ABD-EL-KADER PROCLAMÉ SULTAN
Ce chef était Abd-el-Kader', Ben-Mahy-ed-Din ? Ould-Sidi-Kadaben-Moktar, originaire des Hachems. Obligé de fuir la jalousie ombrageuse des Turcs, il s'était, pendant quelques années, réfugié au Maroc; puis, rentré dans son pays, il avait cherché à se faire oublier, jusqu’à ce que le jour prédit par les prophéties fût arrivé. Mais, après l’occupation d'Oran par les Français, il se mêla à la guerre que soutenaient nos troupes contre les tribus arabes, et se distingua par son sang-froid et par son courage. Les tribus, comprenant qu’il leur fallait un chef pour maîtriser le désordre et les conduire au combat, se réunirent dans la plaine d'Eghris et, après le refus de Mahy-ed-Din, proclamèrent le jeune Abd-el-Kader, que son père leur présenta comme le chef annoncé par les prophètes. Ce sultan, au moment de son avènement, avait pour toute fortune quatre oukias (un franc) noués dans un coin de son burnous, à la manière arabe, et, comme un chef riait de sa misère, Abd-el-Kader répondit : « Dieu m'en donnera d’autres. » Dès le lendemain, des présents magnifiques lui arrivaient de tous côtés, et une contribution, imposée aux juifs et aux mzabites, remplit ses coffres.
Mais quelques tribus seulement lui avaient juré fidélité ; il fallait s'imposer aux autres. Le sultan du Maroc, auquel, par une adroite politique, il avait demandé
1. Abd-el-Kader, le serviteur du Tout-Puissant. 2. Mahy-ed-Din, le conservateur de la religion.
l'investiture, le nomma son khalifa, en prescrivant de lui obéir comme au chef de la guerre sainte; mais, en général, les tribus de la province d'Oran lui refusèrent obéissance; toutefois, quelques entreprises heureuses sur les tribus hostiles, quelques exécutions sévères contre les kaïds soupçonnés d'intelligence avec les Français, quelques razzias fructueuses lui ramenèrent l'opinion. Sa réputation de, sagesse, de piété, de justice lui attira des partisans, et c’est à ce moment que le marabout Si-Mohamed et la suite nombreuse de ses parents vinrent lui offrir la souveraineté de leur peys. : |
Abd-el-Kader accepta, en se fondant sur la mission qu’Allah lui avait donnée de refouler les chrétiens et de créer un grand royaume arabe. Il les renvoya en leur prescrivant de prêcher dans toute la Kabylie l’obéissance au nouveau sultan; enfin, il leur promit d’aller bientôt les visiter dans leurs montagnes. En moins d’un an il était maître de tout le pays depuis le Maroc jusqu’à Tittery. Il avait nommé des khalifas qui gouvernaient en son nom, et le général Bugeaud donnait la sanction à son pouvoir en lui attribuant, dans le traité de la Tafna, le titre d'Émir-el-Moumenin, commandeur des croyants.
Mais Abd-el-Kader comprenait que la conquête la plus importante pour la suite de ses desseins était la Grande Kabylie. Maître d’un peuple courageux, opiniâtre, habitant un pays riche et à l’abri de l'invasion par la diffi-