CHAPITRE II
reur pour le séjour do Rome; et il conseille à tout ce qui y reste encore d’honnétesgens, de l’imiter et d’aller, comme le fera plus tard l’Alceste de Molière, une façon d’Umbritius de son temps sous le rapport de la probité et de la vertu,
. . . Chercher dans le monde un endroit écarté OU d'élre homme d’honneur on ait la liberté.
Umbritius, à cet égard, a son idéal à lui ; c’est la vie de campagne, la retraite au milieu des champs ; vie que son imagination de poète entrevoit, et il nous la dépeint en quelques vers qui tranchent agréablement avec le ton général de cette satire.
Par la grâce des détails, la douceur des images et la vérité universelle du sentiment, ces vers rappellent à la fois Horace, Virgile et Tibulle.
« Quiconque aurait la force de s’arracher au* jeu* du cirque, achèterait à Sorc, à Fabratèrc ou à Frusinone une maison agréable au même prix qu'il payerait à Rome le loyer annuel d’un obscur réduit. Là il aurait un petit jardin et une source où il pourrait, sans employer la corde, puiser avec la main, pour arroser sans efforts ses légumes naissants. Aimez la bêche et cultivez de vos propres mains un jardin qui fournisse de quoi régaler cent pythagoriciens. C’est quelque chose, en quelque lieu solitaire que l’on vive, de pouvoir s’y dire le maître, ne fût-ce que d'un lézard 1 .»
Et maintenant Juvénal va surtout s’étendre sur les inconvénients du séjour de Rome au point de vue de la tranquillité et de la sûreté, inconvénients qu’en général le riche peut éviter, mais dont souffre plus particulièrement le pauvre. Juvénal, on le voit, continue àse
ROME INHABITABLE
faire partout et en toutes choses le défenseur du peuple, dont la cause lui est chère ; nous touchons ici à la partie la plus connue, la plus populaire de la troisième satire et que Boileau, comme on sait, a tant mise à contribution.
Comment Umbritius ne fuirait-il pas une ville où, à moins d’être fort riche, on ne trouve pas même un asile favorable au sommeil? Ce n’est qu’à grand prix qu’on dort à Rome en achetant ou en louant quelque maison située à l’écart dans quelque opulent et paisible quartier. — Combien notre Paris moderne ressemble en ceci à la Rome impériale du premier siècle? — Le moyen de dormir dans les quartiers ordinaires de cette bruyante cité? Les veaux marins eux-mêmes, les plus dormeurs de tous les animaux, se réveilleraient au bruit de tant de choses s’embarrassant les unes dans les autres et des imprécations des muletiers forcés de s’arrêter. Pour le riche, porté dans une litière par de robustes esclaves, il se fraye partout un passage, et chemin faisant, — absolument comme celui qui chez nous a son équipage, — il lit ou dort selon son bon plaisir. Mais le pauvre, mais Xhonnéte homme n pied, celui-là est obligé de patienter. Retardé par la foule qui précède, il est poussé par celle qui suit. Et alors que de désagréments et d’ennuis ! L’un le heurte du coude, l’autre d’un ais qu’il porte ; frappé par une solive, sa tête va donner contre une amphore; dans l’intervalle on l’éclabousse jusqu’à la ceinture et les voisins lui écrasent les pieds, et si ces voisins se trouvent être, par hasard, des soldats, il les lui déchirent encore avec les gros clous de leur chaussure militaire. Survient une véritable procession formée de gens qui, au milieu de ce tumulte, emportent chez eux, dans des marmites et des réchauds étagés sur leur tête, la sportule en nature, toute fraîche-