‹ Juvénal et ses satiresChapitre 132 sur 195 · V. 310-3US · texte numérisé non relu

V. 310-3US

DE LA VANITÉ DE NOS DÉSIRS

ce remède n’était pas si chimérique qu’on pourrait être tenté de le croire, c’est la vie exemplaire et la mort sublime de quantité de gens de bien contemporains ou à peu près de Juvénal ; et, pour revenir sur ce magnifique épilogue, on peut dire qu’il serait difficile de s’élever plus haut que ne le fait ici le poète moraliste, ni de faire entendre des paroles plus dignes de servir de règle de conduite à l’humanité

Ainsi, pour nous résumer, ou plutôt pour résumer la pensée générale de la dixième satire, nous dirons : Fortune, éloquence, beauté, pouvoir, gloire des armes et longue vie, chimères et fumée que tout cela ! Ce que l’homme a de mieux à faire, c’est de se résigner à la volonté des dieux, de leur demander une âme exempte de mauvaises passions et capable de marcher dans le rude mais salutaire sentier de la vertu - .

Qui parle ainsi? est-ce un poète païen, un moraliste stoïcien ou bien quelque écrivain sacré? On pourrait facilement s’y tromper. Quant à nous, nous ne connaissons de meilleur commentaire à l’ensemble de la satire des Vœux, ainsi qu’aux conclusions si élevées auxquelles elle aboutit, — et l’honneur du rapprochement n’est

1 On croirait entendre Massillon prêchant sur la fausseté des gloires humaines, et s'écriant à propos de nos vains et aveugles désirs : « Non, non, il n’y a de grand dans les hommes que ce qui vient de Dieu. La droiture du cœur, la vérité, l'innocence, l’empire sur les passions, voilà la véritable grandeur et la seule gloire réelle que personne ne peut nous disputer. Tout ce que les hommes ne trouvent que dans eux-mémcs est sali pour ainsi dire par la même boue dont

ils sont formés La religion, la piété envers Dieu, la fidélité à

tous les devoirs qu’il nous impose à l'égard des autres et de nous-

mêmes, une conscience pure et à l’épreuve de tout un cœur qui

marche dans la justice et dans la vérité, supérieur à tous les obstacles qui pourraient l’arrêter, insensible à tous les attraits rassemblés autour de lui pour le corrompre, élevé au-dessus de tout ce qui se passe et soumis à Dieu seul, voilà la véritable gloire. »

CHAP1TRK IX.

pas médiocre pour Juvénal, — que ces paroles tirées de l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités et tout est vanité. Crains Dieu et garde ses commandements, car c’est là tout l'homme »

1 Cliap. vu, v. 10 et in.

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