CHAPITRE XI
de joie, quelles réjouissances ! On immole des victimes; le vieux massique, conservé dans des amphores contemporaines de Spartacus, coule à pleins bords. On se parfume les cheveux, on les entrelace de myrte, d’ache et de roses; l’encens fume, la lyre résonne, on danse, on festine, on boit. Quel plaisir aussi « de perdre un moment sa raison dans le vin quand on retrouve un ami ‘ » ! Aux yeux de l’épicurien Horace, une pointe de volupté ne gâte rien aux choses en pareille occurrence. Donc, vite, il fait mander la belle chanteuse Nééra, à la chevelure parfumée et négligemment relevée par un nœud sans apprêt, ou la galante Damalis, destinée à enflammer le cœur de ceux que l’on fête *.
Mais les distractions de ce genre, le grave Juvénal ne saurait les rechercher, ni pour lui ni pour ses amis. Sa maison, nous le savons, est chaste. On n’y admet ni ces danseuses espagnoles ni ces joueuses de castagnettes qui portent d’habitude le désordre chez les viveurs du temps ” ; elles ne sauraient convenir à d’honnêtes gens comme Juvénal et ses amis. Mais pour tout le reste, Juvénal entend le culte de l’amitié aussi bien qu’Horace; il la ressent avec la même tendresse, l’exprime avec la même grâce. Tout cela éclate dès les premières lignes de sa lettre.
Ce jour pour lui est une plus douce fête que le jour de sa naissance.
Naiali, Corvine, die mihi dulcior hæc lux *.
1 Eecepto
Duke mihi furere est amico.