CHAPITRE IV
Juvénal nous peint tout d'abord l’affreuse Maura et la non moins affreuse Tullia, sa sœur de lait, s’arrêtant vers minuit, toutes deux ivres, au sortir d’une orgie indescriptible, près du vieil autel de la Pudeur, qu’elles profanent, sous les regards mêmes de la lune, par d’étranges propos suivis d’actes que la plume se refuse à énoncer 1 .
Un peu plus loin, on nous introduit au milieu des mystères de la bonne déesse, cette fête originaire de l’Asie, consacrée primitivement au culte de la nature exclusivement réservée, comme on sait, aux femmes, et qui déjà du temps de César avait donné lieu à un immense scandale, dont Clodius, l’adversaire de Cicéron, fut le héros’. Du temps de Juvénal, ces fêtes, qui faisaient partie des orgies sacrées , étaient devenues le théâtre d’indicibles désordres, ainsi que nous l’avons fait remarquer dans le chapitre précédent. Il en donne ici une description magistrale, tout épique, mais que nous ne pouvons qu’indiquer : une musique sauvage, des libations nombreuses, allument les ardeurs de celles qui les fréquentent; elles courent égarées, tordant leurs cheveux, hurlant comme des bacchantes. Quelles fureurs ! quels cris ! quelles attitudes chez ces prêtresses de Priape! Les turpitudes de Maura et de Tullia se reproduisent en pleine cérémonie religieuse. Deux nobles dames, Saufeia et Medullina, luttent entre elles d’impudicité. Ce n’est pas tout. Après des débauches qui sont autant d’outrages à la nature, il leur en faut d’autres encore. Peu leur importe que
1 Consulter à ce sujet l’excellent travail de M. Marcellus Motty : de Fauno et Fauna, sivebona Dea (jusque mystcriis, Berlin, 1840 In»”.
5 Suet., Cas., vu et lxxiv; Cicer.. Episl. ad. Altic., I, xvi.
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LES FEMMES ROMAINES
l’entrée de la maison où se célèbrent les mystères de la déesse soit interdite aux hommes, elles demandent maintenant, avec des cris frénétiques, que les portes s’ouvrent à leurs amants, et, à défaut de ceux-ci, aux premiers venus, fussent-ils des porteurs d’eau ou des esclaves. Elles vont plus loin encore, elles osent rêver des abominations que Gomorrhe et Sodome n’avaient pas connues*.
Quel siècle et quelles mœurs que celles dont Juvénal se fait l’accusateur ! O renversement de toute morale! ô oubli de toute pudeur! c’est pendant les mystères célébrés en l’honneur de Gérés que de nobles Ro-
Nota Bonx sécréta tk.r, quum tibia tumbos Incitât , et cornu paritcr vinoque fieruntur Atlonitx, crinemque rotant, ulutantque Vriapi Mxnades. O quanlus tune Mis mentibus ardor Concubitus qux vox saltanle libidine! quantus llle meri releris per crura madentia torrens! Lenonum ancillas posita Saufeia corona Provocal ac tollit pendenlis prxmia coxæ.
Ipsa Meduttin.r fluet um crissantis adorat :
Palmam inter dominas rirtus natatibus xquat.
Kit ibi per ludum simulabilur : omnia fient Ad verum, quitus incendi jam firigidus æva Laomedonliades et Kestoris hernia possit.
Tune prurigo mora • impatiens, lune J emina simplex, Ac paritcr toto repetitus clamor ab anlro :
Jam fias est; arimitte viros! — Jam dormit adulter; Ilia jubel sumplo juvenem properare cuculto :
Si nihit est, servis incurrilur : abstuleris spem Serrorum, reniet conduetus aquarius. Hic si Quxritur et desuni /tontines , mora nulla per ipsam...
Le dernier trait, qui ne saurait se citer, même en latin, n'est sans doute qu'une exagération satirique; mais qu’on veuille bien se rappeler cependant qu'il concorde avec des faits analogues racontés par Lucien et Apulée.