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I. Que notre décadence morale soit profonde, la

L INSUFFISANCE DES ŒUVRES SOCIALES d57

chose malheureusement n'est guère contestable. Nos ruines matérielles ne sont rien à côté de nos ruines morales. « L'hérédité des croyances, écrit M. Keller, mille fois plus sacrée que l'hérédité des biens, est impudemment niée par les fondateurs de l'enseignement gratuit, obligatoire et laïque : triple mensonge ! Car la gratuité, chèrement payée par les contribuables qui la maudissent, est un vol; la laïcité, qui prétend ménager la foi de chacun, est UQ masque, cachant la propagande de la libre pensée et de la religion d'Etat, qui consiste à n'en avoir aucune; enfin l'obligation est une abominable tyrannie, qui, sous prétexte d'instruire l'enfant du peuple, le livre à l'école sans Dieu. Les propriétaires, qui tremblent pour leurs beaux domaines et leurs coffres-forts, sont médiocrement intéressants à côté des parents, qui pleurent la foi et les mœurs perdues de leurs enfants. » La démoralisation de l'enfance et de la jeunesse se prouve par des faits et par des chiffres. Et, pendant que les délinquants et les scélérats fourmillent, la population diminue. Dans quinze ou vingt ans, l'Allemagne sera deux fois plus peuplée que la France et aura par suite deux fois plus de soldats.

Les mécréants eux-mêmes sont obligés de constater le mal. Dans le journal le Siècle du ■^•2 avril 1908, M. Dubief, écrivant un article sur

les Petits Vagabonds^ dit : <( A Paris seulement le nombre des mineurs arrêtés annuellement est en moyenne de 1.750, non comprises les prostituées, et sur ce nombre plusd'un millier de petits vagabonds et mendiants! » Et il continue : « Pour quelles causes ce vagabondage et cette mendicité précoces? Toujours les mêmes : la misère et la désorganisation de la famille. » Là-dessus, vous pensez peut-être qu'il va proposer une réforme, ou chercher quelque moyen de réorganiser la famille et de combattre la misère. Pas du tout. Il conclut ainsi : « En préservant tout ce qui peut être sauvé dans ce monde des jeunes vagabonds, la société remplirait son devoir humain, et, en diminuant la masse de ses déchets, s'économiserait bien des douleurs et bien des crimes! » 0 Prud'homme! Il ne suffit pas de dire qu'il faut préserver ce qui peut être préservé, et diminuer les déchets, et économiser les douleurs et les crimes. C'est le commencement de tout cela qu'il nous importe de savoir. Or, tu sais aussi bien que nous, mais tu n'oses pas dire que (( pour remplir son devoir humain », la société aurait besoin de la grâce du Dieu qu'elle renie.

Entendons sur le même sujet le témoignage d'un homme, qui est un économiste saus parti pris, et qui, sans aucune arrière-pensée confessionnelle, s'est donné corps et àme à l'organisa-

tion d'œuvres fécondes, telles que celle des habitations ouvrières à bon marché. Je veux parler de M. Eugène Rostand, le père de l'auteur de Cyrano. Il se déclare effrayé par les progrès de l'immoralité, par les ravages de la guerre à la religion. 11 constate l'inondation de boue qui nous submerge et il insiste sur la nécessité de la religion pour sauver la société. « L'habitation plus décente, écrit-il, le salaire plus garanti, l'épargne plus libre et plus fécondante, la prévoyance mieux soutenue, le mutualisme mieux orienté, des assurances plus complètes, le crédit plus facile, l'accession plus favorisée à la propriété, oui : mais n'ayons pas l'illusion que le bonheur humain en soit la résultante forcée. Il dépend surtout de la vie morale, saine au cours normal des destinées, forte dans les épreuves inévitables. » Et plus loin: «Ce sont des impressions socialement redoutables que celles dont on sature l'enfance et l'adolescence populaires. L'irréligion agressive fait une jeunesse anarchiste. Se peut-il que ceux qui travaillent à éliminer les conceptions religieuses de la mentalité de ce peuple, ne soient pas troublés en pensant : Que seront, si nous continuons ainsi, les générations prochaines de la France? » En somme, les hommes de science, calmes, modérés, éloignés des luttes politiques et religieuses, éprouvent les mêmes an-

goissesque les catholiques et le clergé et poussent les mêmes cris d'alarme. Tous les gens de bon sens ne comprennent pas qu'on lolère les pires ordures, tandis qu'on expulse les saintes filles dont le crime est de consoler les malades et d'enseigner aux enfants la loi de Dieu. Tous les gens de bon sens et de droite conscience sont épouvantés de la baisse du niveau moral, qui coïncide chez nous avec la guerre insensée et criminelle faite à la religion. A quoi bon, disent-ils, améliorer le bienêtre du peuple, sien même temps on détériore son àme en la déchristianisant. La religion seule tarit le mal à sa source. Les œuvres sociales n'y peuvent rien.

II. Voyons cela dans le détail. Voici le mépris des travaux des champs. L'habitant des campagnes, séduit par l'espoir d'un salaire plus élevé et d'une vie plus facile, se désalTectionne de son village et part pour l'opulente et brillante cité. Pensez donc ! Là, à la ville, on ne laboure pas la terre sous la pluie, on ne fauche pas sous un soleil brûlant, on fait moins d'ouvrage, et on est mieux payé, mieux nourri, mieux vêtu. Hélas! il y a tant de bras à la ville, que le travail manque pour les occuper; les chômages y sont fréquents; et puis, si parfois les salaires sont plus considérables qu'à la cam-

pagne, les subsistances sont aussi d'un prix plus élevé. Et bientôt le villageois déclassé se trouve plus malheureux que lorsqu'il cultivait le champ de ses pères. S'il continue de résider à la ville, il y végète dans la misère. S'il revient dans son lieu natal, il y rapporte l'impiété, la corruption, le scandale, l'oisiveté. La désertion des campagnes est une véritable plaie sociale et une source abondante de misère. Comment combattre ce mal, sinon par la religion qui proteste énergiquement contre l'exode insensé de la campagne à la ville et qui recommande à tous les hommes de ne point se laisser séduire par l'ambition, mais de rester, à moins de vocation extraordinaire, dans la condition où la Providence les a fait naître.^

Voici maintenant l'amour du luxe, le goût des plaisirs et des divertissements, le goût des beaux habits, des meubles de prix, des habitations élégantes, de la vie commode, de la bonne chère. Cette passion pousse aveuglément les parents et les enfants à se procurer le superflu et l'inutile, lorsqu'ils n'ont pas le nécessaire. Le mari ne pense qu'à des parties de plaisir lorsqu'il devrait penser à travailler. La femme s'occupe de futilités lorsqu'elle devrait s'occuper de l'éducation de ses enfants. La jeune fille ne rêve que rubans et dentelles, ne cherche qu'à briller et à plaire, lors-

JUSTICE ET CHABITÉ. — H.

qu'elle devrait se préparer un avenir sérieux et honnête. L'amour du luxe est une véritable plaie sociale et une source abondante de misère. Gomment combattre ce mal, sinon par la religion qui condamne les folies du luxe, qui fait une vertu de la mortification, du renoncement, qui apprend à riiomme à se contenter de peu, à ne pas se créer des besoins factices? L'école sensualiste crie à tous : «Jouissez le plus possible, et le plus vite possible, et partons les moyens possibles.» Elle allume ainsi dans les âmes une soif qu'elle est impuissante à apaiser, et elle n'aboutit qu'à préparer des déceptions d'autant plus cruelles qu'elles succèdent à des espérances plus ardentes. La religion, au contraire, dit à tous : « Sachez vous abstenir et vous contenter du nécessaire, si vous ne pouvez pas avoir le superflu. » Cette parole de bon sens est autrement salutaire que les promesses intéressées et impudentes des bateleurs qui annoncent un paradis terrestre imaginaire et toujours irréalisé.

L'antiquité disait qu'il fallait défendre les villes contre la corruption des mœurs avec plus de soin qu'on ne les défend conlre les maladies contagieuses et contre les invasions de l'ennemi. L'antiquité a dit vrai. Quand un homme se livre à la débauche, il perd bientôt le sentiment de sa dignité

et de sa grandeur. Il dégrade son âme, souvent même il ruine son corps. Vieillard à un âge précoce, on le voit promener SOS membres tremblants et sa face ignoble. Il est la honte de l'espèce humaine. 11 est l'opprobre de la société. L'immoralité est une véritable plaie sociale et une source abondante de misère. Comment combattre ce mal, sinon par la religion qui déclare que ceux-là seuls qui ont le cœur pur verront Dieu et que la chair et le sang ne posséderont pas le royaume du ciel, et qui travaille sans cesse à la réformation, à l'amélioration et à la sanctification des âmes, donc à l'assainissement des mœurs? On parle du culte des lettres et des arts et du développement de la raison humaine pour rendre les hommes meilleurs. Quelle grossière illusion! Jamais l'homme ne fut plus intelligent, plus instruit, plus artiste que chez les Grecs et les Romains, et cependant jamais il ne descenditplus bas dans la boue et la dépravation. Rt, de nos jours, est-ce que l'impuissance de la science à corriger les mœurs n'est pas une vérité éclatante comme le soleil? On fait ruisseler l'instruction dans les rues. Hélas! le niveau de la moralité ne s'élève pas avec le niveau de Fintelleclualité. C'est la religion qui fait les mœurs, parce que seule elle agit sur la conscience. C'est elle encore qui, à

I6i l'insuffisance des œuvres sociales

rheure présente, jette une goutte de pureté dans la corruption universelle.

La maladie est aussi une cause de misère. Or la maladie, certes, n'est pas toujours la punition d'un péché personnel et la suite de quelque excès ; mais elle est cela souvent. Quelques-uns se tuent par un labeur immodéré et sans trêve. Beaucoup se tuent par le vice qui dessèche dans sa source la santé des jeunes générations. C'est un axiome connu que la guerre fauche moins d'hommes que l'intempérance. Comment combattre ce mal, sinon par la religion qui anathématise tout ce qui .contribue le plus ordinairement à altérer les santés : l'inconduite, l'intempérance, le travail prolongé et sans repos hebdomadaire? Ce n'est pas sa faute si on ne l'écoute pas, si on fait tout ce qu'elle défend, et si on ne fait pas tout ce qu'elle ordonne.

Concluons. Les œuvres sociales par elles-mêmes ne vont pas directement à l'àme et ne tarissent pas le mal dans sa source. La religion seule agit sur les âmes et, en y détruisant les vices, elle détruit les principales causes de la misère ; en y mettant la vertu, elle augmente les chances du bonheur. Elle fait un peuple en même temps et meilleur et plus heureux. Ce n'est pas niable. Un

théorème de géométrie ne serait pas plus évident. Qu'on ne parle donc pas de la prétendue rédemption du peuple en dehors de la religion chrétienne et par la seule efficacité des œuvres humanitaires et sociales. Ce n'est là qu'une fantasmagorie, une exploitation de la crédulité populaire. Non, on ne rachètera pas le peuple en étouffant dans son sein la notion du vrai Dieu et dans sa vie la pratique de la vraie religion. Une société dans laquelle les classes populaires sont saturéesd'incrédulité et systématiquement déchristianisées est une société mal organisée et qui ne mérite pas de vivre. Et ceux qui appliquent de propos délibéré un pareil système de démoralisation sociale sont des criminels ou des fous dont il est difficile de mesurer la responsabilité. Réagissons contre l'irréligion, et affirmons, propageons notre foi chrétienne qui est la meilleure garantie du bonheur éternel pour les âmes et du bonheur temporel pour les sociétés.

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