cine légale relative aux aliénés.
La distribution des aliénées de la Salpétrière, en dîverset sections, suivant que leur état s’améliore ou empire, devient la base fondamentale de tout traitement médical et encore plus des rapports juridiques qui supposent des disposition» particulières de la part de tout ce qui les environne, et un éloignement assidu de ce ce qui peut aggraver leur état; j'ai développé avec soin ces principes, fondés sur des observations multipliées, dans mon Traité sur la Mania
On doit supposer d’abord , pour procéder du simple au tomposé, qu’une personne dans l’adolescence ou l’âge adulte , est admise dans l’hospice de la Salpétrière, dans «n état plus ou moins violent d’agitation et de délire, qu’elle a mené une vie régulière et industrieuse, qu’elle est d’ailleurs douée naturellement d’un jugement sain, avec une Sensibilité vive et facile à s’exalter; l’expérience la plus ' répétée apprend qu’en suivant les principes sages d’un traitement médical, varié selon les circonstances, la maladie mentale parcourt avec plus ou moins de rapidité se» périodes successives de violence, de déclin et de convalescence ; le rapport médical sur la solidité de la guérison, est alors accordé sans restriction, à moins que l’aliénation mentale ne soit héréditaire ou d’une ancienne date ; et la convalescente ^ après un temps donné , est rendue à sa famille ; mais si les attaques ont été répétées plusieurs fois et
S ue la maladie mentale soit devenue habituelle ou périoique , le rapport médical doit indiquer ce caractère avec la désignation du degré de violence et de danger pour ne point compromettre la sûreté publique. Un autre objet encore plus urgent doit faire modifier le rapport médical, c’est un penchant au suicide, manifesté antérieurement, et qui, quoique supprimé en apparence, peut se renouveler dans la suite sans aucune cause connue, comme des évènemens malheureux et que j’ai notés, me l’ont indiqué. Le rapport du médecin d’un établissement public doit être alors rédigé avec uh’extréme circonspection ; car comment garantir une foule de causes incidentes , d’un retour de mélancolie et celui d’un penchant presque irrésistible à se détruire.
' Ce n est guères que dans les hospices d’aliénées qu’on peut connaître jusqu’à quel point peuvent exister séparément où
se combiner ensemble à divers degrés, la faiblesse ou les erreurs des perceptions, la fausseté du jugement, les vains fantômes de l’imagination et la fougue des penchane vicieux. Où trouver ailleurs plus de personnes infatuées de toutes sortes de prédictions fondées sur les horoscopes, l’art de tirer les oartes, d’interpréter les songes, de communiquer avec les morts, d’exercer des sortilèges , de gagner à la loterie , etc. ? Que de notes variées j’ai recueillies sur le visinunaires pieux ou profanes de toute sorte, et comment parvenir à dissiper dans certains cas les hallucinations de toute espèce , ou les empêcher de reparaître lors méma qu’elles semblent entièrement dissipées ?
L’habitude de comparer entre elles les aliénées dans le déclin de leurs maladies mentales, ou durant la convalescence, me fait sans cesse:distinguer les femmes accoutumées dans tous les temps à l’inactivité ou à des penchans dépravés, et tombées dans une sorte de paresse que rien ne peut plus surmonter ; elles errent tristement dans les cours ou les dortoirs d’un lieu dans un autre, livrées à leurs idées chimériques, sans que rien puisse les distraire ou des'.enga-i ger à quelque genre de travail ; c’est ainsi que' leur égarerpent est; propre à se perpétuer sans qu’aucun moyen physique ou inoral puisse être utile à leur entier rétablissement. Ave»; qmd intérêt-on voit au contraire en opposition-, de tendres mères de famille, ou des jeunes personnes -déjà: nubiles, exercées'dès l’âge tendre à une vie active.et laborieuse , puis tombées par des accidens divers dans l egare-' ment de,la raison, passer, d’abord un certain nombre de^ jours, ou même de mois, dans .l’agitation et le tumulte ; puis ramenées peu-à-peu dans un état pluS'calme , reprendre par degrés leur habitude primitive d'un.travail assidu, devenir de plus en plus susceptibles d’application â mesure que la raison fait' des progrès , et ne laisser ainsi aucune trace de leur maladie mentale ? En général un coup-d’ceil me fait juger, durant ma visite, des progrès plus ou moim^ accélérés vers une entière convalescence , par l’ardeur et la constance du travail ; et j’accélère d’autant plus volontiers la sortie de la pei-sorine rétablie, qué j’obtiens des renseimens plus précis sur sa conduite régulière antérieime. ^
Le désir de rentrer au sein de sa famille est quelquefois sî vif et si fortement marqué, que dans quelques cas trèsrares je fins exception à la coutume générale de n’accordei* la sortie qu après une pleine et entière restauration de la raison. Une femme de la campagne, qui avait passé près de huit mois dans un délire maniaque violent, devint plus calme, mais avec une sorte de stupeur et quelques divaga-^ lions passagèrès, et sans aucun retour de tendresse pour ses enfans ; eÜê était encore loin dé sOn état primitif ; mais les vives instances de ses parens et plusieurs témoignages trèsfavorables me décidèrent ; et sur mon rapport elle futrendue à sa famille. J’appris trois mois après que sa morosité apathique continuait encore, et que quelquefois même cette femme maltraitait ses enfans sans motifs ; je prescrivis quelques règles de régime, et je relevai l’espoir de ses parens un peu découragés. Dans le cours dès deux mois suivans, le goût du travail, un sommeil tranquille et sa vive tendresse poùr ses enfans annoncèrent une convalescence qui depuis trois années ne s’est jjlus démentie.