‹ Kabyles et KroumirsChapitre 65 sur 159 · MIRACLES DES MARABOUTS · texte numérisé non relu

MIRACLES DES MARABOUTS

miracles, auxquels ils croient aveuglément, et qui ne sont que des tours d’adresse, ou d'odieux mensonges. Chaque village défend son marabout avec acharnement, et cite de lui des prodiges plus étonnants les’uns que les autres. Robert Houdin serait, en Kabylie, vénéré à l’égal de Mohamed, et les djemaa voteraient d'enthousiasme des fonds pour lui élever une koubba sur quelque pic.

Voici un miracle qui m'a été raconté par un Kabyle, qui n'est point un ignorant, avec une gravité capable de désarmer les plus incrédules.

Si-Ali-bou-Nab (l’homme à la grosse dent), célèbre Marabout, était allé visiter dans la tribu des Maktas, au lieu dit Euch-el-Afalkou (le nid du milan), un confrère, Sid-Ali-Mouça, qui, lui aussi, prétendait avoir des secrets et des prières pour opérer des prodiges. Chacun vantait la supériorité de ses moyens, et la querelle s’échauffait, lorsque Bou-Nab porta un défi à Ali- Mouca. L'assemblée était nombreuse, et chaque parti attendait avec anxiété le résultat de cette pieuse lutte.

« Voyons, dit Bou-Nab, montre ta puissance, et fais rouler dans la vallée le rocher qui domine ce pic.

— Je le ferai, dit Ali-Mouca, mais à ton tour tu l'arrêteras dans sa course avant qu’il ne tombe dans le précipice.

— J'y consens, » répond Si-bou-Nab.

Sid-Ali-Mouca fait un geste, le rocher s’ébranle, roule d’abord lentement, puis bientôt bondit, renver-

sant arbres et rochers sur son passage. Sa vitesse s’accroit encore par le poids, et ses bonds deviennent désor- -donnés, rapides comme l'éclair. Bou-Nab étend la main, et le rocher se plante dans la terre, oscille un instant, puis y reste immobile. Si-bou-Nab et Sid-Ali- Mouca sont deux grands saints. Je n’explique pas un fait aussi invraisemblable, je le traduis comme il m'a été raconté. Cette histoire ne rappelle-t-elle pas les devins dont parle Homère ? Seulement mon héros Sibou-Nab ne se noyait pas de désespoir en voyant sa renommée pâlir devant celle de son rival, comme Calchas vaincu par Mopsus. Récemment, un marabout dérouiche avait apporté dans une tribu une boîte d’allumettes amorphes, c’est-à-dire qui ne s’enflamment qu'au frottement sur une certaine préparation chimique placée sur un des méplats de la boîte. Il enflammait les allumettes, et mettait ensuite les Arabes ébahis au défi d’en faire autant. Il leur passait une allumette et une boîte non pourvue de l'appareil chimique, et les pauvres dupes s’évertuaient à frotter, sans produire la moindre étincelle. Un colonel, commandant la partie de la province où se produisaient ces faciles miracles, qui avaient attiré la vénération sur le marabout, résolut de mettre fin à cette mystification par une autre de sa façon.

A cet effet, 1l convoque les principaux de la tribu et le marabout. Il dédaigne d’enflammer les allumettes, mais il le met au défi de faire le miracle qu'il va accom-

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