‹ Juvénal et ses satiresChapitre 177 sur 195 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Un Irait de fanatisme religieux.

Cette satire est dirigée contre la superstition, que Juvénal avait déjà combattue ailleurs*; mais, ici, il nous la fera connaître sous une nouvelle forme, sous celle de l’intolérance religieuse, plus ancienne qu’on n’est, en général, porté à le croire.

Juvénal était fort Agé quand il Composa ce morceau ’. Aussi peut-on y surprendre, en plus d’un endroit, les traces de la loquacité habituelle aux vieillards; d’autre part, les lieux communs que traitaient toujours, avec une certaine complaisance, les écrivains latins du second âge, n’y font pas défaut non plus; l’on y rencontre enlin, et en assez grand nombre, des traits d’un goût douteux. Considérée dans son ensemble, cette pièce est faible et certainement inférieure à la plupart des au-

• Salire XV.

: Sat. VI, v. 611 ; sal. XIV, v. 96 sqq.

> Juvénal dit que l’acte d’atrocilé qu’il va raconter a eu lieu sous le consulat de Juniusou de Juncus, pour suivre la leçon de certains manuscrits. Or ce Junius ou ce Juncus fut consul (conf. lcdition de C. F. Hermann, Pr.vfat., p. I) l’an 127 apres Jésus-Christ. Et si, d’après les calculs de liorphesi (iiirf., p. I), l’on place l'année de la naissance de Juvénal en l'an 47 de 1ère chrétienne, il avait quatre-vingts ans à l'époque où il écrivit la quinzième satire.

très. Néanmoins on y trouve des passages d’une éloquence élevée et grave, une grande vigueur de style et des peintures originales.

C’est sous le règne d’Adrien, ainsi qu’il est permis de l’inférer d’après un certain vers de cette pièce 1 , que deux peuples de la haute Égypte, adorant des divinités différentes, s’étaient livré un combat acharné, qui eut pour issue un acte digne de cannibales. C’est cet acte révoltant que Juvénal va nous raconter dans tous ses détails, avec ses préliminaires, ses suites déplorables; et il le commentera à sa façon. Il en prendra occasion pour s’élever contre les abominables excès dont les hommes sont capables, alors qu’ils obéissent à des passions, à des haines aveugles. Il restera ainsi dans son rôle de poëte philosophe et moraliste, rôle conforme à la définition donnée par lui-même, au début de son œuvre, des droits et des conditions de La satire ’.

La pièce commence par une énumération plaisante de toutes les divinités absurdes honorées en Égypte depuis un temps immémorial. En lisant ce début, on se rappelle involontairement le fameux passage de Bossuet sur la religion des Égyptiens, chez qui « tout était dieu, excepté Dieu même ’ ». Mais la satire n'est pas tenue à autant de gravité que l’histoire ; aussi les traits plaisants ne manquent pas ici. Le moyen de ne pas se dérider le front quand on s’appelle Juvénal, en présence d'une mythologie à côté de laquelle le paganisme officiel des Romains, malgré ses aberrations, était un progrès réel, et, en tous les cas, un culte presque sévère et digne? Comment ne pas rire tant soit

1 Sat., I, V. 85 et 86.

* Discours sur l'histoire universelle.

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