LA SUPÉRIORITÉ INCONTESTABLE DE LA CHARITÉ CATHOLIQUE
Nous avons dit quelque chose des œuvres de charité inspirées et organisées par l'Eglise dans le passé et dans le présent. En somme, depuis vingt siècles, l'Eglise est la principale force motrice qui fait fonctionner la charité dans le monde ; son action est tantôt directe, tantôt indirecte, mais toujours réelle et puissante. Il y aurait d'abord tout un chapitre, ou plutôt un livre à écrire sur la charité catholique privée. Ceci est inénarrable. Je vois, mais je ne puis pas dire tout le bien que font tant d'âmes grandes et pieuses, tant de chrétiens et de chrétiennes de tout âge et de toute condition, que l'amour de Dieu inspire et soutient, et qui, par cela même, sont les premiers arrivés, les plus ingénieux et les plus inlassables auprès de l'humanité souffrante. Non, il n'y a rien de tel que l'amour de Dieu pour promouvoir et exalter l'amour du prochain. Il n'y a rien de tel que le
catholicisme pour faire germer les œuvres de la charité. Parlons seulement de la charité catholique organisée, et en quelque sorte officielle, et constatons sa supériorité incontestable sur la bienfaisance, sur la philanthropie purement humanitaire. Voyons-la renaître et fleurir au xix^ siècle et défier aujourd'hui les jalousies et les attaques de la libre pensée.
I. A la hn du xvni" siècle, nous le savons, l'Elglise a perdu tous ses biens. A-t-elle cessé à cause de cela de secourir les pauvres? Non. Quand un homme est ruiné, quand il n'a plus pourvivre une fortune accumulée, s'il a du cœur, il se remet au travail et il gagne sa vie au jour le jour. Ainsi a fait l'Eglise. On lui a pris le patrimoine qu'elle avait constitué pour le pauvre. Le malheur des temps a ravagé sa fortune accumulée. Elle s'est remise à la besogne, et quotidiennement, au fur et a mesure des besoins, elle a créé pour le pauvre un patrimoine au jour le jour qui se compte dans le monde par milliards et qui se recrute incessamment parmi les catholiques. Gomment supputer les millions que les catholiques français consacrent annuellement aux œuvres de la charité chrétienne? L'Eglise riche a assisté le pauvre; l'Eglise dépouillée a continué de l'assister; les deux phénomènes
sont également admirables. Il y a plus de cent ans, au moment de la grande Révolution, des voleurs sont venus, des voleurs de grand chemin, qui lui ont pris tout ce qu'elle possédait, qui ont dilapidé ses biens et qui l'ont jetée nue, meurtrie et ensanglantée sur le pavé. Il ne lui restait plus rien, pas même un calice pour y boire le sang de son Maître. Si elle n'avait été qu'une institution humaine, l'histoire aurait enregistré son décès et sa disparition définitive et le monde moderne aurait vécu sans elle et parlé d'autre chose. Nous savons ce qui est arrivé. Fille de Dieu, l'Eglise ne meurt pas. Dès l'aurore du siècle dernier, elle est sortie vivante du tombeau où la Révolution croyait l'avoir ensevelie, et comme toujours sa résurrection a été accompagnée d'un renouveau de charité. Dépouillée de tout, elle a su créer des œuvres de bienfaisance qui rappellent, reproduisent et dépassent les merveilles des âges d'or de la chrétienté. Quelle est la misère qu'elle n'a pas soulagée ? Quand on la chassait de l'instruction officielle, elle a institué de ses propres deniers des écoles libres. Quand on la chassait de l'Assistance publique, elle a institué des orpl>elinats, des refuges, des asiles de vieillards. Quand on la chassait des bureaux de bienfaisance, elle a institué les bureaux de charité, les conférences de Saint-
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Vincentde Paul, les dames patronnesses, les Petites Sœurs de Touvrier, et cent autres choses merveilleuses qui couvrent la terre et lui apportent comme un parfum du ciel. Rien qu'en France, elle épargne au budget de l'Etat une dépense annuelle de 200 millions. Sans recourir aux impôts forcés, elle dépense, à Paris seulement, 20 millions par année à secourir les infortunes.
Et à la tête de la grande armée de la charité catholique dans nos temps modernes, voici des troupes de vierges. Il y en a pour l'enfant sans parents et sans nom, pour le soldat amputé sur le champ de bataille comme pour celui qui est devenu la triste victime de la corruption des villes et des loisirs de la paix, pour la raison troublée, pour la maladie passagère, pourTinfirmité incurable, pour la vieillesse abandonnée. Oià ne sont-elles pas ces servantes des pauvres, ces gardes-malades infatigables, ces consolatrices des affligés, ces mères des enfants trouvés, ces directrices de crèches, ces maîtresses d'école accomplies? Elles sont à Paris, en France, en Europe, dans l'ancien et le nouveau monde. A tout gémissement qui rend un son nouveau et qui appelle une invention de la charité s'ouvre une oreille attentive... Tiens, ô monde aveugle qui vis au milieu des merveilles et qui n'y penses même pas, ô monde ingrat qui côtoies
lesmiraclesetqui neveux pas lesvoir, regarde donc, seulement la vierge de l'hôpital, la petite sœur des pauvres, la religieuse de Saint-Augustin, de Saint- Dominique ou de l'Assomption ou de Saint-Vincent de Paul! Elle a tout quitté, et elle est là comme une mère auprès de son malade, soignant ses plaies, calmant son désespoir, et quand elle ne peut sauver le corps, se dévouant à sauver l'àme. Elle amène le prêtre, elle aide aux aveux les plus pénibles, elle otîre aux onctions saintes les membres du mourant, elle recueille pieusement ses dernières volontés, elle lui ferme les yeux et elle veille encore auprès de sa dépouille mortelle. « Cet homme va mourir, dit Lacordaire. Ah! laissez l'amour s'approcherde lui, puisqu'il y a sur la terre un amour qui ne coûte rien. Pourquoi tuerl'amour, parce que c'est Jésus-Christ qui l'a fait pour rien ! Persécuter la sœur des hôpitaux, c'est persécuter la mort du peuple, c'est condamner aux gémonies, pour prix de ses sueurs, une portiondel'humanité, et peut-être vous-mêmes aussi... car qui de nous est sûr de ne pas mourir à l'hôpital? Nous vivons dans des temps assezchargés de vicissitudes pour être inquiets de notre dernier moment. » Ah ! il y a sur la terre de misérables sectaires qui ont tout méprisé, tout, jusqu'à la Sœur de charité 1 II y a des serpents qui ont mordu cette fleur tout odo-
rante d'innocence et d'amour! Vous avez du goût, vous avez du cœur, vous avez du bon sens; repoussez du pied les serpents et les sectaires, et saluez ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est grand! Saluez la Sœur de charité! Saluez les serviteurs du pauvre!
II. La libre pensée voudrait supplanter et remplacer la charité catholique. Elle ne lé peut pas. Pour nous en convaincre, il suffit de voir et d'entendre les ennemis.de Dieu et de l'Eglise. Entendons-les parler. Ils font à l'humanité les plus belles promesses. A la place du christianisme, ils mettent le collectivisme, mot barbare et chose plus barbare encore. A la place de la charité, ils mettent lasolidaritéqui n'est que la charité démarquée et détériorée. A la place du ciel, ils annoncent le paradis sur terre. Et là-dessus ils font des livres et des discours qui n'en finissent pas, ils bâtissent desutopies et des systèmes qui s'écroulent les uns sur les autres. Les belles paroles ne coûtent rien. Elles fout plus de bruit que de besogne. Les ennemis du catholicisme promettent beaucoup à l'humanité. Mais en général ils ne lui donnent à peu près rien. Voyons-les agir. Comme a dit Brucker dans son langage, aussi vrai qu'il est imagé et hardi : « Ce sont des poules aux
œufs d'or qui ne pondent jamais. » Autant les vrais chrétiens sont dévoués et modestes dans leur dévouement, autant les impies et les mécréants sont vantards en paroles et stériles en réalité. A les entendre, on croirait qu'ils vont changer la face de la terre et guérir toutes les douleurs. Quand on les regarde, on s'aperçoit qu ils se moquent du pauvre monde et qu'ils exploitent les autres comme on exploite une mine. Sur le terrain de la charité, les chrétiens battent à plate couture la libre pensée, qui d'ailleurs n'essaie même pas de lutter avec eux. Quand il y a une misère quelque part, elle va tout de suite à la demeure du curé, et non à la demeure du franc-maçon, parce que, au su et au vu de tous, catholicisme et charité ne font qu'un; qui dit religion chrétienne dit charité. La libre pensée soulage les malheureux avec l'argent du budget, avec l'argent des contribuables, c'est-à-dire avec l'argent des autres ; les catholiques savent payer de leur bourse et, malgré les impôts qui les écrasent de plus en plus, ils accomplissent avec leur argent des prodiges de bienfaisance qui confondent l'imagination... de sorte que, montrant les œuvres fondées par eux à coups de millions, ils ont le droit de dire aux libres penseurs : « Faites-en autant avec l'argent des biens religieux dilapidés par les liquida-
teurs. Faites-en autant, et alors vous aurez le droit de nous mépriser et de nous combattre. »
Ils sont donc insensés, illogiques et coupables, ceux qui poursuivent la sainte Eglise catholique, qui la dépouillent, qui la calomnient, qui s'ingénient pour la mettre à la gène et la supprimer. Insensés, ils ébranlent et ils voudraient déraciner le grand arbre de la civilisation et de la bienfaisance qui couvre l'humanité de son ombre et qui la nourrit de ses friiils. Illogiques, ils décrètent l'abolition des œuvres catholiques pour les autres et ils en retiennent le bénéfice pour eux; ils font expulser les sœurs des hôpitaux où elles soignent les pauvres, et ils font venir des sœurs pour les soigner eux et leurs parents, quand ils sont malades. Coupables, ils privent le peuple des services de la religion et ils n'ont rien à lui donner à la place, rien, sinon des négations, des promesses mensongères, des utopies creuses et d'amers désenchantements. Insensés, illogiques et coupables, ils déblatèrent contre l'Église et ils n'ont à lui reprocher que ses bienfaits !
Respect aux serviteurs du pauvre ! Au nom de la liberté, laissez les âmes d'élite choisir une vocation qui vous dépasse et qui vous sauve! Au nom de la religion, laissez les âmes saintes se donner à leurs frères en se donnant à Dieu ! Au nom des
malheureux, laissez les âmes dévouées essuyer les larmes et soulager la misère ! Au nom de la société, laissez les grandes âmes sauver le monde d'aujourd'hui, comme jadis au xiii° siècle François d'Assise et les ordres mendiants soutinrent sur leurs épaules le monde chancelant et le sauvèrent du socialisme d'alors qui s'appelait l'hérésie des Albigeois ! Au nom de la famille, laissez les âmes vierges embaumer et féconder nos foyers ! C'est le vice qui dépeuple les familles ; multipliez les vierges, et les mariages seront féconds. L'exemple des vierges prêchera aux époux l'amour du devoir dans le sacrifice. Le célibat n'exige point de dot, et les parents redouteront moins les charges d'une famille nombreuse si plusieurs de leurs enfants, en gardant le célibat, doivent laisser leur patrimoine intact à leurs frères et à leurs sœurs. Au nom de la raison et de la foi, respect aux serviteurs du pauvre !
Respect à l'Eglise qui enfante les serviteurs du pauvre! Que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, l'Eglise est seule capable de guérir vos misères et de donner à vos pauvres des serviteurs et des servantes qui égalent le dévouement à la souffrance. L'hérésie, le schisme et la libre pensée ne peuvent pas attacher une cornette au front d'une Fille de Charité. On trouve dans le
schisme et l'hérésie des actes de charité; on n'y trouve pas la charité à l'état permanent et à l'état héroïque. On trouve dans la libre pensée des sécularisateurs de la bienfaisance, des gens qui maudissentles moines, les religieux et les vierges, mais qui seraient bien incapables d'imiter leur dévouement, des gens qui appellent sur les institutions charitables de l'Eglise la surveillance inquiète et jalouse de l'Etat, mais qui n'ont rien pour remplacer ces institutions. « Le stoïcisme, dit Voltaire, ne nous a donné qu'un Epictète ; et la philosophie chrétienne forme des millions d'Epictète qui ne savent pas qu'ils le sont, et dont la vertu est poussée jusqu'à ignorer leur vertu même. » Et ailleurs Voltaire dit encore : « Autant d'hôpitaux, autant darcs de triomphe pour l'Eglise roQiaine. » En effet, essayez donc d'expliquer, en dehors de la piété catholique, l'héroïsme des serviteurs du pauvre, de la sœur de charité? Je vous en défie bien. Si l'Eglise n'avait pas un Évangile à prêcher, une croix à faire adorer, des sanctuaires où la prière ranime et où la communion se distribue, pensez-vous qu'il y aurait ici-bas des âmes dévoùéesjusqu'à l'oubli total d'elles-mêmes ? Certainement non. Avec la prière, la confession et l'Eucharistie, avec ses enseignements, ses espérances et ses pratiques, l'Eglise crée, entretient,
renouvelle en tout temps et en tout lieu les phalanges sacrées qui servent les pauvres. Tarissez ces sources divines, et la charité héroïque n'existe plus. Donc respect à l'Eglise qui enfante les serviteurs du pauvre ! On nous dit que la misère physique et morale grandit dans le monde. A qui la faute? Est-ce la faute de Jésus-Christ, ou de ceux qui ne veulent pas de Lui ? Les incrédules ont-ils le droit d'accuser l'Eglise d'impuissance? Non. L'Eglise fait ce qu'elle peut, et, si elle ne fait pas davantage, c'est que : 1° on ne lui laisse pas même la libre action de la charité, et 2°unnombre incalculable de gens refusent d'obéir à son espritetde vivre selon ses maximes. L'Eglise n'est pas coupable des maux quelle n'a pas produits et qu'on l'empêche de guérir. Que ceux-là guérissent les plaies qui les font. Le monde veut se passer d'elle? Tant pis pour lui ! Le soleil supprimé, la terre serait frappée de stérilité ; si l'Eglise s'en allait, la charité s'en irait aussi, et le monde glacé d'égoïsme verrait de tristes jours.
Pour remédier à l'inaction on à l'impnissance de l'initiative privée, l'Etat a créé des œuvres de bienfaisance, des œuvres d'yssisiance sociale destinées à servir les intérêts matériels et moraux des populations. Depuis une trentaine d'années surtout, nombre de lois ont été faites en vue de venir au secours des parties faibles de la société. Prêtres et catholiques, pouvons-nous nous désintéresser de ce mouvement humanitaire et nous tenir à distance? Nous ne le devons pas. Il est vrai que, plus d'une fois dans ces derniers temps, la législation française a obéi à des partis pris d'hostilité et d'injustice et qu'elle s'est montrée atrocement féroce contre les idées et les iustitutions religieuses. Mais ceci ne nous donne pas le droit de la condamner en bloc et de la repousser tout entière
Le Parlement français a édicté un certain nombre de lois qui ont pour but de diminuer la misère
humaine et qui sont imbues d'esprit chrétien, u Au moment même où la pensée moderne se détourne de l'Évangile, a écrit à M^' Fuzet, sa législation est inspirée par les principes de l'Evangile, qu'elle le veuille ou non, bien plus que par ceux de la science dont elle se prétend la servante. Celte législation est protectrice des faibles et des petits, ce qui est le véritable esprit de l'Evangile, et elle impose cette protection à l'ensemble des citoyens. Cette législation est chrétienne comme malgré elle... » Donc, prêtres et catholiques, qous aurions tort de ne pas la connaître, de ne pas en profiter, de ne pas la faire valoir. Cette législation d'ailleurs nous appartient, non seulement dans son esprit, mais jusque dans ses formules qui la plupart du temps ne sont que le reflet de rEncyclique de Léon XIII sur la condition desouvriers et la traduction légaledu progranimede nos catholiques sociaux. Dans la série des œuvres charitables organisées par l'Etat, il va nous être facile de reconnaître notre bien, nos doctrines, nos projets transformés en articles de loi.
I. L'enfant mérite d'être protégé, d'abord parce qu'il est faible et ne peut pas se défendre et ensuite parce qu'il est tout l'avenir de la société. L'Etat français a édicté des lois pour protéger l'enfant.
La loi du 27 juin 1904 s'occupe des enfants qui
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naissent de parents sans ressources. « Est dit enfant secouru, d'après l'article 3de cette loi, l'enfant que sa mère ne peut pas nourrir ni élever faute de ressources, et pour lequel est accordé le secours temporaire en vue de prévenir son abandon. »
La loi du 24 juillet 1889 s'occupe des enfants moralement abandonnés, et elle enjoint ou permet de retirer aux parents indignes la puissance paternelle.
La loi du 7 décembre 1874, dont l'article 2 a été modifié par la loi du 9 avril 1898, protège les enfants employés par des (( acrobates, saltimbanques, charlatans, montreurs d'animaux ou directeurs de cirque », qui ne peuvent les livrer à de tels exercices avant l'âge de seize ans révolus. Des peines atteignent de même ceux qui emploieraient des enfants de moins de seize ans à la mendicité habituelle, soit ouvertement, soit sous l'apparence d'une profession.
La loi du 23 décembre 1874 confie à l'inspecteur départemental de l'Assistance publique la protection sur les enfants en nourrice jusqu'à l'âge de deux ans.
La loi du 2 novembre 1892, modifiée par celle du 30 mars 1900, fixe l'âge d'admission des enfants dans les manufactures et le nombre d'heures qu'ils peuvent y travailler. L'enfant doit avoir
treize ans révolus pour être employé dans les usines, manufactures, mines, carrières, ateliers et leurs dépendances, exception faite toutefois pour l'enfant muni du certificat d'études primaires et d'un certificat d'aptitude physique. Le travail de nuit est interdit pour les enfants au-dessous de dix-huit ans.
Enfin la loi du 22 janvier sur les contrats d'apprentissage est encore en vigueur, et elle contient les prescriptions les plus sages et les plus minutieuses sur les devoirs des maîtres à l'égard des jeunes apprentis.
Toutes ces lois qui protègent l'enfant à son berceau, l'enfance abandonnée et les jeunes travailleurs, sont inspirées par un sentiment d'humanité. 11 faudrait les connaître, les étudier afin de pouvoir les faire appliquer. Nous ne craignons pas d'inviter les catholiques à collaborer au succès de cette législation. Les infractions scandaleuses aux dispositions de la loi sur le travail des enfants sont à signaler, soit à l'inspecteur du travail, soit aux syndicats ouvriers exclusivement professionnels, soit aux syndicats patronaux. Les particuliers ne sauraient se désintéresser des pauvres enfants qui sont victimes de la mauvaise conduite de leurs parents, alors que la loi les autorise à mettre en mouvement le procureur de
la République qui poursuivra la déchéance de la puissance paternelle. Que si de malheureux parents sont réduits à un état de misère qui met en danger la vie de leur enfant, c'est un devoir de charité de renseigner ces parents sur leur droit à un secours de l'Assistance publique et de remplir à leur place les formalités nécessaires. 11 est évident que l'application des lois qui protègent l'enfance sollicite non seulement l'attention, mais l'intervention fréquente de tous les citoyens, surtout des catholiques qui doivent avoir à cœur de se montrer les plus empressés et les plus dévoués pour les petits et les faibles.
II. L'enfance est une faiblesse. Le peuple est une autre faiblesse qui a besoin, elle aussi, de la protection de la loi, et ce serait le cas d'exposer tous les détails de notre législation qui se rapportent aux intérêts populaires. Essayons d'en' dire quelque chose.
La loi du 21 mars 1884 autorise et organise la constitution des syndicats professionnels, industriels et agricoles.
La loi du 27 décembre 1892 institue l'arbitrage facultatif destiné à juger les ditférends entre patrons et ouvriers, ditférends portant sur les conditions du travail.
La loi du 12 juin 1893 est relative à la salubrité des usines, aux précautions contre le machinisme, à l'obligation des chefs d'entreprise de déclarer les accidents survenus dans leurs usines.
La loi du 9 avril 1898, modifiée plusieurs fois, s'applique aux accidents de travail. Elle consacre la théorie du risque professionnel, met tous les accidents à la charge de l'industriel et assure une indemnité à l'ouvrier ou à sa veuve et à ses enfants en cas de mort.
La loi du 13 juillet 1906 décrète le repos hebdomadaire qui doit être en principe le repos du dimanche.
Beaucoup de lois et d'institutions officielles sont destinées à faciliteret à encourager la prévoyance dans les classes laborieuses. Nous ne parlerons pas des caisses d'épargne qui sont suffisamment connues. Nous ne dirons rien non plus des retraites ouvrières que les hommes politiques promettent toujours et ne réalisent jamais. Signalons seulement, comme moyen pour les hum'bles de s'assurer un lendemain, la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse fondée en 1850, où des versements peuvent être effectués, aussi minimes qu'on voudra, aux époques qu'on voudra, soit à capital aliéné, soit à capital réservé. Celui qui fait ces versements indique à partir de quel âge, entre cin-
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qiiante et soixante-cinq ans, il entend jouir d'une pension de retraite, et cette pension de retraite, ne pouvant jamais dépasser 1.200 francs, sera incessible et insaisissable jusqu'à concurrence de 360 francs.
Notons aussi la loi du 1" avril 1898, qui facilite le mode de constitution des sociétés de secours mutuels et qui leur accorde de grands avantages. Par exemple les sociétés de secours mutuels approuvées ont droit à des allocations des Conseils généraux et municipaux, et elles peuvent déposer leurs fonds à la Caisse des Dépôts et Consignations, qui leur sert un intérêt de quatre et demi pour cent.
Toutes ces lois et institutions sont à connaître, à faire connaître et à utiliser. Quel bon parti on pourrait tirer de la loi sur les syndicats professionnels! La loi sur le repos hebdomadaire sollicite l'attention et le zèle des catholiques. Tous les bons citoyens et les bons chrétiens doivent encourager lépal'gne et la prévoyance. Une société de secours mutuels est assez facile à créer et à diriger. 11 faut prendre dans la législation tout ce qui est bon, tout ce qui peut aider à la solution des problèmes sociaux et au soulagement des classes laborieuses.
III. Les pauvres, les malades, les infirmes, les incurables et les vieillards constituent dans la société une catégorie très nombreuse et très intéressante que notre législation n'a pas oubliée.
La loi du 5 avril 1884 réglemente les bureaux de bienfaisance, qui se composent dans chaque commune du maire, de deux membres choisis par le conseil municipal, de quatre membres choisis par le préfet. Assez souvent les bureaux de bienfaisance répartissent leurs fonds d'une façon arbitraire. Il appartient aux habitants de la commune de surveiller et de contrôler cette répartition et d'obtenir qu'elle soit faite au profit des personnes vraiment nécessiteuses.
La loi du 15 juillet 1893 a institué l'assistance médicale gratuite pour les indigents. Dans chaque commune doit fonctionner un bureau d'assistance médicale qui dresse la liste des gens susceptibles d'être secourus, liste qui est arrêtée par le conseil municipal et déposée au sec tariat de la mairie. Si un citoyen qui a un droit à l'inscription sur la liste n'y figure pas, c'est à ses voisins charitables de lui donner le conseil et de lui indiquer le moyen de se faire inscrire.
La loi du 14 juillet 1905 décrète l'assistance obligatoire des vieillards, infirmes et incurables. Les dépenses qui en résulteront ont été évaluées à
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quarante-lrois millions avant le vote de la loi ; on a trouvé ensuite qu'il faudrait bien quatrevingt-treize millions, et l'on doit plutôt croire que le chiffre de cent millions sera dépassé. Cette loi est en même temps très dispendieuse, très humanitaire et très compliquée. Le devoir des catholiques, en cette matière, est de veiller à ce que les personnes dans le besoin qui auraient droit à l'assistance en usent, et dans ce but ils indiqueront aux nécessiteux ignorants les formalités à remplir. Ils élèveront une réclamation si la somme minima nécessaire à la vie est évaluée à un taux inférieur dans leur commune, et ils ne craindront pas de demander l'inscription de gens omis ou la radiation de gens indûment inscrits sur la liste d'assistance.
Terminons cette rapide esquisse par quelques considérations importantes :
1° L'Etat doit-il assister le pauvre? Oui. Mais dans quelle mesure ? En matière d'assistance du pauvre, l'Etat ne doit pas tout faire ; il doit cependant faire quelque chose. Il encourage et il supplée, a) Il doit encourager la charité privée; b) il ne doit intervenir que là où la charité privée est manifestement impuissante et insuffisante. Dans ces limites, l'Etat a le droit de faire des lois et de créer des institutions d'assistance.
2° En exposant tout à l'heure la législation sociale de l'Etat français, nous n'avons pas eu la naïveté de penser que cette législation était parfaite. On y trouve beaucoup de lacunes. Cependant dans l'ensemble cette législation est protectrice des faibles et des petits, donc elle obéit, sans le vouloir, à une inspiration chrétienne et elle se rattache à l'Evangile qui a introduit dans le monde le respect de la personnalité humaine et l'amour des faibles et des petits.
3" En somme, ce ne sont pas les bonnes lois qui manquent, ce sont des hommes pour les appliquer. On décrète beaucoup en France; mais on organise, on réalise peu, et nous donnons généralement k noire législation sociale une avance lamentable sur nos institutions de prévoyance et d'assistance. C'est un progrès de façade auquel ne correspond dans la réalité aucune amélioration. A qui la faute? A tout le monde.
4° Le clergé et les catholiques auraient grandement tort de se désintéresser des lois sociales dont nous avons donné plus haut un résumé très incomplet. Nous devons au moins connaître cette législation, pour pouvoir au besoin l'utiliser en faveur de notre peuple. Autrement, on nous croira étrangers à notre temps. Nous lisons dans la Chroni(^ne du Sufl-Esf, janvier 1908,
page 14, ces lignes écrites par M. Gretinon : « Arrivera-t-on à persuader définitivement au peuple que le ciiristianisme ne peut fournir aucun concours utile à l'élaboration de la cité future? Arrivera-t-on à accomplir cette démonstration en persuadant aux catholiques eux-mêmes de se retirer de la cité et de confirmer l'exil par l'émigration? Devant nos amis et même en présence de nos adversaires, je l'avouerai simplement : oui, je crains qu'on y arrive! De cette séparation, beaucoup plus grave que celle de la loi de 1905, prenne qui voudra la responsabilité! Nous, du moins, nous ne la porterons pas. »
o° A ceux qui voudraient étudier plus à fond le sujet que nous venons seulement d'ébaucher, nous conseillons de se procurer le texte même des lois citées, ou de lire au moins la lettre de M^"" Fuzet sur la Coopération du clergé a^ix œuvres légales d'assistance sociale, éditée chez Roger et Ghernoviz, 7, rue des Grands-Augustins. Ils trouveront aussi des renseignements très précieux dans le Guide daction religieuse de Reims, 48, rue de Venise, qui nous a fourni la matière et souvent le texte même de notre étude. On peut encore s'adresser au siège de l'Association catholique de la Jeunesse française, 76, rue des Saints-Pères.
Lorsque dans une famille que Dieu a bénie, au milieu de plusieurs enfants beaux et pleins de santé, s'est glissé tout à coup un pauvre petit être cbétif, malingre et souffreteux, que font le père et la mère, s'ils ont de l'intelligence et du cœur? Bien loin de dédaigner et de maltraiter reuCanl disgracié par la nature, ils l'enveloppent dune tendresse et d'une sollicitude particulières. « Mon fils, s'écrie la mère, je veux que tu vives, et je taime tel que tu es. En raison même de tes infirmités, j'éprouve pour toi des tressaillements que je n'ai pas ressentis pour tes frères. Tu vivras, je le veux, et tu seras heureux. » Alors elle le serre sur son cœur palpitant dans des étreintes que les frères n'ont pas connues, et sous la chaude affection de cette commisération maternelle l'enfant se reprend à espérer et a vivre. Ainsi dans l'humanité il y a des membres souffrants : ce sont les pauvres; et la sainte Eglise, mère tendre et dévouée, les entoure et nous de-
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mande de les entourer d'égards et de soins particuliers, la sainte Eglise suscite en leur faveur les œuvres de charité.
Mais ici se présente un préjugé qu'il importe de dissiper. Le voici : beaucoup s'imaginent que la charité consiste uniquement à faire l'aumône et que la seule aumône suffit aux besoins des pauvres. Réformons ces pensées en mettant les choses à leur place. Avant de guérir la pauvreté et pendant qu'on travaille à la guérir, il faut, autant que possible, la prévenir. Parlons de la charité préventive.
Il y a une pauvreté volontaire qui a sa source dans le vice, dans l'inconduite, dans la démoralisation des classes populaires. Il faut opposer a ce mal, hélas! trop fréquent, des œuvres moralisatrices et religieuses, qui, en relevant les âmes, arrêtent l'envahissement des misères matérielles. Mais cela ne suffit pas. 11 serait vraiment trop facile et il serait cruel de résoudre la question sociale par ce seul mot : « Les pauvres sont malheureux par leur faute.» A côté de la pauvreté coupable et voulue, il y a la pauvreté innocente et involontaire. Elle naît du manque de travail, de l'insuffisance du salaire, de la maladie, des accidents, de la vieillesse. 11 faut faire tout au monde pour la prévenir.
I. Nous ne saurions trop recommander d'employer l'assistance par le travail. Elle consiste à fournir aux pauvres un travail suffisamment rémunéré et à leur portée. Ceux qui refusent de le faire sont regardés comme de simples paresseux et traités comme tels. Combien de fois nous avons constaté, par l'emploi de cette méthode, que tel pauvre ne méritait pas la sympathie dont il était l'objet et que tel autre pauvre, au contraire, voulait coopérer lui-même à son relèvement moral ! Donner du travail à l'ouvrier... c'est un excellent moyen de l'honorer, de l'assister, de le réhabiliter. Voici un homme riche, intelligent et chrétien, qui se trouve placé dans quelque coin de notre pays au milieu dune population ignorante et grossière. Au lieu d'élever une maison de refuge et de distribuer par-ci par-là quelques bons de pain et des vêtements, il procure à ceux qui l'entourent un travail rémunérateur et moralisateur. 11 fonde une industrie et il la dirige chrétiennement, c'està-dire en regardant et en traitant ses ouvriers comme des hommes, comme des auxiliaires, comme des frères, et non comme des outils vivants. H tarit ainsi la lèpre de la mendicité et guérit les âmes en même temps qu'il remédie à la misère matérielle. L'activité féconde s'empare de cette population dégradée et la transforme comme par
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enchantement ; avec le niveau du bien-être le niveau moral remonte. Par le travail le peuple s'honore, se réhabilite, se grandit; il prend conscience de sa dignité, il devient l'artisan de son propre relèvement. Aussi de tout temps l'Eglise s'est-elle ingéniée à donner du travail à l'ouvrier. Voyez les grands convertisseurs de peuples, les moines et les évêques du haut moyen âge, qui prirent les Barbares au milieu de leurs passions frémissantes et les placèrent sous le joug de l'Evangile. Quelle fut la méthode de ces vieux moines et de ces vieux évêques, qui sont les vrais fondateurs des nations chrétiennes? Ils se firent bâtisseurs de maisons et défricheurs de forêts. Ils prêchèrent la loi du travail ; ils en donnèrent l'exemple et à leur suite ils embrigadèrent la multitude dans le travail des champs, dans le travail des routes, dans le travail de la bâtisse. Ainsi procèdent aujourd'hui encore nos missionnaires des lointains pays. Ils ne se contentent pas de prêcher la vérité chrétienne et de distribuer les aumônes qu'on leur envoie d'Europe. Us sont planteurs, bâtisseurs. Ils travaillent et font travailler. Partout et toujours, l'Eglise donne du travail à l'ouvrier, et cette charité-là n'est pas la moins belle ni la moins féconde.
II. Toutefois, pour que le travail prévienne la pauvreté, il doit être rémunéré. De là un second devoir. Accorder le salaire suffisant. Ce n'est pas toujours possible, mais, quand c'est possible, c'est nécessaire et obligatoire. « Parmi les devoirs principaux duriclie, a dit Léon XIII, il faut mettre au premier rang celui de donnera chacun le salaire qui convient. Que le patron et l'ouvrier fassent tant et de telles conventions qu'il leur plaira, qu'ils tombent d'accord notamment sur le chiffre du salaire ; au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. Que si, contraint par la nécessité, ou poussé par la crainte d'un mal pins grand, il accepte des conditions dures que d'ailleurs il ne lui était pas loisible de refuser, parce qu'elles lui sont imposées, c'est là subir une violence contre laquelle la justice proteste. » Ce n'est pas ici le lieu de commenter ces graves paroles de la célèbre Encyclique de Léon XIII sur la Condition des ouvriers. Elles sont d'ailleurs très claires, et elles nous disent nettement qu'avant de guérir la pauvreté par la charité, il faut faire tout ce qui est possible pour la prévenir parla justice.