ASSAUT DE CONSTANTINE EN
ville, et l’on m’a fait voir, sur cette place qui aujourd’hui sert de marché et qui alors n'était qu’un dédale de petite rues et d’impasses, le madeneh en ruines d’une mosquée d’où partait üne fusillade meurtrière qui ne cessa que par la mort de tous ceux qui s’y étaient réfugiés. Le lendemain de notre arrivée, j'ai parcouru ces lieux témoins de tant de scènes héroïques mêlées à d’horribles douleurs.
J'ai vu l'endroit où la brèche fut escaladée au pas de course par les zouaves, sous une grêle de balles, malgré les éboulements, etau sommet de laquelle le drapeau français fut arboré par le capitaine Garderen. J’ai vu ces rues larges d’un mètre, ces passages sans issue, où nos soldats se heurtaient à des murailles qui vomissaient la mort par toutes leurs ouvertures. J'ai vu ces murs faits de pierres énormes, disjoints par les explosions des magasins à poudre, s’écroulant sur nos soldats dévorés par les flammes. J’ai vu la place où Lamoricière blessé tomba, cédant à regret le commandement au colonel Combes, qui guidait la deuxième colonne d’assaut. Qui ne sait la mort héroïque de Combes, de ce brave frappé de deux balles arabes, se tenant debout, encourageant encore les soldats et ne se retirant que lorsque le succès a couronné leurs efforts. Le colonel Combes eut la force de regagner les batteries de brèche pour rendre compte de la reddition de la place au duc de Nemours, qui avait pris le commandement après la mort du maréchal Damrémont, tué par un boulet.
« Altesse, lui dit-il, la ville est à nous et je meurs glorieux de donner ma vie pour mon pays. »
Le jeune prince lui tendait la main, lorsque Combes tomba la face contre terre, pour ne plus se relever.
La brèche a été fermée, mais l’on voit encore la trace de nos projectiles, lancés par les batteries établies sur les collines du Coudiat-Aty, et l’on peut se rendre compte, à l’escarpement des pentes, rendues plus difficiles par les éboulements, de l'énergie déployée par nos colonnes d'assaut, que rien ne protégeait contre les coups d’un ennemi désespéré.
Je voulus voir, le jour même, la Casbah, située au nord de la ville, et qui devaiten être la citadelle. Il n’en reste plus aujourd’hui que des citernes qui datent des Romains, et quelques murs d’une église byzantine, bâtie par Constantin. A la place qu’occupait la Casbah s'élève un hôpital militaire entouré de jardins. Cette citadelle ne fut pas défendue; quand on voulut l’occuper, l’enceinte était déserte; quelques Kabyles descendaient les ravins à pic de la montagne, fuyant devant le vainqueur dont ils redoutaient les représailles.
C'est du haut des terrasses de la Casbah, qui surplombent à pic les précipices du Rummel, que des centaines d'hommes et de femmes cherchèrent à se sauver, en attachant des cordes aux pitons des rochers; mais les cordes se rompirent sous le poids de ces grappes humaines, et tous, hommes, femmes, enfants, roulant le long de ces murailles de granit, se brisant aux anfrac-