‹ Juvénal et ses satiresChapitre 155 sur 195 · I.n conscience · texte numérisé non relu

I.n conscience

Le poëte philosophe reparaît encore dans cette pièce. Un ami de Juvénal, Calvinus, sur lequel d’ailleurs l’histoire ne nous fournit aucun renseignement, avait confié à nn de ses intimes une somme d’argent assez considérable, quelque chose comme deux cent mille francs de notre monnaie moderne \ L’ami cupide et infidèle nia le dépôt et se parjura. Cette trahison de l’amitié, jointe à la perte d’une partie de sa fortune, jeta Calvinus dans un amer désespoir. Juvénal essaye de le consoler dans une de ces lettres qui rappellent moins les épltres d’Horace, que certaines épltres de Sénèque, connues sous le nom de Consolations. C’est encore un de ces lieux communs de morale prêtant aux descriptions et aux ornements poétiques, et qui déparent trop souvent les dernières satires de Juvénal. La pièce à laquelle nous voici arrivé abonde malheureusement en défauts de toute sorte. Trop souvent le

1 Sat. XIII.

» C’est W. E. Weber qui évalue à ce chiffre le million de sesterces indiqué par Juvénal (Weber, Die Satiren Juvenals iibcrsetzt und ertüutert, Halle, 1838, p. 56t.)

LA CONSCIENCE

poète gâte les pensées les plus élevées par des développements superflus, une morale intempestive, une froide déclamation. Au point de vue de l’art dans la composition, la treizième satire laisse beaucoup à désirer. Ainsi, dès le début, Juvénal énumère rapidement les divers arguments dont il se servira pour consoler Calvinus, et ces arguments sont ensuite présentés, un à un, dans la suite de la pièce, avec force développements, et des ornements souvent étrangers au sujet; ce qui convient plus à un thème d’école qu’à la satire proprement dite; ajoutez à tout cela des répétitions, des longueurs, certains épisodes déplacés ou tout au moins mal placés à l’endroit où ils se trouvent, et aussi je ne sais quoi de fautif, par moment, dans la trame même du texte, où les idées ne s’enchaînent pas toujours avec assez de rigueur. Ce sont là autant de taches qui ont leur origine , ce semble, dans les vieilles habitudes de l’école ; elles accusent en même temps chez le poète une fatigue résultant de son âge. Cette satire, en effet, paraît avoir été écrite la deuxième ou la troisième année du règne d’Adrien 1 ; et, à cette époque, d’après les calculs que nous avons établis ’, Juvénal avait tout près de quatre-vingts ans.

Ce n’est pas à dire cependant que cette satire soit dépourvue d’intérêt; loin de là: elle offre de beaux

1 Cela ressort des vers 16 et 17 où Juvénal dit en parlant de Calvinus :

Stupet hirc qui juin pont terga reliquil

Scxuginla aimos, Fonteio consulc naius.

Or C. Fonteius Capito avait été consul l’an 59 de l'ère chrétienne, sous Néron (Th. Janson ah Almeloveen, Fastor. roman, consulat, libr. duo. Amstel., 1740, p. 121, cité par Siébold, loc. cil., p. 257). Cette satire fut donc écrite l’an 119 ou l’an 120.

■s Voyez notre Introduction.

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