‹ Kabyles et KroumirsChapitre 25 sur 159 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

CONSTANTINE — LE SIDI-MECID LE MANSOURAH — LE COUDIAT-ATY— LE PALAIS DU BEY LES BAINS MAURES

La ville de Constantine, Ksentina, comme la nommerit les Arabes, n’est ni belle, ni gracieuse, mais elle a un caractère particulier, original ; elle est unique dans son genre '. Perchée sur un rocher inabordable, entourée de plateaux rocheux qui la dominent, le Sidi- Mecid au nord-est, le Mansourah au sud-est, et le Coudiat-Aty au sud-ouest, enserrée par le Rummel, qui tourbillonne au fond du précipice ? et tombe en trois cascades de cent pieds dans la vallée, mêlant le fracas

1. Depuis que j'ai écrit ces lignes, j'ai vu la petite ville de Kalaa, en Kabylie, qui est purement arabe et dans une situation plus singulière encore. On en verra plus loin la description.

2. Le poëte El-Abdery, qui vivait au septième siècle de l’hégi:c,

de ses eaux aux cris des aigles, des vautours, des cigognes qui volent au-dessus. Constantine, vue de la vallée, produit un vague effroi qui ne saurait être décrit. Un magnifique pont romain, dont le deuxième étage, écroulé il y a quelques années, a été reconstruit par les Français sur le même plan, El-Kantara, réunit la ville au plateau du Mansourah par cinq arches de cent mètres de hauteur, sur cent cinq mètres de longueur. Au fond de cette gorge, dont l’œil a peine à mesurer la profondeur, s'étend une vallée que traverse le Rummel et où fleurissent l’oranger, le dattier et le grenadier. Cette petite vallée est luxuriante de végétation tropicale et de fraîcheur.

De toutes les villes de l’Algérie que j'ai parcourues, Constantine est celle qui a conservé le mieux son cachet primitif. La plupart des quartiers sont restés ce qu'ils étaient au temps des Turcs : ce sont toujours des rues sales, tortueuses, bordées de maisons grossièrement blanchies à la chaux, percées d’étroites fenêtres fermées à l'œil indiscret de l'Européen. Les toits sont couverts en tuiles, parce que la rigueur des hivers, sur ces pics élevés, n’a pas permis d'installer des terrasses comme à Alger ou à Bone’. Aussi, de loin, ces maisons blanches à toits bruns donnent-elles à la ville un aspect compare le Rummel à un bracelet qui entoure le bras : « Le fleuve . rugissant au fond du ravin enserre la roche qui supporte la ville, et la

défend comme les monts escarpés protègent le nid du corbeau. »

1. Constantine est perchée à douze cents mètres au-dessus du niveau de la mer.

Page 1