D'UNE FEMME
Libre examen, 1" juin [iBJô^.
[Coupure.]
Bien avant l'heure indiquée, un grand nombre de libres-penseurs et d'amis de la famille Deleener encombraient la rue des Minimes. Chacun se faisait un devoir de venir donner un témoignage de regret à l'épouse adorée, à la mère de famille , à la femme intelligente et terme qui avait repoussé le prêtre jusqu'à la dernière heure, malgré toutes les nombreuses et importunes démarches de la gent cléricale.
^ Description du convoi funèbre; au cimetière, le président de la Libre Pensée prononce un discours.
II y a sept ans, Edgar Quinet s'écriait : «Ce qu'il <c y a d'effrayant au monde, c'est de voir des peuples, ((des états, s'asseoir tranquillement à l'ombre d'une (( vieille religion morte ».
Heureusement l'idée a progressé depuis lors et le flambeau de la raison brille de ses vives clartés.
Les adversaires de la raison ont été battus ; mais quand la société moderne a cru réaliser paisiblement le travail de la philosophie, le catholicisme est apparu de nouveau pour revendiquer comme «ses choses» l'âme et l'intelligence.
La femme en particulier a prêté son concours à l'asservissement des consciences.
Le philosophe découragé disait avec amertume : «La femme retournera infailliblement au passé!»
Pourtant elle a compris la grandeur de sa mission, elle s'est laissé entraîner par le progrès ; elle a renié un passé honteux.
Cette tombe ouverte est là pour atûrmer mes paroles et pour nous prouver une fois de plus combien les idées marchent.
Eloge de M°" Deleener. ^
Elle n'a pas voulu renier le libre examen et marquer sa dernière heure par un acte de faiblesse [. . .] Sa mort a été une dernière protestation contre les faux dieux [■■■] Apôtre du rationalisme, elle avait cessé depuis longtemps d'être le disciple du catholicisme, et elle n'a pas voulu devenir le client, la proie et le jouet d'une église ennemie,
Jeanne Deleener, que ton exemple de sincérité et de franchise soit suivi ; que toutes les épouses et les mères de famille s'inspirent de toi ! [. . .]
Jeanne Deleener, la mort t'a moissonnée avant ton heure et tu n'as pu vivre et combattre aussi longtemps que nous l'eussions voulu; tu as été trop tôt enlevée à l'affection de celui qui partageait son sort avec toi et avec qui tu communiais dans une heureuse harmonie d'idée. [• ■ •]
On ne se rappelle pas à Bruxelles avoir vu un aussi grand concours de dames à un enterrement [. . .]
M"" Deleener est la première femme enterrée par les soins de la Libre-pensée ; cependant il y a eu déjà des exemples d'enterrements civils de femmes à Bruxelles [• ■ •]
En 18 j6, une honnête ouvrière repoussait énergiquement l'intervention du prêtre et mourait en libre-penseur.
En i8^y, la femme d'un proscrit français mourait [•••] en refusant l'assistance du clergé.
En i8^p, décédait la veuve Thibeaut; le R. P. Delcourt, de l'ordre des Jésuites, fut envoyé pour la convertir, mais les raisonnements du disciple de Loyola échouèrent devant la logique et l'inébranlable Jermeté de cette femme.
Le ^ février 1862 et le 8 du même mots eurent lieu deux enterrements civils de dames. L'une veuve d'un libre-penseur, l'autre d'un proscrit français.
Les enterrements civils de femmes sont moins rares qu'on n'a l'habitude de le croire dans le public ; ils sont généralement peu connus, les femmes par la position modeste qu'elles occupent dans la société, disparaissent souvent sans que leur mort tasse autre chose que produire un grand vide au sein de leur famille.
1 8. Impiété et prêtrophobie. " [F" 356 v° et 357 r°]
Encore la libre pensée! Encore les Solidaires et les Affranchis! Encore une ^formule testamentaire, pour dérober le cadavre à l'Eglise. Un article de M. Sauvestre, de V Opinion nationale sur la libre pensée. — Encore les cadavres volés. — Funérailles d'un abbé mort en libre penseur. — Jésuitophobie^ — Ce que c'est que Notre brave De Bucb , ancien forçat, persécuté par les Jésuites. — Une assemblée de la Libre pensée , à mon hôtel, au Grand Miroir. — Propos philosophiques belges. — Encore un enterrement de Solidaire sur l'air : ((Ab ! zut ! alors ! si Nadar est malade !"))
Le parti clérical et le parti libéral. Egalement bêtes \ — Le célèbre Boniface, ou De Fré(Paul Louis Courier belge), a peur des revenants, déterre les cadavres des enfants morts sans sacrement pour les remettre en terre sainte, croit qu'il mourra tragiquement comme Courier et se fait accompagner le soir pour n'être pas assassiné par les Jésuites. — Ma première
Variantes du sommaire : [F' 187]
Prêtropbohie.
Irréligion.
Encore une formule testamentaire [soul. ] pour... Jésuitophobie.
Ce que c'est... sur l'air de : Zut! alors ! si ta sœur est malade !
— Ile parti clérical et le parti libéral. Je les soupçonne d'être également bétes.
PAUVRE BELGIQUE. I Ip
entrevue avec cet imbécile. II était ivre. — II a interrompu le piano, en revenant du Jardin où il était allé vomir, pour faire un discours en faveur du Progrès, et contre Rubens, en tant que peintre catholique".
Les Abolisseurs de la peine de Mort, -- très
intéressés sans doute dans la question, en Belgique, comme en France \
— L'impiété belge est une contrefaçon de l'impiété française, mais élevée à la puissance cubique \
— Le coin des chiens ou des réprouvés.
— Bigoterie belge.
— Laideur, crapule, méchanceté et bêtise du clergé flamand. — Voir la lithographie de l'Enterrement par Rops.
— Les dévots belges font penser aux chrétiens anthropophages de l'Amérique du Sud.
— Le seul programme religieux qui puisse s'imposer aux libres penseurs de Belgique est le programme de M. de Gaston, prestidigitateur français.
— Curieuse opinion d'un Compagnon de Dumouriez sur les partis en Belgique : « II n'y a que deux partis, les ivrognes et les catholiques». — Ce pays n'a pas changé \
Variantes du sommaire : [F' ï°7j
Le célèbre De Fré (Paul Louis Courrier [sic] belge) a peur des revenants, déterre les cadavres des impies pour les... cet imbécile. II était ivre — a interrompu le piano pour faire un discours sur le progrès et contre Rubens en tant... catholique. , . ,
— Abolisseurs de peine de mort, — sans doute très intéresses.
— L'impiété... de l'impiété française élevée au cube. Opinion d'un Compagnon de Dumouriez sur les partis en Belgiçiue. Bigoterie belge. — Chrétiens anthropophages dans l'Aménque
du Sud. — Un programme de M. de Caston. Laideur et crapule du clergé flamand.
Le coin des chiens ou des réprouvés. — L'Enterrement idey par Kops.
Bruxelles. [P i88]
Caractères généraux.
La Belgique est plus remplie que tout autre pays de gens qui croient que J[ésus] C[hrist] était un grand bommcj que la Nature <ensei...> n'enseigne rien que de bon, <et> que la morale universelle a précédé les dogmes dans toutes les religions, que l'homme peut tout et que la vapeur, le chemin de fer et l'éclairage au gaz prouvent Véternel progrès de l'humanité.
Tous ces vieux rogatons <du philosophisme français> d'une philosophie d'exportation sont avalés ici comme <célestes> sublimes friandises. En somme, ce que la Belgique, toujours simiesque, imite avec le plus de bonheur et de naturel, c'est la sottise française.
(La pierre memphite
à propos du progrès.)
[Coupure sans titre qui reproduit un faire-part de ta Société des Libres Penseurs portant en épigraphe : «Plus de prêtres à ia naissance, au mariage, ni à la mort ».]
^ Le Comité annonce la mort de Louis-Alexandre Jardin, décédé sans avoir reçu aucun sacrement (18 juillet 1864).
«Le Journal de Bruxelles et l'Union font suivre cette lettre mortuaire de réflexions où leur indignation s'épanche avec une violence qu'on peut facilement imaginer. » L'auteur de l'article, Ch. Sauvestre, cite une phrase : «La paix de l'âme se puise dans la négation de Dieu», qui serait la devise des Libres Penseurs. II convient cependant de ne pas confondre ceux-ci avec les Solidaires qui sont déistes.
Les journaux catholiques n'ont pas à s'indigner : ces sociétés ne se créent que pour résister aux envahissements du clergé. ^
[Double du feuillet 180 reproduit, p. m. II n'est pas de la main de Baudelaire.]
Bruxelles. [F' 191]
Prêtrophobie.
Délicatesse de style belge.
Chacal sauvage et prêtre catholique.
H II est dans la Zoologie deux individus sur lesquels le cadavre exerce une singulière injiuence. C'est le chacal et le prêtre catholique. Sitôt que la mort a étendu, ou va étendre son voile sur une créature humaine, vous les voyez tous deux obéir à leur instinct, humer le vent, saisir la piste et courir au mort avec une sûreté effrayante en se disant : Il y a là quelque chose à faire. »
Le Grelot, 16 février 186^.
Plus loin le Grelot accuse le prêtre de voler les cadavres. Observez bien que le libre penseur, lui aussi, n'a pas d'autre idée que de voler des cadavres. Le prêtre et le libre penseur tirent chacun à lui, les cadavres, de manière à les écarteler.
C'est le Grelot qui dit toujours familièrement Pio nono. Pio <dem> nono déménage ; ce qui veut dire : le pape est en démence.
[Circulaire copiée de la main de Baudelaire.] [F' 192]