‹ Kabyles et KroumirsChapitre 26 sur 159 · LE PONT D’EL-KANTARA · texte numérisé non relu

LE PONT D’EL-KANTARA

étrange. Mais la partie musulmane de Constantine disparaît de jour en jour. Les Maures riches, les Koulouglis, ont émigré à Tunis, abandonnant leurs maisons

arabes aux Européens, qui s'empressent de les démolir pour construire de grandes casernes de quatre étages, sans profondeur, percées de nombreuses fenêtres. On

ouvre des rues nouvelles trop étroites et trop déclives pour y permettre Ja circulation des voitures. On gâte la cité arabe, sans la remplacer par quelque chose de mieux. Il serait cependant facile de donner à cette ville, qui semble étouffer sur la plate-forme resserrée que le ravin entoure, de l’air et de l’espace. Il suffirait d'aller bâtir une nouvelle ville au pied du Coudiat-Aty, qui est admirablement situé. Constantine serait laissée aux Arabes, en y maintenant toutefois les services administratifs et la garnison ; on y viendra, et déjà quelques propriétaires aventureux ont jeté les fondements d’un quartier neuf qui prendra le nom de faubourg Saint- Jean. |

Le palais du bey, voisin de la porte de la Brèche, a été construit, il y a cinquante ans au plus, par Achmet, dernier bey de Constantine, sur le modèle des palais de l'Orient. Il est occupé par le gouverneur de la province, M. le général Des.., qui nous y a fait un accueil dont le souvenir m'est précieux. Des galeries à colonnes sveltes, soutenant des arcades découpées à jour, règnent autour de trois jardins, où l’on se promène à l’ombre des citronniers. Des massifs de fleurs, des bassins de marbre d’où jaillissent des cascades, rappellent à la mémoire les fantastiques descriptions des contes arabes qui ont charmé notre jeunesse. Des ibis gravement perchés sur une patte, des cigognes familières, des gazelles

1. Ce faubourg est relié à la porte de la Brèche par d'énormes remblais qui ont comblé le ravin sur cent mètres de large.

PALAIS DU BEF,

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