‹ Juvénal et ses satires; études littéraires et moralesChapitre 142 sur 194 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

liR fête de l’amitié $ le» eoureura de testa mente

Si ce morceau ne \aut pas le précédent pour l’ensemble des beautés et la richesse des détails, s’il demeure également inférieur à celui qui suit, pour la vigueur de certaines peintures et la hauteur des leçons morales, il ne laisse pas cependant d’être très-intéressant. Il rappelle le genre des épîtres familières dont Horace est l’inventeur, et dans lequel il nous a laissé de si charmants, de si inimitables modèles.

Juvénal écrit à Corvinus, personnage qui nous est malheureusement inconnu, pour lui annoncer l’heureux retour de Catulle, un autre ami du poète, et sur lequel nous manquons également de renseignements , mais qui vient d’échapper, comme par miracle, à un épouvantable naufrage. En raison de cet heureux événement, Juvénal, conformément à un usage religieux, offrira, ainsi qu’il en avait fait vœu, des prières et des sacrifices aux dieux, et le tout sera suivi d’un repas. Corvinus est invité à assister à celte double fête ; quant à Catulle, l’ami de cœur de Juvénal, il y sera convié

• Sat. XII.

aussi, cela va sans dire, bien que le poète n’enlre pas dans ce détail; il y sera convié, puisque, aussi bien, il en est la cause première, et, pour ainsi dire, le héros.

Ce qui distingue la pièce, relativement très-courte, dont nous allons parler, c’est la vivacité du style, la vérité, le naturel des sentiments, la bonne humeur du poète et un véritable mélange de gravité et de gaieté, de profondeur et de malice, un des caractères distinctifs de la muse de Juvénal. La douzième satire, comme la onzième, appartient au genre doux et reposé; dans l’une comme dans l’autre, Juvénal se met lui-même en scène, nous introduit dans son intérieur, nous associe à ses joies intimes, sans renoncer pourtant à sa vocation, à ses droits de critique et de censeur; car, au moment où nous nous y attendrons le moins, la bonhomie de l’écrivain fera place à la malice du satirique, et il nous dévoilera, en le raillant avec infiniment d’esprit et de gaieté, un certain vice social dont il ne .nous avait pas encore parlé ; et cela sans que l’unilé de la pièce en souffre le moins du monde. Mais ce qui fait surtout honneur à Juvénal, ce qui lui gagne tout aussitôt les sympathies du lecteur, c’est la sincère, l’heureuse expression que, d’un bout à l’autre de cette pièce, il a su donner au sentiment de l’amitié, sentiment digne de remplir une grande âme comme la sienne.

Le début rappelle non-seulement certaines épîtres, mais encore et surtout certaines odes d’Horace, odes charmantes où le poète célèbre le retour de quelquesuns de ses amis, revenus, les uns comme César-Auguste ou Yarus de la guerre *, les autres comme Plotius Numida, par exemple, d’un lointain voyage *. Quels cris

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