‹ Juvénal et ses satiresChapitre 142 sur 195 · Î62 CHAPITRE X · texte numérisé non relu

Î62 CHAPITRE X

deux et de faire la cour aux daines à la mode encombrant les gradins.

De tels spectacles, encore une fois, ne sauraient tenter notre poète philosophe : ses goûts ne sont pas aussi mondains. Il aime les plaisirs moins bruyants, et, en somme, plus sérieux. La fin de son épitre à Persicus couronne dignement tout le reste; c’est la même bonhomie, la même sérénité d’esprit : « Pour nous qui sommes vieux, mettons bas notre toge et allons chauffer notre peau ridée aux rayons d’un soleil du printemps.Quoiqu’il ne soit que onze heures du matin, tu peux te présenter aux bains. Par exemple tu ne pourrais mener cette yie pendant cinq jours de suite. Tu en aurais bien vite assez. Plus rare est le plaisir et plus il a de prix'. »,

On le voit, en faisant la guerre à une plaie sôciale de son temps, le luxe de la table, Juvénal, comme cela arrive mainte fois à Horace, nous révèle une foule de traits qui nous le font connaître et aimer. Il nous révèle ses goûts, sa vie, son intérieur, ses principes, sa philosophie en un mot, si capable aujourd’hui encore, ce nous semble, de nous apprendre, sur plus d’un point, à régler notre vie. Voilà pour le fond des choses. Quant à la forme, cette satire, répétons-le, est une véritable et ravissante idylle. « Grâce au cadre même qu’il adopte, fait excellemment remarquer à ce sujet un critique éminent, admirateur sincère et ardent de Juvénal, grâce à la disposition de son esprit et de soit humeur, il a laissé tomber de ses mains le glaive d& la satire, dont il a l'habitude de s’armer dans les formidables accès de sa colère vengeresse. Il ne laisse pas sans doute de jeter un regard rapide, moqueur et

1 V. 50a sqq.

LE LUXE DE LA TABLE

de travers sur les folles prétentions des riches en matière.de vaisselle, de meubles et de luxe de table, mais cependant sans insister sur ce point au-delà de ce qu’il faut pour faire ressortir, en manière de contraste, ses goûts personnels et la modestie de ses propres besoins \ »

1 « Die Form des harnilosen Briefes an den Freund, die behaglicbe Feststimmung hat dem Ver tasser die schneidende Waffe des strafenden Incrimina für diesmal ans den llânder genommen. Den unsinnigen ansprüchcn des Rcichen an Hausrath und Tateltreudcn aller Art gilt wohl ein vorübergehender, spôttischer Seitenblick, aber ohnc das er sich langer dabei aufhielte als der Gegensatz zu den eigenen Neigungen und Bedûrlnissen unbedingt zu forderu scheint. » (Otto Ribbeck, Der echte und der unechte Juvenal, p. 1 13.)

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