LES ŒUVRES DE CHARITÉ ET L ÉGLISE DANS LE PASSE
renier toutes ses doctrines et son salut éternel. Il devrait renier même ses origines et mentir à son berceau. Car tout le monde sait que l'Eglise est née dans la charité et qu'elle s'est imposée au monde surtout par la charité. Sortant à peine du Cénacle, elle a institué les diacres pour le ministère de l'aumône et elle a invité les premiers chrétiens à se dépouiller volontairement de leurs biens pour le soulagement de leurs frères. Dès le temps des persécutions, l'Eglise romaine organise splendidement la charité. Le diacre Laurent est torturé sur des charbons ardents pour avoir refusé de livrer des trésors dont il ne voulait reconnaître que les pauvres comme légitimes possesseurs. Les diaconesses chrétiennes descendent dans la fosse aux esclaves, dans la prison des captifs, pour y porter le pain aux affamés et l'huile aux blessés. On voit s'élever tout à coup des asiles pour la vieillesse, comme pour l'enfance, pour l'orphelin, pour l'infirme, pour l'insensé, en un mot pour toutes les misères produites par les rigueurs de la nature ou de la fortune. Le monde païen qui tuait ses esclaves devenus vieux, qui abandonnait ses malades dans l'Ile du Tibre, et qui ne faisait distribuer du blé aux plébéiens affamés que pour conjurer l'émeute, le monde païen assistait émerveillé aux premières manifestations de la charité
chrétienne, et tout de suite, sous les yeux de l'opinion étonnée et séduite, le catholicisme et la charité se rencontraient et s'identifiaient pour ne plus jamais se séparer. Dès qu'elle sort de son berceau, l'Eglise donne aux pauvres de l'argent pour les secourir, des maisons pour les abriter, des serviteurs et des servantes pour les soigner, et à travers dix-neuf siècles elle leur a continué la même assistance.
I. Elle leur a cherché et trouvé un patrimoine. Elle les a nourris de son argent et de l'argent de ses fidèles. L'Eglise, autrefois, a été riche. Elle a possédé de l'argent, des maisons, des terres, de vastes domaines. Elle a possédé, a-t-on dit, les deux tiers du territoire de la France. C'est faux. Voltaire lui-même a réfuté ce conte bleu. Dans le Siècle de Louis XIV (chap. xxxv), Voltaire écrit : « On se figure que le clergé jouit du tiers du royaume, mais on se fait des idées vagues et des préjugés sur tout. On dit que TEgiise possède le tiers du royaume comme on dit, au hasard, qu'il y a un million d'habitants à Paris. En général les évêchés de France n'ont pas des revenus trop immenses. Ceux qui ont examiné cette matière avec des yeux aussi sévères qu'attentifs n'ont pu porter tous les revenus de l'Eglise gallicane séculière