CONSTANTINE
par le torrent du Rummel, qui roule à mille pieds ses eaux écumantes. Ce rocher isolé ressemble à une île au milieu de la mer'. Le sol, composé de blocs calcaires dont la masse s’est détachée de la roche voisine, forme par sa cassure un précipice de trois cents mètres. Des
commotions volcaniques auront produit ce déchire-
ment, à travers lequel, de cascade en cascade, le torrent s’est frayé un passage. Cette position, accessible par un seul côté qui relie le rocher à la terre, aura donné l’idée de construire au sommet une ville dont
1. Les Arabes disent que Constantine est une pierre au milieu d'un fleuve, et, d'après l'avis des prophètes, il faut autant de Français pour enlever cette pierre que de fourmis pour enlever un œuf du fond d’un pot au lait.
les minarets se détachent dans l'azur du ciel. C'est Constantine, plantée fièrement sur son rocher à pic, contre lequel les armées romaines, vandales, arabes, turques, sont venues, tour à tour, se heurter. C'était la ville puissante qu'Hirtius appelle oppidum opulentissimum, la Cirta de Strabon, que Jugurtha prit par la famine et à laquelle Constantin donna son nom, après l'avoir adjointe à son vaste empire. C'est du haut de cette forteresse que le bey Achmet répondait fièrement . au maréchal Damrémont qui le sommait de rendre la ville : « Si tu manques de poudre, nous t'en donnerons, ‘situ n’as pas de pain, nous t'en enverrons; mais tant qu’un musulman fidèle restera dans ses murs, tu n’y entreras pas. »
En effet, par quelle sanglante victoire l’avons-nous conquise, après l’échec d'un premier assaut, en 1836, et d’une retraite où tant de nos soldats périrent de faim, de froid et de misère!
Nous montâmes par une route tracée en lacets, au flanc de la montagne voisine, route faite par l’armée aussitôt après la prise de la ville, et nous entrâmes dans Constantine par la porte que les Arabes nomment Bab-el-djedid, et que nous avons appelée porte de la Brèche. C’est par là, en effet, que le 13 octobre 1837, soutenant une lutte acharnée, le colonel Lamoricière s'élançait à la tête des zouaves. C’est dans ces rues étroites, après avoir fait le siège de chaque maison, qu'il parvenait à se maintenir jusqu’à la reddition de la