DELLYS
Quatre heures après notre départ d'Alger, nous étions en vue de Dellys, petite ville, de pauvre apparence, et dont la conquête a coûté à la France de douloureux sacrifices. C’est là en effet que, pour la première fois, nos soldats se trouvèrent en face des Kabyles ; cette guerre pour eux fut toute nouvelle.
Ils ne virent plus accovrir, du fond de l’horizon, ces nées de cavaliers sc précipitant sur nos bataillons, tournoyant avec des cris sauvages autour de nos carrés, ct se faisant tucr à bout portant. Non, les Français durent gravir les pentes ardues des montagnes, chercher les Kabyles tapis dans les anfractuosités des rochers, ou renfermés dans les villages; chaque maison devint une forteresse dont il fallut faire le siège; chaque jardin, défendu par des palissades à l’abri desquelles l'ennemi tirait sûrement et à loisir, dut être enlevé à la baïonnette. Les femmes, dit-on, se battirent avec un sauvage acharnement.
Nous continuons notre route à travers cette mer qui ressemble à un lac suisse, ct bientôt, à trois milles devant nous, s'élève un cône isolé, abrupt, dont le sommet offre la forme d’une pyramide. Ses flancs sont couverts de fortifications, ou neuves ou ruinées. C’est le Gouraya. énorme masse de granit qui dresse sa crête dentelée au-dessus de la ville de Bougie, étendue à ses pieds sur une plage étroite et rocheuse. Nous approchons, et le cône semble grandir encore et nous menacer. La ville apparaît bientôt, blanche et coquette, abritée
derrière cette muraille de sept cent cinquante mètres de hauteur, aux flancs de laquelle elle grimpe, entourée de verts coteaux,
Nous entrons dans la rade que la nature a créée d’une étendue et d’une sûreté exceptionnelles et qui est destinée à devenir un des ports les plus vastes et les plus commerçants de l’Algérie, horsque la route de Sétif par le Chabet-el-Acra aura mis en communication les fertiles vallées de l’'Oued-bou-Selam et de l’'Oued- Sahel ! avec le littoral 2. Notre séjour devant Bougie ne sera que d’une heure; aussi le commandant ne permet pas de descendre ; mais, de la dunette de l’arrière, nous voyons très bien la ville qui, partagée en deux par le ravin de Sidi-Touati, s'offre aux regards d'une façon toute pittoresque. Cette étroite coupure, souvent à sec, déverse dans la mer les eaux pluviales et facilement torrentueuses du mont Gouraya. A sa droite s'élève le quartier de Bridja, dont la pointe s'étend dans la mer et forme le mouillage; à gauche, le quartier de Moussa, sur les derniers contreforts du rocher, ayant pour le défendre la Casbah, comme Bridja est protégé par les feux du fort Abd-el-Kader.
Tous ces travaux ont été refaits depuis 1834, époque de l'occupation de Bougie 3. Cette ville a toujours été, à raison de sa situation, l’objet des convoitises de tous