CHAPITRE XII
tant de là, personne n’aurait plus le droit de se plaindre *.
Pris en eux-mêmes, tous ces détails sont curieux, sans doute, comme . traits de mœurs. Ils achèvent de nous faire connaître l’écume de cette société romaine de la fin du premier et du commencement du second siècle, ressortissant alors de la juridiction du préfet de la ville, qui accomplissait à lui seul, à ce qu’il semble, les fonctions que se partagent, chez nous, le préfet de police, le juge d’instruction et les parquets des procureurs généraux et impériaux. Mais, comme consolation pour Calvinus, cette longue énumération de malfaiteurs, énumération qui donne souvent lieu, pour le dire, en passant, à des descriptions oiseuses et déclamatoires, me paraît, je l’avoue, un argument médiocre. On ne voit pas trop comment ce spectacle pouvait et devait calmer le désespoir de l’ami de Juvénal. On voudrait ici quelque raisonnement allant plus directement et plus droit à l’iime de Calvinus; les arguments de Juvénal ne paraissent ni naturels ni concluants; et il faut vraiment l’admiration systématique d’un critique traducteur 1 pour voir dans tout ce morceau, aussi bien que dans les vers qui suivent, autre chose qu’une sorte d’éclipse du génie de Juvénal, ou tout au moins connue le sommeil du maître. Notre poète fait observer quelque part, dans cette même satire, qu’une fois sur le chemin du mal.
1 Humani generis mores libi tinsse ralenti
Sufficit nna (h unit s ; patieos consume (lies, el liicere le miserum, postquam illinc vcneris, oudc.
1 Je veux parler ici de Dussaulx. Voyez ses noies sur la satire yui nous occupe. Tome II, pages 320 et suivantes, édit. 1839.
LA CONSCIENCE
on y retombe sans cesse *. N’en serait-il pas de même du goût en matière de littérature? Lorsqu'on est entré dans une veine mauvaise et dans des développements faux, on a peine à s’arrêter. Voyez : les méfaits de tout genre qui entourent Calvinus ne doivent point le surprendre, répète encore son ami, parce qu’ils appartiennent à l’histoire quotidienne delà vie romaine; et, pour mieux faire ressortir sa pensée, il se croit obligé d’ajouter ce qui suit: a Est-on surpris, dansles Alpes, de rencontrer des goitreux? En Éthiopie, des femmes pourvues de mamelles dépassant en grosseur leurs enfants? En Germanie, de voir des yeux d’un bleu sombre, des cheveux blonds huilés et retombant en tresses sur les épaules *? »
Le développement continue pendant plusieurs vers encore , et l’on nous dépeint les combats que les Pygmées, revêtus de petites armes, soutiennent presque journellement, en Thrace, contre des nuées de grues venant fondre sur eux pour les emporter au milieu des airs; et l’on conclut de même, à savoir qu’il ne vient à l’esprit de personne d'en rire, dans ce pays du moins, parce que tout ce monde-là n’y a qu’un pied de haut \
Voilà, assurément, des idées bien recherchées, bien inutiles au sujet, une description faite uniquement pour décrire, et tout à fait dans le goût des rhéteurs du temps. Des passages de ce genre expliquent, jusqu'à un certain point, les impatiences et les indignations toutes littéraires de M. llibbeck, qui déclare cette satire, ainsique la précédente et les trois suivantes, apocryphe et l’œu-