PAR L EGLISE DANS LE PASSE
et régulière au delà de 30 millions. Ce n'est pas une somme exorbitante pour l'entretien de 90.000 personnes religieuses et environ 160.000 ecclésiastiques que Ton comptait en 1700. » Voilà les chiffres de Voltaire. 250.000 gens d'Église, ayant à se partager 30 millions de rente, avaient chacun, en moyenne, 360 francs de revenu pour vivre, tout compté. C'est plus que modeste. En somme, l'Eglise ne possédait ni les deux: tiers, ni même un tiers du royaume. Elle en possédait à peu près un neuvième. Cette fortune, d'ailleurs, était légitime et régulière. Maury, à l'Assemblée constituante, défendant contre Mirabeau les biens du clergé, disait : « Nous n'avons usurpé les possessions de personne. Nos biens nous appartiennent parce que nous les avons acquis et parce que vous nous les avez donnés. Nous les avons acquis du produit de nos économies ; nous produisons les titres de nos acquisitions; nous les avons faites sous l'autorisation expresse des lois. On nous a donné nos biens; les actes de fondation existent. Ce n'est pas même au culte public que ces dons ont été faits; tout a été individuel entre le donateur qui a légué et l'église particulière qui a reçu... Les dotations qui nous ont été faites ne peuvent retourner à la nation parce qu'elles n'en viennent point. Et si vous nous dépouillez, le peuple aura
sur VOUS tous les droits que vous exercerez sur nous. » Le raisonnement était invincible. Il n'empêcha pas l'injustice. Mais il reste quand même l'expression éloquente de la vérité et du droit. L'Eglise a été riche. Elle est devenue riche parles voies légitimes du travail, de l'achat et du don.
Et à quoi a-t-elle employé sa richesse? La meilleure partie des biens ecclésiastiques servait à solder trois budgets :
1" Le budget du culte. Jusqu'en 1790, les évêques et les curés ne recevaient rien du Trésor. Ils n'ont eu un traitement que du jour où l'Etat, ayant pris leurs biens, s'est vu obligé en bonne justice de leur en servir la rente. Cette transformation de créance s'est faite en 1801 par le Concordat. Avec ses biens l'Eglise soldait :
2° Le budget de l'instruction publique. Les Universités, la plupart des collèges et toutes les écoles de village étaient des fondations ecclésiastiques, et, grâce à ces fondations, l'enseignement était très répandu et presque toujours gratuit. Enfin l'Eglise se servait de ses richesses pour solder :
3° Le budget de l'assistance publique. Les hôpipitaux, les maladreries, les lazarets et la plupart des autres institutions de secours étaient fondés, soutenus, desservis dans les villes et dans les