ABD-EL-KADER EN KABYLIE
Après la prise d'Alger et la soumission du bey d'Oran, les tribus algériennes, qui ne sentaient plus peser sur elles la main de fer des Turcs, se livrèrent à toutes les violences, à tous les désordres qu’entraîne l’anarchie; les instincts de guerre et de pillage, naturels aux Arabes, se réveillèrent; les haines, accumulées dans les cœurs, s’assouvirent dans d’atroces vengeances, et la plaine du Hamza, près d'Aumale, ne fut pas à l'abri de ces excès. Ce vaste pays, qui s'étend au pied de la chaîne des montagnes de la Kabylie, était gouverné par une famille de marabouts, trop faible pour créer un gouvernement. Aussi cherchait-elle dans les hommes
que feraient surgir les circonstances un chef capable
de dominer l’anarchie et de ramener la tranquillité « et la confiance. On commençait à parler d’un jeune homme, qui, établi à Mascara, où il avait installé un gouvernement régulier, était vanté pour ses vertus, et surtout pour le courage aveñtureux qu'il avait montré dans diverses rencontres avec les Français d'Oran. Une légende du reste Pavait, dès son enfance, désigné à la sympathie des populations indigènes, comme devant un jour arriver au pouvoir suprême.
On racontait que Mahy-ed-Din, père du jeune Abdel-Kader, étant allé à la Mekke pour le pèlerinage que tout bon musulman doit faire, au moins une fois en sa vie, au tombeau du Prophète, avait rencontré un vieux fakir, qui l’arrêta à la porte de la Kaaba et lui dit, en lui donnant trois pommes : « Celle-ci est pour toi, cette seconde pour ton fils aîné quit’a accompagné à la Mekke, et la troisième est pour le sultan. — Et quel est le sultan ? demanda Mahy-ed-Din. — C’est celui, reprit le fakir, que tu as laissé à la maison, quand tu es parti en pêlerinage. »
Cette anecdote, habilement répandue dans le pays de Mascara, contribua à la grandeur du jeune homme, présenté dès lors aux Arabes comme désigné pour le ‘ trône.
Si-Mohamed, le marabout des Beni-Siyman, partit donc à la recherche de ce jeune chef, dans l’espoir de lui ouvrir les portes de la Kabylie, et d’opposer aux chrétiens ce nouveau défenseur de l'Islam.