CHAPITRE XIII
Peut déplaire à ton hôte et choquer son regard, Malheureux ! te voilà tout pâle, tout hagard ?...
Pour effacer pourtant celte empreinte grossière.
Il ne faut qu’un esclave, une once de poussière : Mais il t'importe peu de montrer ta maison Pure aux yeux de ton Gis, vierge de tout poison.
Donner un citoyen de plus à la patrie,
C’est beaucoup, si, formé par ta noble industrie,
Il couvre nos sillons de chaume plus épais,
Et sert bien son pays dans la guerre et la paix :
Tout dépend des leçons qui dressent ton élève.
La cigogne, parmi les rocs déserts, enlève Et serpent et lézard pour nourrir ses petits,
Qui plus tard montreront les mêmes appétits.
Le vautour, des charniers et des gibets rapporte A ses enfants chétifs des lambeaux de chair morte : Tel sera leur festin sanglant, lorsqu'à leur tour Ils se retrancheront dans leur nid de vautour!...
Ce généreux oiseau, ministre du tonnerre,
Chasse lièvres et daims, qu’il jette dans son aire : Bientôt, quand les aiglons, plus robustes enfin. Déploieront leur grande aile, — irrités par la faim,
Ils voleront, béants, vers cette même proie
Qu’en s’échappant de l’œuf leur bec déchire et broie !
Cétronius avait la rage de bâtir :
A Caiète, où le flot marin vient retentir,
A Préneste, à Tibur, coteau frais et rustique,
Il construisait partout, en marbre asiatique.
Des villas, des palais plus beaux, plus radieux Que nos temples romains, que les temples des dieux ; Tel Posidès l’eunuque, en sa magnificence,
De notre Capitole effaçait la puissance.
Enfin, Cétronius vit décroître son or.
Ce débris de fortune était splendide encar;
Mais, entassant le marbre étage sur étage,
Son fils, plus somptueux, dissipa l'héritage.
L'enfant du juif crédule et superstitieux Adore seulement les nuages des deux.
L'EXEMPLE
Il se fait circoncire, et n'a pas moins de haine Pour la chair du pourceau que pour la chair humaine : Ainsi faisait son père. Ennemi de nos lois.
Le juif apprend, observe et révère à la fois Cette religion secrète, que Moïse,
Dans un livre pleiu d’ombre, à son peuple a transmise.
Il ne veut même pas t'indiquer de la main,
Si tu n'es circoncis, la source ou le chemin.
Pourquoi ? C'est que son père, ô profonde sottise !
Croupit tous les sept jours dausla fainéantise 1 . »
Je n’insisterai pas sur le procédé de composition, qui se ressent tout à fait des habitudes de l’école ; car il consiste à renforcer l’argument principal, la proposition générale par une série de preuves puisées dans les mœurs de l’époque, moyen de démonstration qui n’est pas d’ailleurs des moins eflicaces. Mais j’ai hâte de revenir sur l’ensemble du morceau que le poêle français a traduit avec autant de fidélité que d’élégance et d’énergie.
Signalons tout d’abord comme trop prolixes et quelque peu entachés de déclamation , bien qu’au fond l’idée en soit juste, les vers consacrés aux oiseaux de tout genre, prenant, eux aussi, les habitudes, les mœurs que pratiquent leurs pères. Le poète développe trop une pensée qui aurait gagné à être resserrée davantage ; c’est comme uu souvenir involontaire des exercices de déclamation.
Quant aux vices divers des pères capables de déteindre sur leurs enfants, à part la cruauté envers les esclaves et les superstitions des religions étrangères, choses toutes locales et toutes romaines *, il n’en est
' V. 1-107. Je me sers ici de l'excellente tra ludion en vers de M. Jules Lacroix. (Paris, Didot, 1840.)
* Juvéual parle des Juifs avec la légèreté et le mépris habituels,
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