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LE DENIER DE SAINT-PIERRE ET LE DENIER DU CULTE

prélever deux parts, plus que jamais uécessaircs aujourd'hui, l'une pour le Denier de Saint-Pierre 'et l'autre pour le Dénier du Culte. Ces deux œuvres du Denier de Saint-Pierre et du Denier du Culte se rapportent à l'existence môme de l'Église, et par conséquent s'imposent avant tout à la générosité des catholiques.

I. La première chose à faire est de pourvoir aux frais du gouvernement général de l'Eglise. Le Pape qui en porte la lourde charge, et que l'Italie a dépouillé des Etats et des revenus qui assuraient son indépendance, est le premier pauvre à secourir. Tout catholique doit lui payer une contribution volontaire. Celte contribution est juste; les catholiques doivent en conscience participer aux charges d'un pouvoir dont ils recueillent les immenses bienfaits. Celte contribution d'ailleurs est aussi ancienne que l'Eglise, et sous une forme ou sous une autre la France s'en est toujours acquittée généreusement. Pépin et Charlemagne ont collaboré puissamment à l'établissement de la souveraineté temporelle de la Papauté. Saint Louis mourant disait à son fils: «Cher fils, n'oublie jamais le Pape de Rome, et viens-lui en aide dans toutes ses nécessités. » L'Eglise gallicane, sous l'ancien régime, a accompli son devoir d'as-

sistance enversle Saint-Père. Plusieurs fois l'ancien clergé de France a manifesté un esprit de défiance inquiète et d'hostilité sourde à l'égard du Pape ; plusieurs fois, à propos des droits temporels et des revenus de Rome, il y a eu discussion entre les rois de France et le Pape. Ces difficultés ont été l'objet de la Pragmatique sanction sous Charles Vil et du Concordat de 1516 sous François I". Cependant, avec des alternatives de bonne humeur et de bouderie, l'Eglise gallicane a toujours payé à Rome des redevances nombreuses, qui s'appelaient dispenses, réserves, préventions, annates. Lesannates étaient la taxe particulière que payaient au Pape, à l'occasion de leur nomination, tous ceux qui étaient promus à un bénéfice ; cette taxe représentait le revenu du bénéfice pendant une année ; elle était comme la dime prélevée par le Souverain Pontife sur l'Église de France.

De tout temps, en effet, les charges et les besoins de la Papauté ont été multiples, et le Pasteur de l'Eglise universelle a dû toujours être assisté par les Eglises particulières. Le Pape est la première des grandeurs humaines; il doit donc d'une manière sensible apparaître aux yeux des peuples comme la personnification éclatante de la majesté divine, et ce rayonnement extérieur entraîne d'inévitables dépenses. Ajoutez à cela les rapports quo-

tidiens que le Pape entretient avec tous les points de la catholicité, les secours et les représentants qu'il envoie partout, les misères qui crient vers lui des cinq parties du monde, les frais que nécessite une administration mondiale. Personnellement, sans doute, le Pape vit avec la plus grande simplicité, et ses dépenses sont insignifiantes, comparées à celles des autres souverains. Mais le palais du Vatican, qu'on lui a laissé, exige une armée de gardiens et d'ouvriers qui ont besoin de leur pain de chaque jour, et le plus simple bon sens nous dit qu'une merveille telle que Saint-Pierre de Rome ne se conserve pas sans qu'il en coûte. Le Souverain Pontife a autour de lui un grand Conseil d'environ trente cardinaux qui sont, avec les Congrégations romaines, ses auxiliaires nécessaires pour le gouvernement de l'Eglise. 11 a des nonces et des délégués qui sont ses ambassadeurs et ses représentants auprès de tous les peuples et de tous les gouvernements de la terre. Et enfin, pour recruter le clergé destiné soit au service delà ville de Rome, soit aux relations de la papauté avec les contrées les plus lointaines, il faut des écoles, des collèges et des académies. En somme, le Souverain Pontife, pour suffire aux besoins les plus urgents de sa charge, doit s'imposer une dépense annuelle de huit à dix millions.

Or il a été dépouillé de ses Etats par la iîévolution. Il est pauvre. Les trésors qu'on lui suppose n'existent pas. Il n'a d'autres ressources que les "offrandes de ses enfants, c'est-à-dire le Denier de Saint-Pierre. Tant que l'Europe civilisée n'aura pas reconnu la nécessité d'assurer de nouveau, d'une manière digne et durable, l'indépendance du Saint-Siège, les catholiques resteront chargés du soin de garantir l'existence temporelle de la Papauté. Tel est le devoir des 250 millions de catholiques, répandus sur la surface delà terre ; tel est surtout le devoir des catholiques français qui ont ici un rang et des traditions à garder. C'est la France qui avait fondé jadis, par la main de Charlemagne, le pouvoir temporel des Souverains Pontifes. Cesl encore à elle, aujourd'hui, de donner l'exemple de la générosité envers le Pape. Nous célébrons celte année le cinquantième anniversaire de l'ordination sacerdotale de Pie X. Notre vénération à l'égard du Saint-Père doit se manifester par nos olfiandes, et dans notre charité catholique bien comprise nous réserverons au Denier de Saint-Pierre une place de choix. Chacun J fera son devoir et acquittera sa dette proportionnée à sa fortune, et nul ne voudra rester étranger à une œuvre qui intéresse le salut de tous.

H. A côté du Denier de Saint-rMerre, destiné à assister le Souverain Pontife, vient se placer le Denier du Culte, qui a pour but de subvenir à l'entretien du clergé paroissial. Cette seconde œuvre n'est pas moins nécessaire que la première.

Tout le monde sait quelle est actuellement la situation du clergé français. Il a tout perdu. On lui a tout pris. L'Etat ayant failli aux engagements concordataires passés entre le Premier Consul Bonaparte et Pie VII au lendemain de la grande Révolution; le budget des cultes, qui n'était qu'une faible indemnité servie à l'Eglise de France pour tous les biens qu'on lui avait volés, ayant été supprimé, le clergé français, réduit au dénûment et complètement spolié, n'a plus d'autre ressource que la charité des fidèles. Il vivait autrefois du budget. Désormiais il vivra de la générosité spontanée des catholiques.

Il y en a qui disent : Les prêtres se tireront d'affaire ! Cette parole est insensée. Comment voulez-vous que les prêtres se tirent d'affaire, si on ne leur donne rien? En Angleterre, en Allemagne, en Amérique, les fidèles mettent leur amour-propre à faire de magnifiques traitements aux ministres de la religion, afin d'honorer Dieu en leur personne et de les mettre au-dessus des pénibles nécessités de la vie matérielle. Les prêtres

français ne demandent pas de magnifiques traitements; ils demandent simplement le nécessaire, c'est-à-dire la subsistance et le logement. Et comme ils ne reçoivent plus rien de l'Etat et que d'un autre côté ils sont généralement dépourvus de toute fortune personnelle et patrimoniale, c'est aux fidèles que revient le devoir de suffire à leur modeste entretien. Le Denier du Culte n'est pas une œuvre de surérogation, mais une œuvre de première nécessité.

Il y en a qui disent : Que les prêtres fassent comme nous, qu'ils travaillent et qu'ils gagnent leur vie en travaillant! Cette parole est injuste. D'abord elle est souvent prononcée par de sinistres farceurs qui, bien rentes ou bien payés, s'imaginent que personne n'a plus faim, du moment qu'ils sont rassasiés. L'ironie de ces égoïstes dépasse toute mesure et ne mérite que le dédain. Que si de braves gens croyaient de bonne foi qu'il n'y a de vrai travail que le travail manuel, il nous serait facile de leur faire remarquer qu'ils se trompent. Les médecins, les avocats, les avoués, les notaires,' les instituteurs et tant d'autres ne travaillent pas de leurs mains, et cependant personne ne peuse à les accuser de fainéantise. Il en est de même des prêtres. Qui, dans la paroisse,

s'occupe des enfants, des malades, des pauvres, si ce n'est le curé? Qui, par ses enseignements, vous aide, mieux que lui, à supporter les e'preuves de cette vie? Qui, lorsqu'un deuil assombrit votre foyer, vient vous apporter une parole de consolation, une lueur d'espoir? Qui prie avec vous, pour vos chers morts? Qui vous réconcilie avec Dieu et vous ouvrira les portes du ciel ? Qui sauvegarde la vertu de vos enfants, la paix de votre foyer, la sécurité de vos consciences, le salut de vos âmes? Le prêtre et toujours le prêtre. Son travail, pour n'être pas manuel, n'en est pas moins un travail pénible, intense, utile, irremplaçable.

Il y en a qui disent : Nous autres, nous n'avons pas besoin des prêtres. Que ceux qui veulent des prêtres les paient ! Cette parole est rarement sincère. La presque unanimité des Français veulent pour eux-mêmes et pour leurs familles le maintien de la religion, veulent que les enfants soient baptisés et fassent leur première communion ; — que les jeunes gens et les jeuaes filles trouvent dans les sacrements force et courage pour les luttes de la vie chrétienne; que la famille soit sanctifiée à son origine par les grâces du sacrement de mariage; — qu'aux mourants soient assurés les secours de la religion et aux morts les honneurs

(Je la sépulture chrétienne. Or, qui veut la fin veut les moyens. La presque unanimité des Français veulent la continuation de la religion et du culte, la continuation du ministère du prêtre, car sans prêtre pas de religion, pas de culte, et le prôtre, qui est un homme, a besoin, comme tous les hommes, de manger et de se loger pour vivre. Donc les catholiques français doivent fournir au prêtre le salaire au moins suffisant pour l'achat des choses les plus nécessaires à la vie. Le prêtre est l'ouvrier évangélique au service de tous; donc tous doivent concourir à son entretien par leur participation au Denier du Culte, L'œuvre du Denier du Culte s'adresse à tout le monde dans la paroisse, et non pas seulement à une, deux ou trois familles plus opulentes que les autres.

11 y en a qui disent : Nous sommes trop pauvres! Nous ne pouvons rien donner au Denier du Culte! Cette parole peut être vraie. Vous êtes pauvres? Donnez peu. Les familles riches compenseront par l'importance de leurs olTrandes la médiocrité de votre obole. Et si vous êtes absolument indigents, ne donnez rien et jouissez en paix des bienfaits de la religion que vous assure la solidarité chrétienne créée par Dieu entre ceux de ses enfants qui possèdent et ceux qui n'ont rien. Disons

cependant que souvent, même chez les ouvriers, il sera possible de prélever sur le maigre budget familial une légère obole pour le Denier du Culte. On aura la fierté et la consolation de donner quelque chose à Dieu pour les prêtres, ou voudra participer à l'entretien du clergé et au maintien du culte.

Et enfin dans presque toutes les maisons, si on y pense et si on le veut, on trouvera assez facilement quelques petites économies destinées au Denier du Culte. A l'occasion des joies et des épreuves, des fêtes et des deuils de la famille, à l'occasion d'une grâce demandée et obtenue, d'un • malheur redouté et évité, on mettra.de côté une offrande pour Dieu et ses ministres. En pratiquant la simplicité de la toilette, de la table et de l'ameublement, en sacrifiant un voyage d'agrément et en prenant une seconde classe au lieu' dune première dans un voyage nécessaire, en réservant la moitié des gains réalisés au jeu dans une soirée, en prélevant la dîme sur un profit inespéré, en se privant d'un certain nombre de fantaisies qui sont inutiles et ruineuses, on arrivera bien vite à augmenter largement le Denier du Culte. Le peuple chrétien fera vivre son clergé, et ainsi la charité catholique accomplira noblement le premier de ses devoirs.

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