‹ Juvénal et ses satiresChapitre 52 sur 195 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cieux, les belles-mères se montreraient parfois trop jalouses de l’affection accordée par leur fille à un gendre; elles auraient aussi le tort de donner des conseils qu’on ne leur demande pas, de faire naître, à force de s'ingérer dans les affaires du jeune ménage, des troubles et des mésintelligences, de pousser quelquefois leurs filles à des dépenses peu en harmonie avec les revenus de leurs maris, etc

Mais à Rome, à l’époque où vivait Juvénal, — et la différence est toute en faveur de notre époque, Dieu merci ! — à Rome, les belles-mères se faisaient d’office les proxénètes de leurs filles : elles leur dictaient leur correspondance amoureuse, trompaient les argus du gendre, apprenaient à leur fille l’art de simuler des maladies pour favoriser un rendez-vous avec un amant caché dans l’alcôve, mettaient dans leurs intérêts le médecin de la maison prescrivant des remèdes qu’il sait fort bien n’être pas nécessaires ’, à peu près comme ccs honorables Hippocrates modernes, peints par Balzac, qui, de connivence avec leurs belles et légères clientes, leur ordonnent, soit des voyages, soit le séjour des villes d’eaux, où elles trouveront une liberté favorable à de coupables projets \

Juvénal, en profond moraliste qu’il est, s’explique et nous explique le motif de la conduite de ces mères dénaturées. Pour de telles femmes, une fille honnête serait un reproche vivant; et c’est pour cela quelles cherchent à les perdre. « Ah ! tu te figures que sa mère lui inculquera d’autres principes que les siens? Non : ces vieilles infimes ont trop d’intérêt à nous montrer une fille qui leur ressemble. »

» Physiologie du mariage.

LES FEMMES ROMAINES

Utile porro

FUiotam turpi retuta ? producere turpem

A partir de l’endroit où nous sommes arrivés jusqu’à celui où commence la peinture de la femme superstitieuse, il y a près de trois cents vers ’. La sixième satire laisse beaucoup à désirer, sous le rapport de la composition du moins.' En faisant passer sous nos yeux une nouvelle série de portraits de femmes vicieuses, l’auteur n’a pas disposé ses groupes avec une méthode assez philosophique. Il y a là un mélange de couleurs qui affecte désagréablement le lecteur. Les portraits, quoique très-soignés dans leur ensemble et dans leurs détails, ne se succèdent pas avec assez d’ordre et d’art, faute de transitions suffisantes. La gradation non plus n’est pas observée comme elle devrait l’être. Tout cela engendre parfois la confusion et l’obscurité. On découvre là comme les traces de l'improvisation et de la hâte, ce qui trouble quelque peu l’impression de l’ensemble.

M. Ribbeck, que ces défauts n’ont pas manqué de frapper, a essayé d'y remédier en recourant à tout un système de transpositions que nous ne saurions approuver, quant à nous. Pour arriver à l’ordre et à la clarté qu’on chercherait en vain dans une notable partie de la sixième satire, le professeur de Kiel a substitué à la contexture des manuscrits, suivie par les meilleures éditions, une contexture à lui. Sous sa main, et grâce à la sagacité naturelle de son esprit, les groupes se détachent avec netteté, s’enchaînent avec assez de rigueur. Mais le texte primitif se trouve complètement boule-

• V. 240 cl 241.

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