CHAPITRE XI
à ressentir quelque accès de fièvre, aussitôt les portiques du temple se tapissent de pieux ex-voto; on voit sortir de terre des gens qui, pour la guérison du malade, s’engagent à immoler cent bœufs, « ils promettraient des éléphants, s’il s’en trouvait au marché ‘ ». Trait de satire excellent contre la bassesse des flatteurs, mais que Juvénal gâte malheureusement en employant douze vers à nous peindre la contrée où naissent les éléphants, et à nous raconter les services qu’ils ont rendus à d’anciens généraux romains.
Les traits qui suivent, et c’est par là que la satire se termine, ne sont ni moins vifs, ni moins instructifs au point de vue des mœurs contemporaines. Ainsi Pacuvius Hister, fait observer le poëte, irait plus loin encore si la chose était permise ; il serait capable de dévouer les plus beaux et les mieux faits de ses esclaves, hommes ou femmes; il serait prêt à leur attacher de ses propres mains les bandelettes au front. Il y a plus : s’il avait une fille déjà nubile, il n’hésiterait pas à conduire lui-même à l’autel cette nouvelle Iphigénie, « quoique bien convaincu d’avance qu’aucune biche ne viendrait se substituer à sa place * » . 11 est vrai que l’héritage qui pourrait bien lui revenir en retour d’une telle preuve de dévouement et d’affection vaudrait un peu mieux pour lui que le salut de la flotte des Grecs obtenu par le sacrifice delà première Iphigénie’.
Ces spirituelles exagérations nous donnent, bien plus encore que ne le ferait le simple exposé des
= V. 119 et 120.
Mille, rates.
Nec compara testamento
(V. 121 et 122.)
choses, une idée de l’abaissement des caractères et de l’absence totale de dignité et de pudeur dans cette société romaine, où l’on était capable de toutes les ignominies, quand il s’agissait de se faire bien venir d’un testateur.
Et la satire finit par une éloquente imprécation contre Pacuvius et ses semblables. Le poète moraliste leur souhaite, avec une amère ironie, une longue vie; ils auront ainsi le temps de vérifier ce qu’il y a de triste dans la jouissance d'une fortune mal acquise et dont les possesseurs seront inévitablement condamnés « à n’aimer aucun être humain et à ne trouver personne qui l’aime * ».
Nobles et touchantes paroles où se résume tout entier, ■ selon la remarque d’un commentateur ce sentiment d’amitié, d’affection et d’humanité qui respire d’un bout à l’autre de cette satire.
* Heinrich, ouvr. cité, XII' satire. Erklærung.