‹ Kabyles et KroumirsChapitre 3 sur 159 · ALGER, LA COTE DE DELLYS · texte numérisé non relu

ALGER, LA COTE DE DELLYS

du Niger, ou explorer les plages de la Gambie, ni de demander leurs secrets aux rois de Boudou ou de Bambara : non; nous allons, avec un ami, faire une excursion en Kabylie, pays soumis d'hier, peu connu encore et qui mérite la sérieuse attention du moraliste et du philosophe. Nous ne sommes pas les premiers à décrire cette contrée singulière, aux pentes ardues que couronnent des neiges éternelles, aux vallées profondes et fertiles, que cultive un peuple original qui n’a de l’Arabe ni le nom, ni les mœurs, ni le caractère; d’autres, avant nous, ont ouvert la voie !, mais ils ont laissé une large part au touriste qui voyage, une plume et un crayon à la main, croquant un site par-ci, saisissant un détail de mœurs par-là. Et, sans autre but que de voir de près ce pays et ce peuple aussi sauvages l’un que l’autre, nous voyagerons à petites Journées, racontant le plus simplement possible ce que nous verrons d'intéressant:; nous décrirons, en passant, quelques-uns de ces paysages rendus célèbres par de chères victoires, et les luttes acharnées dont ils ont été les témoins, et, sans faire d’incursion dans la politique algérienne, nous dirons naivement aux lecteurs nos impressions.

Autrefois, quand il publiait un livre, l’auteur, dans une longue préface, faisait connaître son but, ses opinions, ses tendances; il demandait, avec politesse, l’indulgence de ses nombreux lecteurs, caron croit toujours

1. Le général Daumas a écrit un livre intéressant sur la Grande Kabylie. — Voir aussi Devaux, les Kobziles du Djurjura.

qu’on sera beaucoup lu; aujourd’hui, nous avons changé tout cela, comme dit Sganarelle; prosateurs ou poètes ne croient plus utiles ces salamaleks au lecteur indifférent qui feuillette le volume par désœuvrement; on entre de suite en manière, botté et éperonnë, comme Louis XIV au parlement; ces facons cavalières sont plus commodes; elles épargnent, à l’auteur, une main de papier barbouillée d’encre; au lecteur, qui vous en sait gré, cent pages de cette sotte chose qui a nom préface ou introduction.

Suivons donc la mode; il est si facile de ne pas écrire une préface et d’entrer de prime-saut dans son sujet.

Le 10 juin 187., mon ami M... et moi nous quittions Alger, que les Espagnols appellent Argel, corruption du nom arabe dyezair, les îies. Quatre ilots en cflet, reliés entre eux par une chaîne de récifs, et qui servent a former le port actuel, ont donné leur nom à la viller. Ce n’est qu’au quinzième siècle que les Algériens commencèrent les travaux sur l’ancien port d'Icosium, et construisirent, sur le principal îlot de l'ouest, une tour de vigic et de défense. Les Espagnols s’emparèrent de cette tour, bâtirent à sa place une forteresse, dite le Peñon, hérissée d’artillerie, et y maintinrent une garnison; ils dominaient ainsi la ville et le port. Mais deux fils d’un pauvre raïs de Métclin, appelés par les habi-

1. Les Maures ct les Arabes prétendent que l’origine du nom d'Alger est El-Dijezir. la guerrière.

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