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CHAPITRE XI

DE SÉTIF A SI-BOU-ARERIDJ LES VILLAGES DE LA COMPAGNIE GENEVOISE LE DOUAR

C’est dans une carriole couverte en planches, avec deux banquettes, l’une devant, qui sert de siège, l’autre au fond de la voiture, que nous devons faire le voyage, quatre-vingts kilomètres de cahots, de ressauts sur la route difficile qui unit Sétif à Si-bou-Arerid}. Deux maigres chevaux arabes sont attelés et semblent incapables d’enlever le lourd véhicule; ils y parviennent et nous voilà partis. La route se fait gaiement. « Il faut bien prendre son mal en patience, » dit mon philosophe compagnon ; «et puis, ajoute-t-il, on ne voyage pas pour son agrément.» A midi, nous déjeunons à un caravansérail dont j'ai oublié le nom, et l’appétit, aiguisé par dix lieues de soubresauts de toute

sorte, fait trouver excellent un repas plus copieux que confortable. Il faut repartir, et notre voiture, que le prévoyant conducteur a eu le soin de laisser en plein soleil de juillet, est une fournaise où nous pouvons cuire tout à notre aise. Un essaim de mouches qui a élu domicile dans l’intérieur nous tient éveillés en dépit de nous-mêmes, et c'est peut-être une bonne précaution. Le parcours n’est ni pittoresque, ni accidenté; c’est l’éternelle plaine avec de maigres champs d’orge et de froment, puis quelques collines sur les rampes desquelles poussent des pins rabougris. A cinq heures nous apercevons Si-bou-Areridj, qui n'était qu’un bordj ou maison fortifiée, 1l y a quelques années, et qui aujourd'hui se transforme et devient un village important, qui s’étage et se groupe autour du bordij. Après quelques ablutions intérieures et extérieures que cent kilomètres à travers la poussière et le soleil ont rendues nécessaires, nous nous présentons devant le commandant de la place, à qui nous sommes recommandés par le colonel Aug... de Sétif, et aussitôt notre itinéraire est organisé, nos mulets loués pour toute la durée du voyage en Kabylie et le départ fixé au lendemain à quatre heures du matin.

L'aube blanchissait à peine l'horizon que déjà nous étions sur pieds, lestés d’une tasse de café excellent, attendant encore notre muletier et l’escorte de spahis ou khiélas qui devait nous suivre et nous protéger. Notre modeste caravane arriva enfin; un Kabyle ame-

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