CHAPITRE X
deux et de faire la cour aux dames à la mode encombrant les gradins.
De tels spectacles, encore une fois, ne sauraient tenter notre poëte philosophe : ses goûts ne sont pas aussi mondains. Il aime les plaisirs moins bruyants, et, en somme, plus sérieux. La fin de son épître à Persicus couronne dignement tout le reste ; c’est la même bonhomie, la même sérénité d’esprit ; « Pour nous qui sommes vieux, mettons bas notre toge et allons chauffer notre peau ridée aux rayons d’un soleil du printemps. Quoiqu’il ne soit que onze heures du matin, tu peux te présenter aux bains. Par exemple tu ne pourrais mener cette vie pendant cinq jours de suite. Tu en aurais bien vite assez. Plus rare est le plaisir et plus il a de prix *. »
On le voit, en faisant la guerre à une plaie sociale de son temps, le luxe de la table, Juvénal, comme cela ■ arrive mainte fois à Horace, nous révèle une foule de traits qui nous le font connaître et aimer. Il nous révèle ses goûts, sa vie, son intérieur, ses principes, sa philosophie en un mot, si capable aujourd’hui encore, ce nous semble, de nous apprendre, sur plus d’un point, à régler notre vie. Yoilà pour le fond des choses. Quant à la forme, cette satire, répétons-le, est une véritable et ravissante idylle. « Grâce au cadre même qu’il adopte, fait excellemment remarquer à ce sujet un critique éminent, admirateur sincère et ardent de Juvénal, grâce à la disposition de son esprit et de sou humeur, il a laissé tomber de ses mains le glaive de la satire, dont il a l’habitude de s’armer dans les formidables accès de sa colère vengeresse. Il ne laisse pas sans doute de jeter un regard rapide, moqueur et
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LE LUXE DE LA TABLE
de travers sur les folles prétentions des riches en matière dé vaisselle,! de meubles et de luxe de table, mais cependant sans insister sur ce point au-delà de ce qu’il faut pour faire ressortir, en manière de contraste, ses goûts personnels et la modestie de ses propres besoins »
* « Die Form des liarmlosen Briefes an den Freund, die behaglicbe Feslstimmung bat dem Yerfasser die schneidende Waffe des strafenden Ingrimms fùr dicsmal ans den Hànder genommen. Den unsinnigen ansprüchen des Reichen an Hausrath und Tafelfreuden aller Art gilt wohl ein vorûbergehender, spôUischer Seitenblick, aber ohnc das cr sich langer dabei aufhielte als der Gegensatz zu den eigenen Neigungen und Bedùrfnissen unbedingt zti forderu scheint. >> (Otto Ribbeck, Der echte und der uneehte Juvenal, p. 113.)