LA CARAVANE
nait les trois mulets. M... monta sur l’un, j'enfourchai l’autre, et sur le troisième furent chargés les bagages, au sommet desquels se hissa le conducteur. Nos montures n'avaient pas de selles, mais un bât grossier attaché avec des cordes qui ont souvent cassé dans les rudes sentiers de la Kabylie; par-dessus le bât est placé un tellis ou sac tissé de laine et de poil de chameau, ayant la forme des besaces de nos paysans. Les ouvertures longitudinales servent d’étriers au cavalier, et dans le fond du sac sont empilés nos provisions, notre cafetière à esprit-de-vin et nos nécessaires de voyage. Nos bêtes paraissaient vigoureuses et en bon état. Nous donnâmes le signal du départ, salué des souhaits de bon voyage de notre hôte, qui apparut sur le seuil de son auberge, encore à moitié endormi.
Voici l’ordre de notre petite troupe: en avant marchaient les deux spahis, puis nous venions ensuite ; enfin notre Kabyle, très sommairement vêtu d’une abaïa! et d’un capuchon rabattu sur les yeux, assis entre nos malles, les jambes allongées au niveau des oreilles de la bête, conservait un air grave, que rem- plaçait un sourire obséquieux aussitôt que l’un de nous lui adressait la parole.
Nous partions avec l’aube, afin de faire du chemin avant la grande chaleur; à peine quelques lueurs permettaient, à ce moment, de discerner les objets autour de nous; les cimes des montagnes se découpaient dure-