‹ Kabyles et KroumirsChapitre 83 sur 159 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

(Suite)

Nous fûmes conduits chez l’amin pour lequel nous avions une lettre de recommandation. Sa maison, située sur la place du principal quartier, El-Hamadouch, nous fut désignée par des Kabyles accroupis sous un porche. Elle ne se distinguait pas des autres, c’est-àdire que des murs sans fenêtres, à l’exception d’une espèce de judas treillagé, et une porte basse, ornée de ferrures énormes et assez grossièrement travaillées, composaient l'extérieur.

Notre guide alla frapper. Nous vimes bientôt passer une tête par la porte entr'ouverte, et un colloque s’établit avec notre spahi, qui retira de son turban notre

lettre d'introduction et la montra au cerbère. Bientôt

après nous étions introduits dans une cour entourée de pilastres qui soutenaient une galerie de bois. Pour pénétrer dans l’intérieur, nous avions franchi, non sans courber l’échine, un porche garni à droite et à gauche de bancs de pierres polies par un fréquent usage.

Au rez-de-chaussée, il y avait dans le fond un hangar qui devait servir d’écurie, et à droite et à gauche des pièces sombres dont l’une me parut être une cuisine. On nous fit monter au premier par un escalier à marches élevées. Arrivés sur la galerie, nous vimes venir à nous un vieillard à la démarche imposante, à la barbe blanche qui ajoutait encore à la gravité de son maintien. Ses petits yeux noirs, brillant sous un sourcil en broussaille, nous fixaient tour à tour, M... et moi. «Enta amin? tu es l’amin? » lui dis-je; il répondit par un signe de tête, et demanda à notre guide qui nous étions et d'où nous venions.

Le guide, après lui avoir baisé lafmain, s’empressa de répondre que nous étions des fonctionnaires français en voyage, et 1l présenta notre anaya, car c’en était un. L’amin prit la lettre, la lut lentement, et, après l'avoir pliée et mise dans sa ceinture, 1l nous accueillit avec cordialité, mais sans rien perdre de sa gravité. ‘Son grand air était encore relevé par ce vêtement de laine blanche, si simple et si noble tout à la fois, qui n’a pas changé depuis le temps d’'Ismaël. Il nous fit

entrer dans une salle plus longue que large qui occupait

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