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LE FORGERON D'EL-KALOUY

par eux dans leur pays. Ils achetaient mille francs de boudjous, de tsemin, de douros faux contre quatrevingts francs de bon argent; mais la surveillance des bureaux arabes a mis fin à cet odieux commerce.

En traversant Azrou, nous nous étonnions de la quantité de forgerons que contenait ce village; un de nos spahis nous raconta que les tribus des Aith-Ithouar et des Aït-Yahia n'ont point d'ouvriers en métaux. Un marabout, dont le fils existe encore dans la tribu, en a chassé tous ces industriels, et voici à quelle occasion :

Il y avait dans un village de la tribu, nommé El- Kalouy, un forgeron qui avait une jeune et belle femme; elle fut enlevée par un audacieux, épris de ses charmes, pendant une absence du mari. A son retour, le forgeron, trouvant la maison déserte, s’enquit auprès de ses voisins, et apprit le malheur qui le frappait. Il réunit alors tous ses amis, les sollicitant de l’aider à venger son honneur. Le village fut bientôt en émoi, se divisant, suivant les sympathies ou les liens de famille, pour ou contre le ravisseur. On échangea des coups de fusil, et, comme il arrive trop souvent dans ce monde, la victoire ne se rangea pas du bon côté; le parti du séducteur fut victorieux. Les amis du forgeron avaient mollement défendu ses droits. Le batteur d’enclume rentra chez lui et se remit au travail, sans montrer ni colère ni chagrin. Bientôt des vols audacieux furent commis dans le village, et l’on dut songer à mettre

sous la garde de serrures les maisons placées jusque-là sous la protection de Dieu et la probité des habitants. Le forgeron fournit toutes les serrures; mais bientôt après aucune ne marchait plus, et force fut au forgeron de les réparer. Il se fit donner alors toutes les clefs, et une nuit que la tempête se déchaïnait sur la montagne, muni des clefs, il s’en alla fermer toutes les portes afin que personne ne pût sortir, et, s’armant d’une torche, il mit le feu aux quatre coins du village; le vent aidant, toutes les maisons brülèrent en s’écroulant sur leurs habitants, surpris dans leur sommeil, et enfermés. Le forgeron n’avait même pas épargné les amis qui l’avaient si lâchement abandonné. Il prit la fuite, et ne fut pas retrouvé. Le marabout bannit à jamais les forgerons de la tribu.

Ces ouvriers cependant sont très estimés en Kabylie, car ils rendent à ces rudes montagnards, peu industrieux, de grands services, tout en leur inspirant une crainte superstitieuse dont voici l’origine.

Si-Daoud, un forgeron que les Écossais, dans leur manie de sobriquet, n’eussent pas manqué de surnommer « l'homme aux mains calleuses », ne se servait pas de pinces pour tenir son fer rougi au feu; ses doigts suffisaient. Quand un client marchandait un objet, Si- Daoud disait qu’il préférait lui en faire cadeau, et il le ‘ Jui tendait d’un air bonhomme; seulement il avait eu le soin de le faire chauffer, et le pauvre Kabyle sans méfiance se brûlait horriblement. Les montagnards croient

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