LES BENI-RATEN AU CAMP DU MARÉCHAL
« Oui, répondirent les amines, la parole que nous t’aurons donnée, tous les gens de notre tribu y demeureront fidèles.
— Eh bien! reprit le maréchal, mes conditions les voici : Vous reconnaîtrez l'autorité de la France, et payerez une contribution de guerre de cent cinquante francs par fusil. »
Les Kabyles répondirent que beaucoup d’entre eux ne pouvaient payer une somme aussi forte.
« Si ces conditions ne vous conviennent pas, reprenez vos armes, nous les nôtres; la poudre en décidera. Du reste, vous n'avez pas manqué d'argent pour soulever les tribus déjà soumises par nos armes; faites de même en cette occasion. »
Les amines promirent de payer; ils consentirent encore à ce que des routes fussent ouvertes dans leurs montagnes, des forts construits sur les hauts plateaux.
« À ces conditions, reprit le maréchal, vous serez admis sur tous les marchés de l'Algérie pour y vendre ou échanger vos produits. On respectera vos femmes, vos enfants: on ne touchera ni à vos maisons ni à vos champs. »
Les Kabyles écoutaient en silence, sans manifester ni joie, ni mécontentement. Leurs visages étaient impassibles ; le maréchal continua :
« Je ne vous imposerai n1 kaids, ni khalifas; vous garderez vos lois, vos djemäâas, comme par le passé; vous élirez vos amines...; vous... »
Il ne put achever : une explosion de cris de joie venait de sortir de toutes les poitrines. Ces natures sauvages, mobiles, laissaient déborder dans des vociférations l'enthousiasme que leur causaient ces dernières paroles du vainqueur. Ils partirent, emportant ces promesses à leurs concitoyens, promesses religieusement tenues par nous.
La campagne de 1857 a été la dernière. La Kabylie est pacifiée. Elle ne songe plus à fomenter des insurrections qui lui ont été toujours fatales, car la ruine, l'incendie, en ont été la suite; mais elle demeure trop, encore aujourd’hui, en dehors de notre contact direct.
La Kabylie a été divisée en circonscriptions territoriales; à la tête de chacune d'elles se trouve un officier français, chargé de la surveillance des tribus placées sous son commandement. Chaque village a un amine, chaque tribu un amine des amines, amine-el-ouména, qui représente tous les autres et auquel le commandant français transmet ses instructions.
Les Kabyles ne payent ni l’achour, impôt sur la récolte (la dime), ni la zeccat, impôt sur les troupeaux ; mais ils payent la lezma, impôt proportionnel de capitation, quinze francs pour les riches, dix francs pour la deuxième catégorie, cinq francs pour la troisième; les indigents ne payent pas.
L'autorité française s’est réservée la justice correctionnelle et criminelle, tout en permettant aux djemäas d'imposer, pour ces mêmes faits, les amendes pres-