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CHAPITRE XII

en vérité, ce qu’il faut louer le plus, du moraliste ou du peintre, o’est-à-dire de la vérité, de la justesse des observations ou de la grandeur des images.

Dans l’antiquité païenne, de grands esprits, d’éminents penseurs, Cicéron *, Perse 1 , Sénèque 1 , Plutarque \ nous ont laissé de belles pages, assurément, pleines de remarques fines et ingénieuses sur ce grand phénomène moral qu’on appelle le remords , mais aucun d’eux, néanmoins, n’a dépassé Juvénal pour la vérité psychologique.

Parmi les modernes, les moralistes chrétiens seuls peuvent entrer en lutte avec lui ; c’est, d’un côté, Massillon, de l’autre, l’illustre auteur du Génie du christianisme; — tous deux ont jeté dans le cœur humain des regards d'une rare profondeur, — qui nous aideront à commenter ici le poète païen : « Le tigre, écrit M. de Chateaubriand, déchire sa proie et dort; l’homme devient homicide et veille. 11 cherche les lieux déserts, et cependant la solitude l'effraye ; il se traîne autour des tombeaux, et cependant il a peur des tombeaux *. »

A son tour, l’auteur du Petit Carême , parlant de la conscience, a dit avec un éclat et une énergie de langage dignes de Juvénal : «Nous avons beau faire montre d’une vaine intrépidité, la conscience criminelle se trahit toujours elle-même. Les terreurs cruelles marchent partout devant nous; la solitude nous trouble, les ténèbres nous alarment; nous croyons voir sortir de tous côtés des fantômes qui viennent toujours nous

1 Mil., xxm.

1 Sut., III, 35 sqq.

» Ep., XLI1I, XCVII, CV.

* De his qui sera a nunün. pun. Opp., t. II, p. 554-536. 1 Ginie du christianiime, I. I. liv. VI, c. il.

LA CONSCIENCE

reprocher les horreurs secrètes de notre âme; des songes funestes nous remplissent d’images noires et sombres, et le crime, après lequel nouscouronsavec tant de goût, court ensuite après pous comme un vautour cruel, et s’attache à nous pour nous déchirer le cœur, etc. » Quant aux beaux vers du satirique latin, qui nous montrent, par des images saisissantes, le coupable, aussitôt qu’il a commis un crime, tremblant au bruit de la foudre, et croyant, à tout instant, que l’heure est venue pour lui d’expier ses forfaits, ou bien encore, apercevant dans ses rêves les spectres de ceux qu’il a assassines, et laissant échapper, dans sa terreur, de pénibles et fatals aveux, quant à ces beaux vers, disons-nous, nous pouvons les commenter par les émouvantes peintures de l’histoire, ou bien encore, à l’aide de quelques-unes des plus belles compositions dramatiques auciennes et modernes. Tantôt, en effet, ces fortes images dont nous venons de parler nous rappellent les terreurs nocturnes qui, au dire de Tacite ', vinrent assaillir Néron, après qu’il eut fait tuer sa mère, ou bien ces angoisses qui s’emparaient, au premier éclat du tonnerre, de cet autre monstre couronné, appelé Caligula, courant alors, ainsi que le rapporte Suétone, se voiler la tête et secacher sous son lit’. Tantôt aussi elles éveillent en nous le souvenir du parricide Oreste, se débattant contre les étreintes des Furies vengeresses du meurtre de Clyteinnestre, sa mère * ; elles nous font songer encore à Macbeth, épouvauté par l’apparition du spectre de Banco*, et à cette autre scène non moins

1 Annal., XIV, x.

’ Calig., li.

1 Comparez Euripide, Oreste, v. 245 sqq.

* Shakspeare, Macbeth, trad. F.-V. Hugo, seene xm.

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