CHAPITRE Vil
més à l’avis de Juvénal; mais de nos jours, du moins, nous avons vu plus d’une désertion du genre de celle que conseille le poète; à une époque qui n’est pas encore loin de nous, où le corps enseignant était aussi mal rétribué que peu encouragé par l’Etat, maints professeurs, gens de talent, d’esprit et de savoir, jetèrent leur robe par-dessus la chaire, cherchèrent et trouvèrent une autre voie, moins ingrate et aussi honorable, pour y déployer leur activité et leur science.
Le moyen de conserver à l’enseignement ces transfuges d’un nouveau genre était tout indiqué. On vient enfin d’y recourir, et les avantages qui en résultent ne tarderont pas à se faire sentir. Juvénal, lui, qui vivait dans un temps où l’État ne contribuait guère à la rétribution des professeurs, s’en prend surtout, et avec raison, aux riches du jour. Ces derniers, adonnés tout entiers au luxe et aux jouissances matérielles, se souciaient peu de ceux qui distribuaient aux âmes la nourriture dont elles avaient besoin, c’est-à-dire l’instruction. Rien ne peint mieux la décadence d’un peuple que les traits suivants. Pour se bâtir des maisons on dépensera six cent mille sesterces, et plus encore pour un portique où le maître puisse se faire voiturer en temps de pluie; car enfin on ne peut pas exiger de lui qu’il attende le retour du beau temps pour se promener, ni qu’il souille ses chevaux dans la fange nouvelle. On ne regarde pas davantage à la dépense lorsqu’il s’agit, — suprême raffinement des délicats, — de se donner, en marbre de Numidie, une salle à manger d’hiver et une salle à manger d’été, pour se garantir, en temps utile, ou du froid ou de la chaleur, On est prêt encore à délier les cordons de sa bourse quand on veut se passer la fantaisie de se procurer un maître d’hôtel capable d’organiser un festin selon toutes les règles
ffartired-ëy
de l’art, ou un cuisinier en renom*. Mais demandez à ces grands seigneurs de Rome deux sesterces par an pour les leçons d’un Quintilien, par exemple, ils trouveront que c’est énorme. « Ce qui coûte le moins à ce père, c’est l’éducation de son fils. »
Res nulla minorls
Constabit patri quant filius. . .
Cette plaie sociale constatée, Juvénal remonte par la pensée, et selon son habitude, vers les heureux temps de la république romaine; c’est là, c’est en rappelant les vieux usages, qu’il trouve sa consolation. Et avec une éloquente émotion et dans quelques vers d’une beauté tout antique, où la piété se mêle à la tendresse, il bénit la mémoire de ces vieux républicains qui avaient su honorer comme il convient les instituteurs de la jeunesse : « Dieux , faites en sorte qu’aux mânes de nos ancêtres la terre soit douce et légère; que sur leurs urnes fleurisse le safran parfumé et un printemps éternel, car ils voulaient que leurs enfants respectassent, dans le maître qui les instruit, la saiute autorité d’un père’.»
Les rhéteurs n’avaient affaire qu’aux jeunes geus. Leurs fonctions, nous l’avons déjà fait remarquer, se rapprochaient assez de celles des professeurs de notre haut enseignement ou de celles des professeurs des classes supérieuresde notre enseignement secondaire, toutes réserves faites en faveur des méthodes et de la pureté
* V. 187 et 188.
J Di, majorum i imbris lenuem et sine pondéré terrant, Spirantcsque crocos et in urna perpeluum ver.
Qui prxceptorem sancti voluere parentis Esselocol (V. 207-210.)