‹ Juvenilia, uvres posthumes, reliquiæChapitre 62 sur 123 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Page 18, 1. 4. : Choix de titres. On en trouvera d'autres au feuillet 3 (p. 20), dont la présentation indique que Baudelaire avait envisagé, comme aussi bien les deux derniers de la présente liste le donnaient déjà à penser, de restreindre la substance de son livre à la seule ville de Bruxelles. L'eût-il fait, il n'aurait pas encouru les reproches d'Henri Kistemaeckers qu'on pourra lire à la fin de [notre introduction aux Amœnitates Belgica (p. 391).

— 1. g : Qu'il faut, quoi que dise Danton. . . A la vérité on ne sache pas que Danton ait recommandé de ne pas emporter sa patrie à la semelle de ses souliers. 11 aurait seulement, pour refuser de fuir, excipé de l'impossibilité de l'emporter. Encore l'authenticité de ce mot qui, selon Aulard {Révolution française, t. LXXV, p. 18), se rencontre pour la première fois dans un pamphlet de Méhée de la Touche : La vérité entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre iy^2, demeure-t-elle douteuse.

Henri Heine, dans De la France (éd. orig., p. 82), a utilisé avec plus de fidélité ce mot fameux :

Ainsi ['amour pour Paris est pour beaucoup dans le patriotisme des Franvais, et si Danton ne prit pas la fuite, parce qu'on ne peut emporter la patrie attachée à la semelle de ses souliers, cela voulait dire qu'on ne trouverait pas à l'étranger les magnificences de Paris.

Dans «Quatre jours avec Baudelaire» (Les Œuvres libres , juin 1932), relation de Georges Barrai publiée par M. Maurice Kunel, on voit le Roi et Nadar discuter plaisamment de la nationalité du sable dont l'aéronaute doit se servir comme de lest, et celui-ci répondre à celui-là fort à propos : «Sire, pardonnez-moi. Vous savez que les Français emportent toujours de la terre nationale aux semelles de leurs bottes». Il ne paraît pas impossible que Baudelaire se soit ici souvenu de cette réplique.

— I. 1 1 : La France a l'air bien barbare. . . Cf. la lettre à Ancelle, en date du 13 octobre 1864. :

... moi qui croyais que la France était un pays absolument barbare, me voici contraint de reconnaître qu'il y a un pays plus barbare que la France!

(CORRESFONDAACE CÉiXÉRALE, t. IV, p. 313-)

"Voyez aussi {'Index de la CORRESPONDANCE GÉNÉRALE aux mots France et Belgique.

— - I. 14. : Comme Joubert remerciait Dieu de l'avoir fait bornme et non femme... Baudelaire assurément a lu Joubert dont il qualifiait les Pensées de «livre magnifique» [CORRESPONDANCE GÉNÉRALE , t. III,

p. II 8) et on l'a vu (dans le présent recueil, t. I, p.

a Villemain de se montrer «incapable d'admiration» (

liste. Toutefois il ne semble pas que le remerciement en cause figur

dans les œuvres de Joubert. De plus, ni Chateaubriand, ni Saint(

p. II 8) et on l'a vu (dans le présent recueil, t. I, p. 307) reprocher a Villemain de se montrer «incapable d'admiration» envers le mora-

ire )e plus, ni Chateaubriand, ni Sainte- Beuve ne citent ce mot et M. Tessonneau, qui a récemment consacré une thèse à Joubert, ne se souvient pas de l'avoir lu. Faudrait-il donc penser à un lapsus de Baudelaire ?

Page 19, 1. 1-3 : // s'agit d'être amusant en parlant de l'ennui... Cf. la lettre à Ancelle, du 14 juillet 1864. :

En somme, je saurai faire un livre amusant, tout en m^ennuyant beaucoup. {Correspondance générale, t. IV, p. 279.)

— 1. 7 : Conspiration de la flatterie Européenne . . . Voyez particulièrement le feuillet 9 (p. 23).

— 1. 10-13 : Comme on chantait chez nous,.. — Cf. ici, p. 131, f 206, et la lettre à Ed. Dentu, du 18 février 1866 :

II est temps de dire la vérité sur la Belgique, comme sur l'Amérique, autre Eldorado de la canaille française, — et de reprendre la défense de l'idéal vraiment français. [Correspondance générale, t. V, p. 274.)

— [. \ ^-16 : ... les Français [...] ne peuvent pas avouer qu'ils ont été dupes. Baudelaire, pour sa part, a plusieurs fois et très expressément triomphé de cette impossibilité-là; voir CORRESPONDANCE GÉNÉ- RALE, t. V, p. 303.

— I. 17 : Vers de Voltaire... Voir p. 24, f 20.

Page 20, I. I : Titres. Asselineau, dans son Charles Baudelaire (Alph. Lemerre, 1869), avait déjà donné ces titres-là, sauf La vraie Belgique et Une grotesque Capitale. Il avait aussi donné Pauvre Belgique qui ne se trouve pas ici. — Dans sa correspondance avec notre auteur, on voit Julien Lemer l'engager à changer son titre :

Le volume sera trop gros pour comporter une enseigne ironique. J'aimerais mieux un titre simple et carré : La vraie Belgique ou La Belgique telle qu'elle est, ou La Belgique et les Belges ou La Belgique d Aujourd'hui. (3 octobre 1865. « Baudelairlana » , lettres par nous publiées dans le Bulletin du Bibliophile, Série de guerre, n° 2, mars 194-0.)

Voyez aussi l'Index de la CORRESPONDANCE GÉNÉRALE. — Signalons une rencontre qui peut n'être qu'une coïncidence, mais qui peut aussi avoir procédé de la connaissance du projet de Baudelaire, d'autant que Rogeard était des amis de Poulet-Malassis qui donna une réédition de ses Propos de Labiénus : l'auteur de ces derniers, en novembre 1865, annonçait son pamphlet contre l'Empire sous le titre de : Pauvre France !

— l. Il : La carpe et le lapin... Plus loin, p. 22, I. i^, Baudelaire parlera du « produit de la carpe et du lapin n , faisant allusion sans doute aux éléments hétérogènes de la nation belge. Sans recourir à cette image, Proudhon, lui aussi, développera la même idée :

La malheureuse Belgique, lit-on dans France et Rhin, est la plus étrange des nations, non seulement de race et de langue, mais de traditions. C'est un composé de tronçons, de fragments, d'éléments disparates.

Page 20, f' 4. : Dans leur concision sommaire, certains éléments du premier paragraphe ne laissent pas d'être obscurs, même en tenant compte tant du renvoi constitué par les deux croix (voir le tac-similé, p. 2 1 ) que des indications fournies par l'Argument ou le Sommaire. Ci-dessous quelques renseignements qui aideront peut-être à en faciliter la compréhension.

Danton. Voir le feuillet 352, p. 18, et la note y afférente. — La Carpe et le Lapin, entendez, selon le texte du feuillet 5, p. 22, le produit [incestueux] de la carpe et du lapin, allusion aux origines hétérogènes des populations des Etats-Unis et de la Belgique. — ... non pas le style de Hugo. Il convient de signaler ici que le texte manuscrit, certains mots y ayant été interlignés, peut être lu aussi bien dans le sens vertical que dans l'horizontal, ce qui donne dans le premier cas « Hugo , auteur belge » et dans le second «... à la Diable auteur belge ». Quelle est la version à retenir, nous ne saurions en décider. 11 est certain que Baudelaire détestait Hugo dont le génie lui semblait entaché de lourdeur et de mauvais goût ; il est pareillement certain que, du lait de ses séjours à Bruxelles comme de la publication de ses ouvrages chez Lacroix- Verboeclchoven , Hugo jouissait en Belgique d'ime immense popularité — qu'on se souvienne du banquet des Misérables ! — et que ceci et cela mis ensemble justifieraient dans quelque mesure l'apposition à son nom d'(( auteur belge». Mais d'autre part il ne paraît pas absolument téméraire de conjecturer, dans le passage qui nous occupe, une audacieuse ellipse et de l'entendre comme si on lisait : «Livre fait à la Diable [à la manière d'un] auteur belge». — Tel est mon Lambert. Allusion à une «scie» fameuse vers 1862-186^, venue au monde sur un quai de gare vraisemblablement, à l'occasion de la disparition d'im mari nommé Lambert, et que nous retrouverons citée plus loin (p. ^3) :

Hé ! vous n'auriez pas vu Lambert A la gar' du chemin de fer ?

Vous n'auriez pas vu...

Lambert ? ( cinq fois. ) S'est-il noyé dans la mer ?

S'est-il perdu dans l'désert ?

Qu'est-ce qu'a vu Lambert, Lambert ?

(Alf. Delvau, Les Lions du jour, 1867.)

Donc, traduction libre : Voici ce que je cherche et qui m'obsède. (Au sujet de ce cri de Obé! Lambert!, voyez notamment V Intermédiaire des Cbercbeurs et Curieux, 186^.) — Les Cabotins. Un vaudeville de ce titre, par Victor Konmg, A. Emmanuel et Jules Réval, fut Joué au théâtre des Folies-Dramatiques , et il est à remarquer que la date de sa première représentation, ^ mars 1865, appartient à la période où lut écrit Pauvre Belgique. Mais nous avons lu Les Cabotins, et cette pièce ne constituait certainement pas «un livre amusant» ni «un thème ennuyeux», de sorte que le rapport de son titre avec le contexte nous échappe entièrement. Faudrait-il donc conclure que Baudelaire se proposait l'exemple des «Cabotins» qui savent souvent «amuser» le public avec un ouvrage «ennuyeux»? — La corde lâche et le lac aspbaitite. Images des difîicultés qui attendent l'auteur : il est impossible de se tenir en équilibre sur une corde qui n'est pas tendue, comme, vu la densité de l'eau, on ne saurait, sinon nager, ainsi qu'il est dit par erreur au sommaire, p. 19, du moins plonger dans le lac asphaltite.

Page 20, 1. 19 : Un petit poème sur Amina Boscbetti, Le lecteur verra plus loin (p. 216, P 349) que Baudelaire était dans l'intention de disséminer de «petites bouffonneries» dans son manuscrit. C'est évidemment ici l'idée première d'une de celles qui ont été recueillies dans Les Epaves (voir Fleurs du Mal, p. 288, et Correspondance GÉNÉRALE, p. 309).

— I. 20 : Un pauvre qui voit des objets de luxe . . . Germe ou souvenir du petit poëme : Les Yeux des pauvres, dont M. W. T. Bandy vient de découvrir un premier texte paru, anonvme, dans la Vie parisienne du 2 juillet 1864, donc deux mois et demi environ après l'arrivée de notre auteur à Bruxelles.

— 1. 20-21 : ... un homme triste qui respire son enfance dans les odeurs de l'Eglise... Ne serait-ce pas sa propre personne que Baudelaire définissait ici? En tout cas il faut se souvenir que deux ans auparavant il mentionnait auprès de Sainte-Beuve combien il avait «aimé le parfum de la femme».

— I. 24-25 : La gentille commère. Guerri, II s'agit de l'inspiratrice de Sisina {FLEURS DU AI AL, p. 98) qu'on voit en effet Baudelaire appeler Guerri dans une lettre à Morel en date du i" avril 1859, mais dont le nom exact, croyons-nous, était Nieri.

: Le Gin. Faut-il penser à une danse de caractère inventée

par Amina? Cette conjecture nous parait assez vraisemblable parce que Amina avait, pendant trois ans, lait les délices des scènes de Londres et de Glasgow (vovez Les Artistes contemporains, A\1INA BoscHETTi, par Léo, 1864). Ou bien faut-il se souvenir que, dans

son Poème du Haschisch [PARADIS ARTIFICIELS , p. 6 et 329), Baudelaire avait cité un vers de Barbier tiré du Gin (LAZARE) : Le paradis emporté d'un seul coup

et supposer que ce vers lui semblait propre à traduire le talent de la danseuse ? Le début de la deuxième strophe du sonnet qu'il lui dédia pourrait le faire croire :

Du bout de son pied fin et de son œil qui rit, Amina verse à flots te délire et l'esprit...

Page 22, I. 11-13 : Lenteur universelle. (Le Coureur du chemin de fer en est le symbole.) Qiiand Baudelaire était arrivé à Bruxelles, la circulation des trains, sur le raccordement-jonction des lignes du Nord et du Midi, s'y faisait encore à niveau de la voie publique, et pour parer aux dangers qu'elle présentait, on l'avait limitée à la vitesse de ^ kilomètres à l'heure.

Par surcroît de précaution , un agent des chemins de fer marchant à

£ied précédait les convois en courant II était muni, outre des attributs abituels de la signalisation de danger (le jour, d'un drapeau rouge, et la nuit, d'une lanterne à feux rouges), d'une cloche qu'il taisait tinter... H n'y eut qu'un seul agent affecté à cette tâche... La presse annonça son décès à quatre-vingt-cinq ans, le 28 août 1913, sous le titre «Un coureur d'il y a 50 ans». (Renseignements obligeamment fournis par M. Clovis Piérard, chargé du Service de Presse et de Documentation à la Société nationale des Chemins de fer belges.)

— I. 20 : Le fin d'un e'crit satyrique . . . Cf. la CORRESPONDANCE GÉNÉRALE, t. IV, p. 313.

Page 23 , 1. 2 : La France vue à distance. De Bruxelles , le 1 1 mai 186^, Baudelaire écrivait à Manet :

... je ne peux plus aller. Je souffre d'un mal que je n'ai pas, comme quand j'étais gamin et que je vivais au bout du monde. Et cependant je ne suis pas patriote. {ConnEsi'OADANCE générale, t. V, p. 97.)

— !• 3 • Les livres infâmes. Allusion peut-être aux publications erotiques qui foisonnaient alors en Belgique. Mais, en raison de la teneur de la ligne suivante, nous croirions plutôt que notre auteur appliquait ironiquement l'épithète êiinfâmes aux ouvrages que l'opmion moutonnière flétrit parce qu'ils dérangent les idées reçues.

— 1. 4 : { Etudes parisiennes par un non- diplomate.) — Au cours de la période octobre-décembre 1864, il est par trois fois question, dans la Correspondance générale (t. IV, p. 318, 332, 336), de cet ouvrage dont Baudelaire promet un exemplaire à Ancelle. Grâce à l'obligeance du savant professeur Friedrich Hirth, nous sommes en mesure aujourd'hui, d'en fournir le titre exact : Napoléon, l'empereur et son gouvernement. Etudes parisiennes par un non-diplomate. Traduit de

l'allemand (vi et 149 pages). Dresde, 1864, (Meinheld). La version allemande avait paru la même année chez le même éditeur sous le titre de : Kaiser Napoléon III. itnd seine Herrscbaft. Pariser Betrachtungen von einem Nicbt-Diplomaten.

— I. 6-7 : Dirons-nous que le monde est devenu pour moi inhabitable ? Cf. ici même p. 9. — Un des mots les plus amers que Baudelaire ait jamais prononcés. Nous ne voyons guère à lui comparer que cet autre qu'on lit dans une lettre à sa mère ( CORRESPONDANCE GÉNÉ- RALE, t. IV, p. 18) : «Ce que je souffre en vivant, c'est inexprimable ! »

— f 9 : Cet article (septembre 1865), signé Octave Sachet, avait pour objet une publication faite par le gouvernement belge : Expose de la situation du royaume (période décennale de 1851 à 1860), 3 vol. in-4'', 1864. Il était fort étendu et prenait fin avec ce mot rapporté d'un écrivain anglais : «La Belgique n'est qu'un petit royaume mais dans le corps d'un nain bat le cœur d'un géant».

— I. 20-21 : Epigraphe. Cooper. Un texte aussi sommaire n'est guère pour faciliter des conjectures. Bornons-nous donc à rappeler que Fenimore Cooper, du fait qu'il avait plaidé la cause des Indiens alors persécutés par ses compatriotes, était entré bien souvent en conflit avec l'opinion publique de son pays, et que c'est précisément à ce sujet que son nom, quelque quinze ans auparavant, s'était trouvé une fois sous la plume de Baudelaire (voyez HISTOIRES GROTES- QUES ET SÉRIEUSES , p. 304). Si sommaires qu'elles soient, ces indications autorisent peut-être à présumer que l'épigraphe à tirer de son œuvre aurait affirmé le droit de l'écrivain à une liberté totale de pensée comme d'expression ou un mépris hautain des sentiments reçus.

— f* 12 : Mon Cœur mis à nu, etc. — Il est évident que ce n'est là qu'une note mnémonique ayant trait aux ouvrages en cours.

— I. 25 : Stances à De Fré. Defré, qui signait aussi Joseph Boniface et Maurice Voituron, était membre de la Chambre des Représentants où l'avait envoyé la petite ville d'Uccle, et se faisait remarquer par la virulence de son «libéralisme». Nous le retrouverons ici maintes fois (voir, à son sujet, p. 124, f 195). Mais il ne semble pas que Baudelaire ait donné suite à son projet de le brocarder dans des stances.

— 1. 26 : Guide. Sans doute notre auteur voulait-il se procurer quelque guide de Belgique. Plusieurs seront mentionnés dans la suite. Celui de la Collection Jouanne avait paru chez Hachette en juin 1864. — La note qui nous occupe est rédigée au verso d'un prospectus du Parnasse contemporain, comme celles des Liaisons dangereuses (voyez au tome I, p. 598).

Les leuillets 13-19 du manuscrit n'ont pas trait au chapitre I. Nous avons donc cru devoir les changer de place ; voyez notre Table de concordance , p. 288.

Page 24, P 20 : Pour la triste ville oîi je suis... Ces petits vers illustraient une lettre à M. de Frémont, datée : Bruxelles, i" avril [174.0]. Baudelaire avait pu les cueillir dans l'Histoire de la Ville de Bruxelles par Alexandre Henné et AlphonseWauters (Bruxelles, 184.3), ouvrage qui est mentionné au feuillet 281 (p. 192, 1. 9-10).

— !• 13 : Les remerciements de Jouhert. La rubrique : Début , qu'on lit ici, semble indiquer que Baudelaire se proposait d'employer cette note dès son exorde. A en juger d'après V Argument , il est clair que sa place serait avant le feuillet 6.

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