CHAPITRE XIII
résoudre : les bons exemples seuls peuvent sauver les enfants et avec les enfants la nation tout entière ; les
mauvais exemples les perdent tous sans retour :
Il est plus d’un travers odieux, cher Fuscine,
Qui même à des cœurs purs s'attache et s’enracine ;
Plus d’un immonde vice aux germes étouffants,
Qu’un père corrompu transmet à ses enfants.
L'héritier d’un joueur, portant la bulle encore,
Déjà brouille les dés dans le cornet sonore.
De ce jeune gourmand quel espoir conçoit-on,
Lui qu’une barbe grise, un vieux père glouton Instruit à mariner, dans un coulis qui tremble,
La truffe et le becfïgue accommodés ensemble ?
Dès la septième année, avant toutes ses dents,
Donnez-lui cetit Mentors, cent gouverneurs prudents,
Il voudra, uommant l’ordre avarice et lésine,
Ne pas dégénérer d'une grande cuisine!
Peut-il à sa famille enseigner la douceur,
L’équité qui pardonne, ou punit sans noirceur ;
Enseigner que le corps de l’esclave, et son âme,
Comme nous sont formés et d'argile et de flamme,
Rutilus, ce bourreau, Polyphème sanglant,
Hideux Antiphatès de son foyer tremblant,
Qui préfère aux accords, à la voix des sirènes,
Les fouets sifflants, le cri des prisons souterraines;
Qui, pour un plat brisé, demande le réchaud,
Et fait marquer au front l'esclave d'un fer chaud?
Que peut-il conseiller à l'enfance crédule,
Lui qui se pâme d'aise aux pleurs de l'ergastulc;
Lui qu'un si noir tableau jamais ne fatigua ?
Et tu veux qu’aujourd'hui la fille de Larga Ne soit point à son tour une épouse adultère, .
Elle qui, pour nommer les amants de sa mère.
Aurait besoin de prendre haleine trente fois ?
Vierge encore, elle fut ta complice autrefois,
Mère impie!... A présent, elle invoque ton aide;
Tu dictes, elle écrit : par le même ciuède,
Votre amoureux message aux galauts est porté. —
L’EXEMPLE
La nature le veut ainsi : l’autorité.
L’ascendant d’une mère, et son exemple infâme, Corrompt plus aisément et plus vite notre âme !... Peut-être échapperont au souffle empoisonné Quelques enfants au cœur pur et mieux façonné ,
Que Prométhée a fait d’une plus noble argile ;
Mais tous les autres, tous, suivant d’un pas agile,
Le sentier paternel, qu’il faudrait éviter,
Dans l’ornière du mal vont se précipiter!
Ainsi doue ne sois pas vicieux ; crains de l'être, Rien que pour empêcher ceux qui te doivent l’être De marcher sur tes pas dans la corruption :
On imite aisément la dépravation.
Sous vingt cieux différents Catilina se montre;
Mais Brutus, mais Caton jamais ne se rencontre !... Loin, bien loin de ces murs par l’enfance habités Ce qui choque les yeux et l’oreille! Écartez La courtisane immonde et la nocturne orgie,
Les chants du parasite à la face rougir !
Nous devons un respect doux et tendre à l’enfant! — Oh! ne méprise pas (la pitié le défend)
Cet âge frêle!... Au mal lorsque ta main s’apprête, De ton fils au berceau que l’image t’arrête !
Car, du censeur un jour éveillant les clameurs,
S'il est vraiment ton fils, plus encor par les mœurs Que par la ressemblance, et, libertin novice,
S’il va plus loin que toi sur la route du vice,
Tes cris éclateront!... Daus ton emportement.
Tu le menaceras d’un autre testament. —
Toi, d’un père usurper l’autorité jalouse.
Quand tu fis pis, vieillard!... de la chaude ventouse Quand ton cerveau malsain réclame le secours I
Attends-tu quelque ami, tu vas, tu viens, tu cours « Nettoyez ce parvis, ces colonnes que voile La hideuse araignée avec sa large toile !
Ni trêve, ni repos ! Vous tous, lavez, frottez,
Toi, ma vaisselle unie, et toi, mes plats sculptés ! « Ainsi gronde ta voix, terrible et despotique.
Ile quoi! parce qu'un chien, salissant ton portique,